Madame, en discourant avec la Royne d'Angleterre des choses que je
mande en la lettre du Roy, nous sommes, de propos en propos, venuz à
parler du pourtraict de Monseigneur vostre filz, et elle m'a dict
qu'encor que ce ne soit que le créon, et que son teint n'y soit que
quasi tout chafouré de charbon, si ne layssoit ce visaige de monstrer
beaucoup de beaulté et beaucoup de merques de dignité et de prudence;
et qu'elle avoit esté bien ayse de le veoyr ainsy meur comme d'ung
homme parfaict, car me vouloit dire tout librement que mal
vollontiers, estant de l'eage qu'elle est, eust elle vollu estre
conduicte à l'esglise pour estre maryée avec ung qui se fût monstré
aussi jeune comme le comte d'Oxfort, et que cella n'eust peu estre
sans en avoir quelque honte, et encores du regrect; mais ung chacun,
qui verroit la présence et les modestes façons de Monsieur, ne
pourroit dire sinon qu'il y alloit d'ung sage et fort bon jugement,
car il monstroit bien avoir sept ans plus qu'il n'a, ce qu'elle
desireroit en bon esciant qu'il eust, ou qu'elle les eust moins, et
plustost desireroit ce plus à luy qu'à elle, non pour le préférer à la
couronne de son frère, car vouoyt à Dieu qu'elle ne le desiroit
nullement, et que je sçavois bien qu'elle avoit esté davantaige en
peyne de la blesseure du Roy, de peur que Monsieur ne devînt si grand
qu'il n'eust plus à faire de la grandeur qu'elle luy pouvoit donner,
mais c'estoit affin qu'il ne se trouvât de grande inéqualité entre
eulx, car confessoit avoir trente cinq ans, encor que son visaige ny
sa disposition ne monstrassent qu'elle en eust tant.
Je luy ai respondu que Dieu avoit si bien pourveu à ce que son eage à
elle ne luy emportât rien de ses beaultez et perfections, et que les
ans de Monsieur luy anticipassent à luy les siennes, qu'il a monstré
estre son infalible vouloir qu'ilz soyent maryez ensemble; et par
ainsy qu'elle ne doubte de ne trouver aussi en Mon dict Seigneur la
correspondance de toutes les aultres choses que, pour son honneur, sa
grandeur, sa seureté et le repoz de son estat, et pour tout ce qui
concerne son entier et parfaict contantement, elle pourroit desirer.
Ce que la dicte Dame a monstré de recepvoir avec affection. Et le
comte de Lestre m'a continué déclairer une semblable vollonté là
dessus comme toutjour, et mylord de Burgley, encor qu'il n'ait esté
lors présent, m'a faict néantmoins signifier qu'il y persévéroit
toutjours.
Par ainsy, Madame, je n'ay rien, à présent, qui ne soit pour la
confirmation du propos et pour vous asseurer que je ne voys point
qu'on n'y procède icy de fort bon pied, sellon que Vostre Majesté me
mande, par la sienne du VIIIe de ce moys, que le Sr de Valsingam luy
en est aussi venu faire une fort expresse déclaration; et je suys bien
ayse, Madame, qu'il vous ayt pleu me la faire sçavoir, car je m'en
serviray icy bien à propos, mais, quant à vous mander une plus grande
résolution des condicions et demandes, qui ont esté desjà proposées en
cella, vous sçavez, Madame, que par l'instruction du Sr de Larchant
vous m'avez commandé de n'en entrer en nulle dispute ny contestation
affin de réserver cella à la venue de voz depputez, ce que j'estime
aussi estre le meilleur. Par ainsy, tout ce que je vous en diray pour
ceste heure de plus est que j'auray, à leur venue, aultant préparé les
choses comme cependant j'en pourray esclarcyr les difficultez. Sur ce,
etc. Ce XXe jour de juillet 1571.