AU ROY.

Sire, ceulx qui veulent bien et qui portent beaucoup d'affection au

mariage de Monsieur sont bien marrys que Vostre Majesté n'ayt, tout

d'un train, envoyé Mr de Monmorency pour en conclurre le propos, car

leur semble que la matière y est à présent bien disposée, et craignent

que tant de remises, à la fin, n'y aportent de l'empeschement,

néantmoins se resjouyssent grandement de la venue de Mr de Foix, comme

de celluy qu'ilz ont en la meilleure opinion du monde, et dont nul

aultre n'eust sceu venir à qui ilz adjouxtent plus de foy, ny qui leur

soit plus agréable que luy; et j'espère, Sire, que, trouvant les

choses au bon estat que, grâces à Dieu, elles sont, il ne s'en

retournera sans les vous raporter ou conclues, ou fort aprochées de

leur conclusion. Car encores despuys ma dépesche du XXIIe du passé,

j'ay miz peyne de leur donner beaucoup de pied et de fondement en ce,

mesmement, que vous ay lors mandé par mon secrétaire touchant

satisfaire à l'honneur, à la conscience et à la seureté de Monseigneur

au poinct de la religion; mais je sentz bien, Sire, que, si l'on

change de propos, et mesmes, si Mr de Foix use de alternative, à

sçavoir ou du mariage ou de confédération, comme il semble que Mr de

Valsingam en a escript quelque mot, que ceulx cy tiendront l'ung et

l'aultre pour rompuz.

L'on a envoyé le jeune Coban pour le recepvoir à Douvre et le conduyre

jusques icy, et milord de Boucaust et sire Charles Havart sont

ordonnez pour l'accompaigner en ceste ville, et puys pour nous mener

là où sera la dicte Dame, laquelle est desjà en son progrez.

L'on a dépesché coup sur coup deux gentishommes en Escoce, avec mille

marcz chacun, au comte de Lenoz, qui est en tout quatre mil escuz,

affin qu'il ayt de quoy meintenir son authorité; laquelle ilz

craignent que le comte Morthon la luy veuille du tout emporter, et

mesmes souspeçonnent que le Sr de Vérac, qu'ilz disent estre

meintenant en liberté, ayt quelque pratique avecques luy. Tant y a que

la Royne d'Escoce, de ce peu qu'elle pouvoit avoir en ses coffres, a

faict mettre deux mil trois centz quatre vingtz douze escuz en mes

mains pour envoyer à ceulx de Lillebourg, ce que j'espère, Sire, les

leur faire tenir le plus tost et le plus seurement qu'il me sera

possible, mais les pouvres officiers et serviteurs de la dicte Dame

demeurent cependant fort mal pourveuz. L'on a ordonné, despuys deux

jours, que son ambassadeur sera transporté à Ely, qui est cinquante

mille loing d'icy; à quoy je me suys opposé, et ne sçay encores si

l'on y aura de l'esgard. L'on luy a dict que, le XXVIIIe du présent,

doibt estre tenu un parlement en Escoce pour ordonner aulcuns depputez

affin de les envoyer par deçà, et que lors sera procédé tout ensemble

et à sa liberté et à la résolution des affaires de sa Mestresse; mais

il semble que sa dicte Mestresse, avec rayson, ne veult plus confyer

l'accommodement de ses affaires ny la conclusion du tretté à la Royne

d'Angleterre ny à ses ministres, si elle mesmes ou ses expéciaulx

depputez ne sont présens.

Fitz Maurice prospère en Yrlande, il a deffaict trois centz Anglois

des garnysons de dellà, et surprins quelque lieu d'importance. Ceulx

cy ont tiré, despuys huict jours, vingt cinq chariotz chargés d'armes

de la Tour, pour y envoyer. Milord Sideney faict si grande difficulté

d'y retourner qu'il semble que milord Grey enfin y passera. J'entendz

que le faict de Flandres, quant aulx merchandises, est accordé, ainsy

que l'ambassadeur d'Espaigne mesme me l'a confirmé, mais il semble que

l'exécution de l'accord conciste en beaucoup de particullaritez qui

pourront encores avoir quelque trêt. Après l'arrivée de Mr de Foix,

nous vous escriprons toutz deux plus amplement. Sur ce, etc.

Ce XIIe jour d'aoust 1571.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 134 / 362 题