AU ROY.

Sire, j'ay miz peyne de donner, par le contenu de vostre dépesche du

XIe du présent, le plus de consolation, qu'il m'a esté possible, à la

Royne d'Escoce, laquelle ne fault doubter que n'en heust fort grand

besoing pour l'ennuy qu'elle a prins de l'interruption de son tretté,

et de la surprinse de Dombertran, qui sont deux accidans qui

esloignent bien fort les affaires de sa restitution; et croy, Sire,

que nulle aultre chose luy pouvoit venir meintenant à plus de

sollagement que ceste persévérance qu'elle voit de la constante

affection et bonne vollonté de Vostre Majesté envers elle, ce qui

contante aussi grandement ceulx qui luy veulent bien par deçà. Encores

présentement, Sire, l'on me vient d'advertyr que le comte de Lenoz a

faict exécuter l'archevesque de St André[5], frère du duc de

Chastellerault, qui sera une aultre griefve offance à la dicte Dame,

et semble que d'icy l'on ayt aussi envoyé essayer le dict de Lenoz

s'il vouldra mettre Dombertran ez mains des Anglois; à quoy je metz et

mettray bien toutz les obstacles qu'il me sera possible: Le Sr de

Vérac a esté conduict à Esterlin, auquel, à ce que j'entendz, l'on a

heu du respect pour estre serviteur de Vostre Majesté.

[5] L'archevêque de Saint-André, qui s'était trouvé parmi les

prisonniers faits dans le château de Dunbarton, fut mis à mort le

6 avril 1571. Il périt par la potence. Sa mort fut vengée

quelques mois après par Huntley, Claude Hamilton et Scot de

Buccleugh, qui parurent à l'improviste avec quatre cents chevaux

aux portes de Stirling, le 3 septembre 1571, jour où le parlement

y était convoqué: _Souviens-toi de l'archevêque!_ était le mot

d'ordre donné aux soldats. Le comte de Lennox fut tué d'un coup

de pistolet au milieu du tumulte; tous les autres seigneurs, au

nombre desquels se trouvait le comte de Morton, furent faits

prisonniers.

La tenue de ce parlement a esté délayssée le lundy aoré[6], et l'a

l'on recommancée le jeudy de Pasques. Il semble qu'elle ne s'achèvera

sans quelque nouveaulté. Milord Sideney pourchasse instantment d'estre

deschargé de sa commission d'Yrlande, et dict on qu'ayant assés

heureusement conduict, jusques à ceste heure, les choses de dellà, il

y crainct une mutation de fortune, car il y veoit le peuple fort

alliéné de l'affection des Anglois et tout adonné à la religion

catholique, et qui n'attand rien en plus grande dévotion que la venue

d'Estuqueley, et de Fitz Maurice; mais je n'entendz point qu'on y

envoye encores que milord Grey pour commander, en absence du dict

Sideney, lequel cependant aspire à estre grand maistre d'Angleterre.

[6] Le lundi saint.

La troupe des vaysseaulx du prince d'Orange se grossit toutjour en

ceste mer estroicte, et m'a l'on mandé, de la coste de dellà, qu'ilz

pillent aussi bien les François que les Flamans, mais ne m'en estant

encores venue nulle expécialle plainte, je n'en ay faict aussi encores

pas une à ceulx cy. Le depputé de Flandres poursuyt toutjour la

conclusion de l'accord des prinses, mais il cognoist bien que sa

négociation est, de jour en jour, prolongée, pour attandre le retour

du jeune Coban. Sur ce, etc.

Ce XXIIIe jour d'apvril 1571.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 64 / 362 题