Sire, il n'a esté encore guières rien proposé d'importance en ce
parlement, que les deux poinctz que je vous ay desjà mandez, contre
ceulx qui ne vouldroient faire expresse profession de la religion
protestante, et contre ceulx qui oseroient appeler ceste princesse
sismatique ou séparée de l'esglize, ou qui présumeroient, tant qu'elle
vivra, et qui mesmes auroient desjà présumé de s'atribuer tiltre à
ceste couronne, pour punir les premiers de prison perpétuelle et de
confiscation de leurs biens, et les segondz déclairez eulx et leurs
descendans à jamais attainctz de lèze majesté, et ont adjouxté ung
tiers article contre les fuytifz du North, pour confisquer leurs biens
et personnes; mais de tant que ces choses ont esté proposées trop
véhémentes, l'on a commiz certains depputez à les modérer, pour, puys
après, les fayre sortyr en loy. Et m'a l'on dict, Sire, que la dicte
Dame, en ce qu'elle a peu cognoistre qu'on vouloit toucher au droict
de la Royne d'Escoce pour la priver de la succession de ce royaulme,
n'y a vollu consentyr, et en a faict rompre les billetz. Meintenant
se commence à parler du subcide, lequel pourra monter à six centz mil
escuz, et affin d'avoir bientost la conclusion d'icelluy, la dicte
Dame presse bien fort tout le reste, de sorte qu'on espère que le dict
parlement sera tantost finy, ou qu'il sera prorogé à ung aultre temps.
Les choses d'Escoce, nonobstant la prinse de Dombertran et l'exécution
de l'archevesque de St André, ne monstrent succéder tant au gré de
ceulx cy comme ilz espéroient, car la part de la Royne d'Escoce,
despuys que l'armée d'Angleterre a esté retirée, est toutjour demeurée
plus forte et plus authorisée que l'aultre, et ne voyent les Anglois
qu'il soit bien facille d'avoir Dombertrand entre leurs mains, parce
que ceulx qui l'ont en garde sont toutz escouçoys; et j'ay desjà faict
prandre ung escrupulle à la comtesse de Lenoz que cella tendroit à
déshériter son petit filz, et que son mary perdroit toutz ses amys en
Escoce, et seroit honteusement déchassé du pays, s'il se layssoit
contraindre à bailler cette place. La Royne d'Escoce vous escript
amplement, et m'apelle à tesmoing comme elle s'est toutjour
sincèrement conformée à l'intention de Vostre Majesté, et que, sans
cella, elle ne se fust attandue au tretté, duquel voyant à ceste heure
l'interruption, et que la surprinse de Dombertrand est advenue pendant
que l'on estoit en conférance, elle estime que l'injure touche en
aussi grand part à Vostre Majesté comme à elle mesmes; et pourtant
vous requiert, Sire, qu'il vous playse pourvoir meintenant à la
seureté de Lislebourg, qui est place trop plus importante que n'estoit
Dombertrand, ensemble à la conservation de ceulx de son party,
lesquelz avec la dicte place sont pour se randre facilement maistres
du pays, si une trop grande force d'Angleterre ne s'y oppose; et
pourtant demande qu'il soit consigné à Chesolme, contrerolleur des
monitions du chasteau de Lislebourg, douze miliers de pouldre, dix de
grosse et deux de grenée, deux aultres miliers de salpètre rafiné,
quarante harquebouzes à crocq de fonte, deux centz bouletz de
collouvrine, aultant de bastarde et six cens de moyenne, cent
corseletz completz, et deux foys aultant de morrions, deux cents
piques avec leurs fers, deux centz harquebouzes à main avec leurs
fornymens, et cent hallebardes, trente tonneaulx de vin, deux
tonneaulx en vinaigre et douze poinçons de lard; mais surtout elle
vouldroit qu'il y eust dedans quelques soldats françoys bien
expérimentez à la garde et deffance d'une place. Et de tant, Sire,
qu'il a esté desjà miz ordre à une partie de cella, le reste se pourra
faire à peu de coust. Aussi mande la dicte Dame que vingt navyres de
ses rebelles sont prestz à partyr pour France, lesquelz elle vous
suplie, Sire, de faire arrester tant biens, vaysseaulx que personnes,
car a opinion que cella servyra grandement à son affaire.
Et parce que j'ay entendu que le Sr de Vérac s'est desjà embarqué pour
aller trouver Vostre Majesté, il vous pourra randre plus particullier
compte de l'estat des choses de dellà pour y pouvoir plus seurement
dellibérer; seulement j'adjouxteray icy, Sire, qu'il me semble ne
pouvoir revenir qu'à l'honneur et réputation de voz affaires, et
nullement au préjudice d'iceulx, que Vostre Majesté s'employe, sans
offance des Anglois, à conserver l'Escoce, sellon que les alliances et
confédérations anciennes vous y obligent; mêmes qu'en ceste court se
parle d'y faire encores une expédition avec grande espérance qu'on
pourra emporter le chasteau de Lislebourg, et s'impatronyr d'une
partie du royaulme.
Il se faict icy une grande provision d'armes par les particulliers, et
remonte l'on à neuf en la Tour de Londres soixante canons ou
collouvrines, partie à rouage de navyres, partie pour batterie, et ne
se descouvre encores pour quelle entreprinse c'est, qui me faict avoir
toutjour craincte de l'Escoce. Il est vray qu'ilz disent que le duc
d'Alve arme trente six navyres en Olande; et que le duc de Medina
Celi, lequel, sellon les adviz qu'ilz ont, vient par terre, envoye une
armée par mer avec trois mil Espaignolz; et, nonobstant qu'on leur ayt
asseuré que Estuqueley estoit prest à partir, le XXVIIIe du passé,
pour suyvre dom Joan d'Austria en Itallie, affin d'aller parler au
Pape, ilz ne layssent pour cella de monstrer qu'ilz se craignent du
costé d'Yrlande.
Cependant le Sr de Lumbres est party de Plemmue, le VIe de ce mois,
avec cinq bons navyres fort bien armez et artillez, pour aller à la
Rochelle, et m'a l'on asseuré qu'il a emporté soixante dix mil escuz
en or et une aultre assés bonne somme en argent monoyé, ou billon. Le
bastard de Briderode est demeuré en ceste mer estroicte avec douze ou
quinze aultres vaysseaulx, dont y en a quelques ungs d'assés bons.
Monsieur l'ambassadeur d'Espaigne et le depputé de Flandres s'en
pleignent assés, mais ilz font estat, à ce qu'ilz m'ont dict, de
n'espérer aulcune bonne expédition en cella, ny en l'affaire des
prinses, jusques à ce que le jeune Coban soit de retour. Sur ce, etc.
Ce XXVIIIe jour d'apvril 1571.