Sire, ceulx de la première chambre de ce parlement, lesquelz sont les
comtes et barons du pays, et aulcuns d'eulx présumez catholiques,
encores que les évesques soyent parmy eulx, ne layssent de résister à
la contraincte où l'on les veult soubsmettre de faire, deux foys l'an,
la cène à leur mode, et ont remonstré qu'il leur semble fort
intollérable que les dicts évesques et ministres qui se sont
introduictz au commancement en façon d'hommes non cerchans que d'aller
en craincte et humilité annoncer tout à pied la parolle de Dieu,
soyent devenuz, à ceste heure, si arrogans qu'ilz ne se contantent
d'estre les plus hault montez du royaume et d'avoir asubjecty le
peuple, s'ilz ne plient aussi la noblesse soubz leur authorité; et que
au moins s'ilz monstroient clairement, et par ung asseuré consentz de
toutz eulx, qu'est ce qu'ilz baillent en leur cène, ainsy que
l'esglize catholique l'a toutjour faict, l'on s'y pourroit ranger;
mais chacune paroisse annonce ce poinct, et encores d'aultres de leur
dicte religion avec tant de diversité qu'ilz veulent bien regarder ce
qu'ilz y auront à faire pour leur salut, et pour ne se laysser oster
les privillièges qui ont esté réservez à la liberté de leurs
consciences; dont sont encores à dellibérer là dessus.
Et touchant déclairer privez de la succession de ce royaulme, pour
eulx et leurs descendans, ceulx qui auroient présumé de s'en attribuer
le tiltre, ou qui le présumeroient de faire cy après, ny qui
parleroient de leurs droictz à icelle, et d'avoir encoureu eulx et
leurs adhérans crime de lèze majesté, qu'ilz trouvoient bon que, sans
parler du passé, il fût faicte loy qui obligeât dorsenavant à
privation de droict quiconques s'atribueroit le dict tiltre, durant la
vie de leur Royne, et que celluy et ceulx qui luy adhèreroient fussent
notez de lèze majesté, mais rien davantaige. Et ayant ainsy rabillé le
billet, ilz l'ont renvoyé à ceulx de la basse chambre, auxquelz parce
qu'il ne satisfaict, la chose demeure en suspens; et mesmes le subcide
n'est du tout conclud, bien que l'on estime que toutz ces poinctz
viendront enfin à telle résolution que ceulx, qui gouvernent,
vouldront qu'ilz ayent.
Sire Jehan Fauster, gardien des frontières du Nord, est arrivé despuys
trois jours avec ung adviz des choses d'Escoce, par lequel il asseure
que ceulx, qui tiennent le party de leur Royne au dict pays, ne voyant
venir aulcun secours de France, se sont résoluz, sans plus s'y
attandre, de cercher l'alliance du Roy d'Espaigne et de conclure une
bonne ligue avecques luy; dont l'on presse bien fort icy d'envoyer
bientost cinq ou six mil hommes de pied et deux mil chevaulx au comte
de Lenoz, affin de randre promptement toute l'Escoce à l'obéyssance du
petit Prince soubz son gouvernement, et mettre quelques garnysons dans
le pays; et en est la matière en dellibération avec grand espérance,
de ceulx qui sont icy pour le dict de Lenoz, qu'elle pourra estre
accordée. Néantmoins je n'entendz qu'il y ayt encores rien d'ordonné
en cella, ny nulle aultre chose, sinon aulx officiers de la marine de
se tenir prestz à mettre en tout appareil de guerre dix des grandz
navyres, aussitost qu'il leur sera commandé, affin de se randre
maistres de la mer pour garder que nul secours puysse venir aus dicts
Escouçoys, et aussi pour se trouver préparés contre les aprestz du duc
d'Alve, lesquelz ilz monstrent assés de craindre. Et semble aussi
qu'on leur ayt faict prandre quelque nouvelle deffiance de Vostre
Majesté, de sorte que milord de Burlay, entre ses doubtes, a faict
recercher l'ambassadeur d'Espaigne de vouloir que eulx deux
renouvellent l'intelligence d'entre leurs Maistre et Mestresse; et
que, si son dict Maistre ne se vouloit pourter si adversayre qu'il
faict contre leur religion, il pourroit tirer plus de commoditez de ce
royaulme que n'ont jamais faict ses prédécesseurs. Dont j'entendz que
les différantz des Pays Bas commancent de retourner à quelque
modération, et que le Sr Fiesque s'attand icy du premier jour, avec
meilleur responce du duc d'Alve, pour ayder à conclurre l'accord; et
que cependant ceste Royne tient en suspens sa dépesche pour
Allemaigne, craignant d'employer assés en vain ses deniers, et que les
grandes pencions, que le Roy d'Espaigne donne aulx princes protestans,
joinct l'auctorité de l'Empereur, empescheront que nulle levée se
puysse faire contre les Pays Bas.
