Sire, il me souvient que quant le jeune Coban, n'estant encores
conclue la paix en vostre royaulme, fut envoyé devers l'Empereur pour
renouveller le propos de l'archiduc Charles, l'on me donna adviz qu'en
mesmes temps Mr le cardinal de Chatillon, pour le traverser, avoit
faict mettre en avant, par le Sr de Trokmorthon, le party de Monsieur
le Prince de Navarre avec la Royne d'Angleterre, remonstrant que les
princes protestans d'Allemaigne en seroient plus contantz que de cest
aultre, et qu'il n'y avoit nul plus grand subject ny de meilleure
extraction que le dict Prince en toute la Chrestienté; et que, oultre
les estatz de la Royne de Navarre, sa mère, qui estoient grandz, et,
oultre les biens de Vendosme qui estoient honnorables, et dont de
ceulx qui sont en Flandres les ungs estoient assis sur la mer en lieu
non guières moins commode que Callais, le dict Sieur Prince avoit
obtenu de nouveau ung jugement en la chambre impérialle contre le Roy
d'Espaigne de plusieurs aultres biens et sommes, qu'il disoit monter à
plus de deux millions d'or. Néantmoins le propos, à cause de l'eage et
de la taille, n'avoit esté auculnement suyvy, et n'ay point sceu,
Sire, que, despuys la paix conclue, et despuys le propos de
Monseigneur, frère de Vostre Majesté, il ayt esté faict aucune mencion
du dict Sieur Prince ny pour la Royne d'Angleterre, ni pour aulcune de
ses parantes. Et quand Mr de Foix a parlé icy que Vostre Majesté
vouloit donner Madame en mariage au dict Sieur Prince, et que despuys
j'ay asseuré que cella estoit comme conclud, je n'ay cogneu, en signe
ny en parolle, qu'on ayt faict aultre démonstration que de l'aprouver
bien fort, et de louer infinyement le moyen qu'aviez trouvé par là
d'assurer si bien ceulx de la nouvelle religion qu'ilz n'auront jamais
occasion de rien mouvoir dans vostre royaulme.
Tant y a, Sire, que je prendray garde si l'adviz qu'on vous a donné là
dessus a aulcun fondement, bien me semble que le conseil de deçà n'est
si peu judicieulx qu'il veuille faire délaysser à ceste Royne l'ung ou
l'aultre de deux grandz apuys qui luy sont proposés, pour suivre ce
troisième bien foible, qui ne luy pourroit guières ayder, et qui
seroit pour faire unyr les aultres deux contre elle. Dont ne fault
doubter qu'elle ne cerche de s'accommoder en quelque bonne sorte avec
Vostre Majesté, et, si elle ne le peult faire, qu'elle vouldra
retourner, commant que soit, à l'intelligence du Roy d'Espaigne; mais,
pour le présent, sa principalle entente, et des siens, est de
parachever le propos de Mon dict Seigneur. Et encor que, de l'autre
part, l'on offre à la dicte Dame de luy faire de grandz advantaiges,
et à plus tollérables condicions que les nostres, ou au moins de
mettre les choses d'Escoce en sa main, et que beaucoup de dons et de
présens ayent desjà couru en cella avec encores de plus grandes
promesses pour l'advenyr, et que soubz main, l'on ayt admonesté les
Protestans de penser ainsy de ceste grandeur de Monsieur comme d'une
authorité qui se va dresser contre eulx et contre leur religion, ces
mauvais offices néantmoins n'ont peu encore avoir lieu, et ceulx qui
les ont faictz, bien que ne leur en ayons opposez de semblables, n'ont
sceu dissimuler leur dolleur qu'ilz n'ayent monstré avec larmes qu'ilz
ne sçavent où ilz en sont. Ce que je laysse, Sire, à Mr de Foix de le
vous discourre plus au long par le récit de plusieurs particullaritez
qui sont advenues pendant qu'il a esté par deçà. Lequel aussi vous
racomptera l'accidant des deux mil escuz que j'envoyois en Escoce,
pour l'occasion desquelz l'on a despuys resserré davantaige le duc de
Norfolc, comme s'il en estoit coulpable, et miz en la Tour ses deux
secrétaires. Et parce que j'ay esté allégué, il y a heu deux seigneurs
de ce conseil qui m'en sont venuz parler; ausquelz j'ay dict tout
librement que Vostre Majesté, ayant entendu la perte des dix huict mil
escuz et des monitions que Chesoin admenoit en Escoce, et la vollerie
qu'on avoit faicte au Sr de Vérac, vostre agent, arrivant par dellà,
d'avoir prins ses pacquectz, ses coffres, son argent et l'avoir
arresté luy prisonnier; et ne sachant que les deux tiers de l'argent
fût entré dans Lillebourg, comme on l'avoit entendu despuys, vous
m'aviez commandé, Sire, de faire tenir au dict Vérac, ou à quelcun
pour luy, le plus dextrement que je pourrois, mil escuz, ensemble une
aultre petite partie que Mr de Glasco envoyoit par dellà; et de tant
que c'estoit une chose qui concernoit vostre service, laquelle ne
debvoit estre désagréable à la Royne, vostre bonne sœur, non plus
qu'elle ne luy pouvoit estre en façon du monde dommageable, je prioys
iceulx du conseil de faire envers elle que les dicts deux mil escuz
fussent, par l'ordre mesmes de la dicte Dame, apportez au dict de
Vérac, ou qu'elle me vollust donner saufconduict pour les luy envoyer,
ou au moins me les faire randre; et, quoy que soit, qu'elle me mandât
ce que j'auroys à en escripre à Vostre Majesté; dont, Sire, j'en
attandz, d'icy à deux jours, la responce. Et parce que Mr de Foix est
bien instruict de tout ce faict, je vous suplieray seulement, Sire,
d'en parler, ou d'en respondre, à l'ambassadeur d'Angleterre, quant il
vous en parlera, conforme à ce dessus, et me commander comme il vous
playrra que j'en use; se continuant, au reste, toutes aultres choses
icy, comme Mr de Foix les a layssées: que le Sr de Quillegrey partira
bientost pour aller sollaiger Mr de Valsingam, et que milord de
Burgley suyvra, si quelque accidant ne survient.
L'ambassadeur d'Espaigne a publié l'arrivée de don Joan d'Austria en
Itallye, avec grand expectation de toute la Chrestienté qu'il
exploictera encores cest esté plusieurs notables faictz d'armes sur le
Turc. Ung allemant qui se faict appeller le comte de Lumey est arrivé,
despuys huict jours, lequel est eschappé, à ce qu'on dict, par grand
fortune, des mains des Espaignolz qui cerchoient de le prandre, parce
qu'il favorisoit les partz du prince d'Orange. Je verray ce qu'il
négociera par deçà; et sur ce, etc.
Ce VIIe jour de septembre 1571.