Sire, je m'en vays aujourduy trouver la Royne d'Angleterre à
Hamptoncourt pour luy faire l'honneste mercyement que me mandez, par
la vostre du IIe du présent, et verray en quoy elle persévère sur la
négociation que Mr de Larchant et moy avons heu avecques elle, qui
n'ay, pour ceste heure, rien que vous mander de plus, ny de moins, en
cella despuys qu'il est party. Mais je vous diray d'ailleurs, Sire,
que le Xe de ce moys, la Royne d'Angleterre a escript, par le
capitaine Caje, au mareschal de Barvyc en Escoce, qu'elle desire estre
bien informée de l'estat du pays, comme les partz s'y meintiennent, et
quelle opinion il en a, et à quoy il juge que pourront devenir les
choses, et pourtant qu'il pénètre bien ez affaires de dellà affin
qu'elle ne s'y trouve trompée; et qu'il dye aulx comtes de Lenoz et de
Morthon que, pour ceste heure, elle ne les peult contanter de ce
qu'ilz desirent, parce que toutz ceulx de son conseil luy remonstrent
que cella enfraindroit les bons trettez qu'elle a avec ses alliez,
lesquelz ont l'œil si ouvert en cest endroict qu'il n'est possible
d'y aller si couvertement qu'ilz ne le descouvrent; et qu'il leur dye
aussi qu'elle ne trouve bon qu'ilz reffuzent la suspencion de guerre
pour demeurer ainsy obstinez qu'ilz sont, les armes à la main; ce qui
ne peult estre qu'avec grandz fraiz, et qu'il seroit trop meilleur
qu'ilz se missent, pour ung temps, en quelque neultralité, mais, s'ilz
demeurent résoluz de non, qu'ilz advisent d'employer en leurs affaires
les deniers qu'ilz ont tiré en grande somme des confisquations et
forfaictures du pays, ausquelz n'a esté encores rien touché, premier
que de presser par trop leurs amys, lesquelz ilz trouveront toutjour
prestz de leur ayder, quant il en sera besoing; qui est tout le
subject de la lettre, laquelle elle luy mande de la communiquer aus
dicts de Lenoz et Morthon, et qu'après il se retire à Barvyc. Despuys
laquelle dépesche, j'entendz, Sire, que la dicte Dame a receu des
nouvelles du dict mareschal, du IIIIe du présent, qui luy mande que,
oultre le navyre, chargé d'armes et de monitions qui venoit de
Flandres, où y avoit douze mil escuz en réalles et jocondales, lequel
Morthon a naguières arresté, il estoit tout freschement arrivé ung
aultre petit vaysseau de France, chargé d'armes et pouldres, envoyé à
ceulx du party de la Royne d'Escoce, qui, ne sachant le Petit Lith
estre ez mains du susdict de Lenoz, y estoit allé aborder tout droict;
et que le comte de Morthon l'avoit incontinent saysy, et faict mettre
les monitions au magasin du jeune Prince, et l'escouçoys qui les
conduysoit en estroicte pryson, et qu'après beaucoup de grandes
difficultez, icelluy mareschal enfin avoit heu parolle et promesse des
deux partiz pour la suspencion d'armes; mais je n'ay encores entendu,
Sire, pour combien de temps. C'est dont mettray peine de vériffier
encores mieulx, s'il m'est possible, toutes ces choses, et adviseray
d'en toucher ung mot à ceste princesse, ensemble de la continuation du
tretté, et de la liberté de l'évesque de Roz, pour, puys après, vous
en mander plus grand certitude.
