AU ROY.

Sire, ce en quoy, despuys mes précédantes du VIIIe de ce mois, ceste

cour m'a semblé la plus occupée a esté ez déllibérations du parlement,

parce qu'elles n'ont peu passer en la première chambre, où sont les

milordz, ainsy qu'elles avoient esté proposées en la segonde, ains ont

esté fermement contradictes au poinct de la religion, et en celluy de

ne parler du tiltre du royaulme sur peyne de lèze majesté; en quoy

milord de Burlay, par une longue harangue, a remonstré à l'assemblée

qu'on ne debvoit reffuzer aulcune ordonnance qui peult servyr à la

paciffication du royaulme et à la seureté de leur Royne, argumentant

de la connexité, qu'il y a aujourduy si grande, entre les affaires de

la religion et ceulx de la pollice, qu'il n'est possible de bien

establyr les ungs sans les aultres. Et semble que, tout à propoz, ayt

esté supposé ung incogneu à venir en grand haste demander de parler à

la Royne pour l'advertyr de chose importante à sa vie, mais tout le

reste du propos demeure secrect devers le dict de Burlay; comme aussi

luy a esté mené ung aultre incogneu qui, en mesmes temps, s'est trouvé

avec des pistollés soubz son manteau au logis de la Royne, mais l'on

ne le renvoye point à justice. Et néantmoins par ces apparances

l'instance est plus vifve à pourchasser que les susdictes

dellibérations passent, et que les oppositions y sont moins fortes, et

qu'on estime que le dict de Burlay parle entièrement par la bouche de

la dicte Royne; dont l'on commance à voir que peu ou rien, à la fin, y

sera contradict. Toutesfoys l'on vaque encores toutz les jours à

débattre des matières, et, après qu'elles seront résolues, je les

pourray mander plus certaines à Vostre Majesté, qui sera en bref,

sellon qu'on dict que le dict parlement se terminera bientost.

J'ay obtenu de la Royne d'Angleterre qu'elle escripra au comte de

Cherosbery de modérer l'ordre qu'il avoit prins pour la Royne

d'Escoce, à ce qu'elle ayt plus de liberté et qu'il luy laysse les

femmes qu'elle luy demandoit par sa lettre. L'on m'a recerché de la

continuation du tretté, mais je ne respondz rien, et l'évesque de Roz

est encores si mallade qu'il ne peut négocier. Je croy aussi que

d'Escosse l'on luy a mandé qu'il n'acorde plus nulle surcéance. Il se

continue de dire qu'il y a heu rencontre près de Lislebourg, mais l'on

n'en sçayt encores bien le succez, seulement l'on dict qu'il a esté

trouvé des escuz et de la monoye d'Angleterre sur aulcuns, qui ont

esté tuez du party de la Royne d'Escosse, ce qui a fait soupçonner à

la Royne d'Angleterre qu'encores sont ilz aydés de son royaulme.

Milord de Burlay m'a dict qu'on a mandé à Barvyc de bailler passeport

au Sr de Vérac, s'il veult venir par terre, mais qu'il a entendu qu'il

s'aprestoit de s'en retourner par mer; qu'est cause, Sire, que je

garde encores la lettre que Vostre Majesté luy escript, attandant

quelque seure commodité; et néantmoins je luy ay mandé de ne bouger de

là jusques à ce qu'il ayt de voz nouvelles. Le comte de Sussex

pourchasse toutjour de faire marcher quelques forces vers la

frontière du dict pays d'Escoce, mais il ne l'a encores optenu, et

néantmoins il ne seroit temps de secourir les Escouçoys quand ceulx cy

s'achemineront, car ilz sont trop prez; dont fault, Sire, peu à peu

les avoir pourveuz de bonne heure.

Il semble que le faict de ces différans de Flandres empire toutz les

jours, et que, s'il ne vient bientost quelque meilleure responce du

duc d'Alve ou d'Espaigne, l'on procèdera à vendre les merchandises; et

cependant ceste princesse est sur le poinct d'envoyer le Sr de

Quillegrey en Allemaigne pour confirmer les pencions qu'elle y donne,

et y apporter quelque payement du passé, et y faire d'aultres

pratiques qui sont encores bien secrectes. J'entendz aussi que, dans

ceste sepmaine, ung allemant et ung anglois partent de ceste rivière

avec deux vaysseaulx pour conduyre à la Rochelle quelque peu

d'artillerie et ung nombre de pouldres et bouletz, et aultres

provisions de guerre, qu'on a tiré de la Tour. Ceste mer est desjà

fort occupée des Flamans, qui s'advouhent au prince d'Orange, et

disent qu'ilz attandent encores de bref ung si bon renfort qu'on

extime qu'ilz seront plus de quatre vingtz ou cent vaysseaulx de

guerre ensemble; et par ce, Sire, qu'ilz sont fornys et entretenuz par

les Anglois, et ont leur retrette et descharge par deçà, il vous

plairra mander en vostre frontière qu'on les ayt pour suspectz et

qu'on se tienne sur ses gardes. Ilz ont freschement prins neuf

vaysseaulx d'une flotte de trente qui venoient d'Espaigne, en dangier

que tout le reste tumbe entre leur mains. Sur ce, etc.

Ce XIIIe jour de may 1571.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 77 / 362 题