AU ROY.

Sire, quant Mr de Foix est party d'icy, la Royne d'Angleterre a

monstré qu'elle estoit en dellibération d'envoyer devers Vostre

Majesté ung des seigneurs de son conseil pour vous aller justiffier

les responces qu'elle nous a faictes, et les conduyre, s'il estoit

possible, à quelque bonne conclusion du propos du mariage, ou au moins

confirmer par là l'amytié qu'elle cerche de faire avec vostre

couronne; mais despuys il semble qu'elle ayt remiz ceste despêche

jusques à ce que le Sr de Valsingam luy ayt mandé comme aura esté

prins le rapport de Mr de Foix. Cependant elle et ceulx de son conseil

font une extrême dilligence d'enquérir contre le duc de Norfolc s'il a

point continué ses intelligences avec la Royne d'Escoce, despuys qu'il

luy a esté deffandu, et s'il en a heu quelque une avecques moy, mais

il semble que beaucoup plus l'on le recerche s'il a poinct mené nulle

pratique avec le duc d'Alve, et néantmoins ung chacun estime que tant

plus l'on l'esclayrera, plus il sera cogneu loyal subject de sa

Mestresse; et s'est on esforcé de prouver que les deux mil escuz, qui

alloient en Escoce, venoient de luy, mais la vérité se manifeste de

plus en plus qu'ilz sont procédez de moy, comme je n'ay différé de les

advouher, et d'asseurer que Vostre Majesté m'avoit commandé de les

faire tenir au Sr de Vérac pour son entretennement par dellà; ce qui

justiffie, quant à ce poinct, fort grandement le dict duc, bien que je

ne fays doubte qu'on ne resserre davantaige la Royne d'Escoce, et

qu'on ne preigne quelque colleur de cecy, ainsy qu'assez souvant l'on

l'a bien prinse d'aultres bien légières choses, pour retarder ses

affaires; mesmes que milord de Burgley m'a mandé que la Royne, sa

Mestresse, estoit dellibérée de ne souffrir qu'aulcun demeurast icy

pour la Royne d'Escoce, ny qu'il se trouvast homme en Angleterre qui

ozât parler pour elle. Dont, sur la première occasion, que Vostre

Majesté me commandera d'en porter quelque parolle, je mettray peyne de

m'en résouldre en une ou aultre façon.

J'entendz que le jeudy, vingt huictiesme du passé, il y a heu une

grosse escarmouche entre ceulx de Lillebourg et du Petit Lith, où la

deffaicte a esté grande de chacun costé, mais l'advantaige est demeuré

à ceulx de Lillebourg, qui ont prins le coronnel des gens de pied du

comte de Lenoz; et le dict de Lenoz s'est retiré à Esterling, ayant

layssé chef dans la place le milord Lendsey. L'on dict que milord de

Humes avoit aussi esté prins de rechef, et blessé en la dicte

escarmouche, mais qu'il est eschappé. J'entendz que ceulx du dict

Lillebourg sont allez courre jusques à St André, où le Sr de Vérac

estoit dettenu et qu'ilz l'ont admené avec eulx. Les comtes d'Arguil,

de Casselz, d'Eglinthon et milord Boid ont faict leur convention avec

le comte de Morthon, soubz colleur de laquelle l'on nous a vollu

donner entendre que la paciffication estoit establye en tout le pays;

mais je voys bien, Sire, qu'à ceste heure, plus que jamais, vostre

assistance et vostre authorité sont requises au dict pays.

Si, d'avanture, le Sr de Valsingam prend espérance des propos que

Vostre Majesté luy tiendra, il y a grand apparance qu'après ses

premières lettres à ceulx cy, milord de Burgley passera incontinent en

France, avec lequel j'estime, Sire, que, mieulx qu'avec nul aultre de

ce royaulme, Vostre Majesté pourra conclurre les choses qu'elle a à

démesler avec ceste princesse. Le différand des Pays Bas, en ce qui

concerne les merchandises, est accordé tout ainsy que je l'ay dict à

Mr de Foix; ne reste plus que ung peu de cérémonie, à qui sera couché

par le contract qui debvra rendre le premier, car en effect les

Anglois demeurent saysis et satisfaictz de tout ce qu'ilz ont vollu,

et le Sr Fiesque s'en va en dilligence trouver le duc d'Alve pour le

luy faire ratiffier, avec lequel l'on a heu une bien estroicte et bien

privée communication en ceste court premier qu'il soit party. Sur ce,

etc.

Ce XIIe jour de septembre 1571.

Despuys la dicte escarmouche, est venu nouvelle que ceulx de

Lillebourg, en nombre de quinze centz hommes, sont allez essayer

une fort hazardeuse entreprinse sur ceulx qui estoient logez dans

la ville d'Esterlin, qui leur a réuscy si bien qu'ilz ont faict

une grande exécution, et entre autres choses on dict qu'ilz ont

donné ung coup de pistollé au comte de Lenoz dans son lict,

lequel à peyne en eschappera.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 144 / 362 题