AU ROY.

Sire, le IIe de ce moys, vigille de la Pentecoste, la Royne

d'Angleterre est allé elle mesmes clorre son parlement, et ceux qui

estoient présens m'ont asseuré que ce a esté par ung parler si digne

et honnorable, et encores si grave et elloquent, que la pluspart de

l'assemblée en a esté esmerveillée; et toutz en sont restez fort

contantz. Elle a rejetté par bonnes raysons les nouvelles loix et les

contrainctes qu'on requéroit estre imposées sur l'observance de leur

religion, ayant layssé les choses comme elles estoient, et a confirmé

en quelque partie la loy de lèze majesté pour la seurté d'elle et de

son estat o[8] protestation que le tiltre d'aulcun qui prétande droict

à la succession de ce royaulme, n'en puysse estre intéressé; elle a

remercyé l'assemblée de l'ottroy du subcide, et a confirmé, au reste,

la pluspart de leurs aultres demandes. Il semble que le parlement n'a

esté du tout finy, ains qu'on y a miz POINCT, ainsy qu'ilz disent,

pour le pouvoir continuer, quant les affaires de la Royne et du

royaulme le requerront.

[8] Avec protestation.

Le docteur Estory[9] a esté enfin exécuté à mort, en l'eage de 80 ans,

nonobstant la remonstrance de l'ambassadeur d'Espaigne, et nonobstant

qu'il se soit toutjour opiniastrément meintenu estre subject du Roy

Catholique; mais ceste Royne a respondu:--«Que le dict Roy auroit bien

la teste, s'il la vouloit, mais que le corps demeureroit en

Angleterre.» Plusieurs des seigneurs de court et du conseil ont

assisté à l'exécution, espérant tirer de luy, à sa fin, ce qu'il

pouvoit avoir entendu de l'entreprinse du duc d'Alve et des fuytifz

Anglois, qui sont en Flandres, contre ce royaulme, et pareillement

quelque déclaration s'il ne recognoissoit pas la Royne d'Angleterre

pour sa vraye et légitime princesse, avec toute authorité temporelle

et ecclésiastique en ce pays; mais ilz n'en ont rien raporté qui les

ayt contentez.

[9] Storey, zélé catholique, qui avait joué un rôle important

sous les règnes d'Edouard et de Marie, s'était réfugié en Flandre

auprès du duc d'Albe pour échapper à la vengeance d'Élisabeth. En

1569, on était parvenu à l'attirer par surprise dans un vaisseau

anglais, qui le conduisit à Londres. Il fut condamné à mort comme

convaincu de trahison et de magie.

Le comte de Lenoz, se trouvant à l'estroit, a envoyé en dilligence

solliciter icy du secours, et ont les lettres du mareschal de Barvyc,

qui a desjà conféré avecques luy, joinct la bonne estime du Sr

Briquonel, le plus renommé cappitaine d'Angleterre, qui les a

apportées, esté de grand moment pour faire mettre la cause en

dellibération; en laquelle, après avoir cogneu, par le jugement mesmes

du dict Bricquonel, que l'entreprinse d'assiéger le chasteau de

Lislebourg seroit très difficile et de grand despence, il a esté

advisé de n'envoyer point pour encores d'armée par dellà. Mais voycy,

Sire, ce qui a esté ordonné, et à quoy il a esté, quant et quant,

pourveu: que le dict Bricquonel yra promptement trouver le dict de

Lenoz à Esterlin, avec deux centz harquebuziers, pour demeurer là à la

garde du petit Prince, et que icelluy de Lenoz, avec cinq centz

soldatz escouçoys, entretenuz aulx dépens de la Royne d'Angleterre,

pourra aller courre sur ceulx de l'aultre party, et se saysir du Petit

Lict, s'il luy est possible; que le mareschal de Barvyc s'entremettra

cependant de mettre en quelque accord les ungs et les aultres à la

confirmation de l'authorité du petit Prince, aultant qu'il le pourra

faire, menaçant ceulx du party de la Royne à toute extrémité. Qui est

tout ce que, pour le présent, je puys descouvrir au vray avoir esté

résolu en ce faict, bien qu'on ayt renvoyé le Sr de Cuniguem avec

beaucoup d'aultres grandes promesses devers le dict de Lenoz. Cella

crains je, Sire, que, de tant que icelluy cappitaine Briquonel, lequel

part tout à ceste heure, doibt, à ce que j'entendz, embarquer les dict

deux centz hommes, que ce ne soit pour aller enlever le Prince

d'Escoce et le transporter de deçà, ou bien pour mettre ceste garnyson

dans Dombertran au lieu de la conduyre à Esterlin; vray est qu'on m'a

asseuré que le comte de Morthon s'est vivement opposé qu'on n'y mette

point d'Anglois, et en est pour cella en assés mauvais prédicament en

ceste court, encor qu'il se soit rabillé avec le dict de Lenoz, lequel

luy a cédé les terres, d'où le différant estoit nay entre eulx. La

comtesse de Lenoz s'est fort escryée que les adversayres de son mary

et de son filz estoient secouruz d'argent de France, de Flandres et

encores de quelque endroict d'Angleterre, dont l'on en a chargé le duc

de Norfolc, et en est la Royne d'Angleterre entrée en telle

indignation contre luy qu'elle a curieusement cerché, avec des gens de

loix et de justice, s'il y auroit nulle juste prinse sur luy pour le

pouvoir bien chastier, mais il se trouve de plus en plus net et

deschargé de tout crime. J'attandz responce de Vostre Majesté sur la

continuation de l'instance que j'auray à faire à la Royne d'Angleterre

pour les choses d'Escoce, sellon que j'ay commancé de les luy

proposer, et aussi ce que j'auray à luy dire de vostre part sur la

détention de l'évesque de Roz son ambassadeur, qui attand tout son

remède de l'assistance qu'il vous plairra luy faire. Sur ce, etc. Ce

IXe jour de juing 1571.

J'entends que le deuxiesme de ce mois ceulx de Lillebourg se

devoient mettre en campaigne pour aller exécuter quelque brave

entreprinse. Je ne sçay encores ce qui en aura succédé.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 92 / 362 题