Madame, despuys ce que je vous ay escript, du XXIIe de ce moys, par
mon secrétaire, touchant le propos du mariage, j'ay esté adverty que
le Sr Vualsingam a faict une dépesche par deçà sur les propos,
qu'auparavant le retour du Sr de Larchant il avoit heu avec Voz
Majestez, de la sincérité dont la Royne, sa Mestresse, et les siens
procédoient en cest affaire, ce qu'il mande vous avoir si bien
persuadé que, nonobstant les lettres que Mr le cardinal de Lorrayne, à
ce qu'il dict, vous a escriptes au contraire, vous demeuriez
néantmoins résolue d'ambrasser avec toute affection la conclusion du
dict mariage, et le Roy a déclaré qu'il tiendra pour ennemys ceulx qui
le vouldront traverser. Et mande davantaige qu'ayant quelque
vertueuse dame admonesté Monsieur, s'il passe en Angleterre, de n'y
user comme les princes françoys, qui vont toutjour faisant l'amour
aulx autres dames, ains qu'il se contante d'aymer bien fort et
uniquement la Royne, affin d'éviter les maulx et dangiers qui ont
accoustumé de venir aulx mauvais marys; qu'il a bénignement receu ce
conseil, et avoit fort remercyé celle qui le luy avoit donné, et
promiz qu'il le suyvroit: qui sont deux trêtz qui ont aporté beaucoup
de contantement à ceste princesse, car elle a jugé qu'elle estoit
aymée et desirée. L'on attend en dévotion l'aultre dépesche du dict de
Valsingam, d'après le rapport du dict Sr de Larchant et du Sr
Cavalcanty, dont je mettray peyne d'entendre ce qu'il en mandera,
affin d'incontinent vous en advertyr. Sur ce, etc. Ce XXVIe jour de
juillet 1571.