A LA ROYNE.

Madame, ainsy que je fermoys ma lettre du jour de yer à Vostre

Majesté, l'on vint me dire que l'ung des gens de Mr de Vualsingam

passoit par ceste ville qui s'en alloit trouver la Royne d'Angleterre

à Amptoncourt, et, avant qu'il fût nuict, il me fut mandé du dict lieu

que la dépesche estoit tenue si secrecte qu'on n'en publioit ung seul

mot, et seulement le comte de Lestre avoit dict à ung sien amy privé

qu'il restoit fort peu de différant aulx articles, et qu'ilz

s'accommoderoient, et qu'on avoit commancé ung honnorable propos pour

luy avec une dame de France, lequel il espéroit qu'auroit bon effect.

Peu d'heures après, me vint ung aultre adviz comme la dicte dépesche

asseuroit que toutz les articles de la Royne d'Angleterre avoient esté

acceptez par Voz Majestez Très Chrestiennes et mesmes celluy de la

religion, et que plusieurs en ceste court s'en trouvoient estonnez; et

la dicte Dame estoit après à consulter comme elle auroit meintenant à

y procéder pour satisfaire à l'humeur d'ung chacun, chose que celluy,

qui m'escripvoit, l'estimoit estre fort difficille, et qu'on

souspeçonnoit que le messagier et pacquet, qui m'avoient esté

dépeschez là dessus, estoient artifficieusement retardez en chemin,

affin que la dicte Dame se peult préparer de la responce qu'elle

m'auroit à faire, quand je viendrois à luy en parler; et que pourtant

j'eusse bon pied et bon œil.

A ce matin, m'est venu ung tiers adviz trop pire que les deux

premiers, c'est que par la mesme dépesche avoit esté mandé que

Monsieur, vostre filz, avoit accepté une secrecte commission du Pape

pour oster la religion nouvelle, et restituer la catholique par toute

la France, sans que le Roy son frère en sceût rien, et qu'il en avoit

donné la principalle conduicte à deux seigneurs de la court; de quoy

estant enfin le Roy adverty, il en avoit esté fort offancé, et avoit

chassé ces deux de la court, au regrect de Mon dict Seigneur, dont

restoit beaucoup de malcontantement et beaucoup de mauvaise

intelligence entre les deux frères, qui estoit ung accident qu'on me

vouloit bien dire qui seroit pour aporter beaucoup de traverse à ce

propos. Je suys demeuré merveilleusement estonné de ceste tant

mauvaise, et comme je m'asseure, très faulce nouvelle, et en fusse en

plus grand peyne sans qu'il m'est souvenu qu'il vous avoit pleu

m'escripre, du XXVe du passé, de n'adjouxter foy à rien qui me peult

estre dict ou mandé, si je ne le voyois signé de la main de Voz

Majestez. Et ainsy, Madame, je demeure en ceste résolution de ne le

croyre, et de faire encores, aultant que je pourray, que les aultres

ne le croyent; et néantmoins je ne veulx différer de le vous escripre,

affin que Vostre Majesté pourvoye aulx inconvéniantz qui pourroient

advenir d'une si meschante et mallicieuse invention, laquelle, de tant

qu'on la tient fort secrecte icy, je vous supplie, Madame, que le

susdict de Valsingam ne puysse sentyr que je vous en aye donné adviz.

Sur ce, etc. Ce VIe jour d'aoust 1571.

Voycy encores, Madame, tout à ceste heure ung quatrième adviz qui

contient ces motz:--«Plusieurs lettres, de diverses dates, sont

venues par ceste mesmes dépesche, et meintenant s'entend que pour

la religion l'affaire est retardé, s'esmerveillantz Leurs Très

Chrestiennes Majestez que de deçà ne consentent à une si

raysonnable requeste, qui ne fut jamais dényée à nul prince, et

sur ce différand viendra Mr de Foix, ou ung aultre gentilhomme de

crédict, bientost.»--Et n'y a rien plus.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 129 / 362 题