AU ROY.

Sire, la contention d'entre les principaulx de la noblesse et des

évesques sur l'article de la religion, en la première chambre de ce

parlement, et celle de la dicte chambre contre ceulx de la segonde sur

le poinct de lèze majesté, ne sont du tout vuydées, et en est

l'affaire encores devers certains depputez, à qui a esté commiz de

modérer les billetz; seulement l'article du subcide est passé, en

ayant esté rabattu ung sixiesme, dont ne montera plus que envyron cinq

centz mil escuz, payables, la moictié au mois d'octobre prochain, et

l'aultre moictié d'icy à ung an. Cependant le souspeçon qu'on a prins

de la dépesche, qui venoit de Flandres à l'évesque de Roz, dont les

chiffres sont encores devers milord de Burlay, s'est fort augmenté par

les contradictions ung peu plus hardyes, qu'on ne les espéroit voir au

dict parlement, de sorte que le dict de Roz en est tenu plus resserré;

et a esté miz gardes, en plusieurs lieux de ceste ville, pour obvier à

sédicion, et mandé en la contrée de retenir toutz corriers et

voyageurs qui n'auront passeport, et serré de toutz costez les

passaiges.

Ceulx d'Escoce des deux partys se préparent à ung faict d'armes; dez

le Xe de ce moys, près de Lillebourg, (ayant le comte de Lenoz

instantment demandé d'estre secouru de cinq centz chevaulx et quinze

centz hommes de pied anglois, avec lesquelz il promect de couryr

l'Escoce, et de ranger promptement tout le pays à son obéyssance),

j'entendz que cependant l'on est venu aulx mains, et que du

commancement le combat a esté doubteux, mais qu'enfin le dict de Lenoz

s'est retiré, et les Amilthons sont entrez à Lillebourg, où, tout

incontinent, le nom et l'authorité de la Royne d'Escoce ont été

proclamez. J'espère que, si sur cella le frère du cappitaine Granges

leur est arrivé, et qu'il playse à Vostre Majesté leur faire continuer

le secours de quatre mil escuz par moys, et le leur envoyer pour deux

ou trois moys à la foys, que leurs affaires se pourront establyr, au

moins si les Angloys ne s'y opposent trop ouvertement et avec armée,

comme l'on continue de m'advertyr que la dellibération en est desjà

fort avant; auquel cas j'escripray ordinairement à Vostre Majesté ce

qui en viendra à ma notice. Les particularitez du dict combat ne se

sçavent encores, ny je n'ay adviz d'icelluy que par lettres de

particuliers, dont j'en attandz d'heure en heure plus grande

confirmation; cependant il plaira à Vostre Majesté entendre des

nouvelles de la Royne d'Escoce par une lettre, qu'elle mesmes m'a

escripte de sa main, du XIIIe et XIIIIe de ce moys, en laquelle le

poinct qu'elle remect au Sr Douglas, qui me l'a apportée, est touchant

la continuation du secours, ainsy que je le mande cy dessus; et verrez

au reste, Sire, comme elle desire qu'il soit vostre bon playsir de

remettre au dict Douglas la condempnation qu'il a encourue, par la

coulpe de son homme, d'estre bany pour trois ans de vostre court, à ce

qu'il puysse continuer, comme auparavant, son service près de Vostre

Majesté, et qu'il vous playse le faire payer de ses gaiges de la

chambre.

J'ay adjouxté, Sire, à ce pacquet ce que j'ay aprins de l'examen de

l'évesque de Roz, qui monstre en quelque chefz que ceulx cy se

deffient d'aulcuns d'entre eulx mesmes, et que néantmoins les

accusations ne sont si grandes contre luy qu'on le deust tretter ainsy

rudement comme l'on faict; dont il continue, Sire, d'avoir recours à

la faveur de Vostre Majesté; et cependant je luy assiste, au nom

d'icelle, de tout ce qu'il m'est possible. Le Sr Thomas Fiesque est

arrivé en la compaignie du gentilhomme anglois qui l'estoit allé

quérir, et semble que l'aultre depputé, qui de longtemps estoit icy,

et luy ne s'en retourneront ceste foys sans avoir accommodé le faict

des merchandises, ny sans avoir par mesmes moyen miz aussi en quelque

bonne voye d'accommodement le reste de l'entrecours d'entre les deux

pays; et espère l'on que le jeune Coban raportera fort bonne responce

d'Espaigne, ayant esté si bien et favorablement receu par dellà qu'on

en a desjà remercyé icy l'ambassadeur. Sur ce, etc. Ce XXIIIe jour de

may 1571.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 81 / 362 题