Le jeune Coban a remercyé l'ambassadeur d'Espaigne du bon recueil
qu'on luy a faict, et de la seurté qu'il a trouvé en Espaigne, soubz
la faveur de ses lettres, et ne luy a rien plus touché de la
négociation qu'il a faicte par dellà, mais j'ay sceu d'ailleurs que la
lettre qu'il a apportée du Roy d'Espaigne à la Royne, sa Mestresse,
laquelle est en latin, contient en substance:--«Qu'il ne desire rien
tant que de demeurer en bonne amytié et intelligence avecques elle, et
que les différans des prinses et de la suspencion du commerce d'entre
leurs pays, soyent accommodez avec une bonne réconcilliation entre
leurs communs subjectz, et qu'il sera prest d'aprouver et ratiffier
tout ce que ses depputez en accorderont, ne s'estant jamais persuadé
qu'elle n'ayt toutjour desiré d'entretenir la bonne amytié et
alliance, qui a duré plusieurs siècles entre la mayson d'Autriche et
la couronne d'Angleterre si inséparablement, qu'à toutes occasions et
à toutz momentz elles ont esté toutjour prestes de prendre les armes
pour la deffance l'une de l'aultre, et qu'estant son desir de
persévérer en cella bien fort fermement de son costé, il espère
qu'elle et toute la noblesse de son royaulme n'y seront moins disposez
du leur, pour estre chose utille et très nécessaire à toutz deux.»
Je ne sçay encores ce qu'il a raporté davantaige en secrect; tant y a
que le dict accord des prinses ne monstre, pour son arrivée, de
prandre plus grand advancement, bien qu'il semble que le Sr Thomas
Fiesque s'esforce de le conduyre, sans le sceu ny de l'ambassadeur ny
du Sr de Sueveguem, qui est l'aultre depputé des Pays Bas; et
néantmoins le Sr Quillegrey a esté encores freschement envoyé pour
ouvrir et visiter aulcunes balles des dictes prinses affin de veoir
s'il y a de l'argent dedans, ce qui n'est prins pour bon signe. Je
metz peyne de m'y comporter ainsy que m'ayez cy devant mandé en
chiffre. Icelluy Coban se loue d'avoir esté fort bien tretté et
caressé par dellà, et que le Roy d'Espaigne l'a paysiblement ouy et
bénignement respondu, et que le prince d'Evoly luy a donné plusieurs
bonnes parolles, mais qu'il s'en est retourné sans qu'on luy ayt faict
de présent. Les vaysseaulx flamans, qui se souloient tenir en ceste
estroicte mer, ont esté escartez par l'admyral de Flandres qui en a
prins ou miz à fondz quatorze, et jetté en la mer ou bien exécuté six
centz hommes qui estoient dessus, et le reste s'est retiré à la
Rochelle. Fitz Maurice a combattu en Yrlande, et dict on qu'il a tué
cent cinquante hommes de la garnison de la Royne d'Angleterre, qui est
beaucoup, veu le petit nombre de gens de guerre qu'elle y entretient.
Il s'entend icy que le cardinal Alexandrin vient trouver Vostre
Majesté; sur quoy l'on faict de bien diverses interprétations. Sur ce,
etc. Ce XIVe jour de juillet 1571.
J'adjouxteray à ce pacquet un adviz qui me vient d'arriver tout à
ceste heure, lequel j'ay extraict, mot à mot, de son original, et
vous supplie très humblement me le renvoyer, ou commander qu'il
soit miz au feu, et que Mr de Valsingam n'en entende en façon du
monde rien.
ADVIZ DONNÉ AU Sr DE LA MOTHE.
«Toutes choses aujourd'huy se mènent avec art et finesse et la
vostre mesmement; car, pendant que vous et l'aultre gentilhomme
la trettiez icy, eulx ont dépesché, à cachettes, ung messagier
avec instruction privée à Valsingam de faire tout ce qu'il luy
sera possible pour pénétrer secrectement et dextrement ez
intentions d'icelle court, et que, soubdain à l'arrivée du dict
gentilhomme, et sans attandre ce qu'on pourroit colliger de son
rapport, il signiffiât par le mesmes messagier la disposition en
quoi il auroit cogneu qu'on y continuoit vers cest affaire,
voulans, puys après, requérir plus ou moins sellon qu'il leur
semblera de besoing. Les amis de la cause desirent qu'on leur
admette, _pro formâ tantùm_, ce qu'ilz ymaginent estre expédiant
de faire au poinct de la religion, affin de les veincre, car les
ennemys n'ont aultre excuse quelconque que celle de la dicte
religion, et commancent fort à doubter, et les amys à mieulx
espérer. La responce d'Espaigne après avoir esté bien considérée
n'est sinon neutre et incertaine. Dieu vous conserve.»--15.--