La dicte Dame m'a envoyé le cappitaine Leton et l'aysné Norrys pour me
dire que si, d'advanture, j'entendois qu'elle fît procéder un peu plus
rigoureusement contre l'évesque de Roz que ne requéroit la personne
d'ung ambassadeur, que je n'estimasse que ce fût pour injurier ny
offancer son office, ny pour chose qu'il eust négociée pour le service
de sa Mestresse, car en cella elle l'avoit toutjour bénignement ouy,
et seroit preste d'entendre toutjour à ce qu'il luy seroit proposé
pour le bien et les affaires d'elle; mais qu'il s'estoit tant oublyé
et tant esloigné de son debvoir qu'il avoit mené de très mauvaises
pratiques contre la personne et l'estat de la dicte Dame avec ses
rebelles; de quoy elle m'avoit bien vollu advertyr, comme celluy de
qui elle avoit toute bonne opinion, affin que je ne prinse ny
escrivisse les choses en aultre façon qu'elles sont.
J'ay respondu que je remercyois bien humblement la dicte Dame de son
advertissement, et que je la cognoissois si vertueuse et si sage, et
si bien conseillée, qu'elle ne procèderoit envers le dict évesque
qu'avecques honneur et modération; et qu'il ne se pouvoit faire que je
ne me dollusse du mauvais trettement qu'on feroit aulx ambassadeurs,
desquelz l'office et les personnes avoient esté, de tout temps,
réputées sacrées et inviollables, mais puysqu'elle parloit d'avoir
attampté à sa personne et à son estat, je ne voulois dire sinon que sa
Mestresse ne seroit pas contante de luy, et qu'elle mesmes, à qui
touchoit de l'en chastier, en procureroit la punition; mais que
j'estimois que, tant plus l'on examineroit de près son faict, plus
l'on le trouveroit clair et exempt de telle faulte, et que je n'avois
veu en luy nul plus grand desir que de unyr par grand amytié et
intelligence sa Mestresse avec la dicte Dame, et mettre en paix et
repoz leurs deux royaulmes; et que je la suplioys ne trouver mauvais
si j'en escripvois à Vostre Majesté, et que mesmes il luy pleust me
permettre de le mander à la dicte Dame, Royne d'Escoce, affin qu'elle
peult envoyer icy ung aultre ambassadeur.
Le comte de Sussex, milord de Burlay, maistre Mildmay et Raf Sadeler,
ont esté en son logis pour l'examiner, et puys luy ont baillé gardes,
et, nonobstant qu'il soit bien mallade en son lict, ilz l'ont faict
transporter en la mayson d'ung évesque; dont je mettray peyne
d'entendre bientost son examen pour en advertyr Vostre Majesté. Mais
cependant, parce qu'on le menace de procéder contre luy comme contre
ung privé, sans le tenir plus pour ambassadeur, et qu'il crainct qu'on
le mette dans la Tour, et qu'on luy baille la question, estant entre
les mains de ceulx qui ne l'ordonneroient que plus vollontiers, parce
qu'ilz le cognoissent évesque catholique, il supplie très humblement
Vostre Majesté, Sire, de vouloir escripre une lettre expresse à ceste
Royne pour sa liberté et bon trettement, ce qui ne vous sera que bien
décent, à cause de l'alliance que sa Mestresse a avec vostre couronne,
sur l'instance que son ambassadeur, qui est par dellà, vous en pourra
faire; et il mérite, Sire, pour la bonne affection qu'il a à vostre
service et à celluy de sa Mestresse, et qu'il a le moyen et la
capacité de vous en faire à toutz deux, que ne luy reffusiez ceste
grâce et faveur. Et sur ce, etc.
Ce XVIIIe jour de may 1571.