Sire, mercredy dernier, avant la solemnité de ces festes, j'ay esté
trouver la Royne d'Angleterre à Ouestmestre, à laquelle, après luy
avoir parlé de la magnifficence, en quoy la sepmaine précédante je
l'avoys veue aller à l'ouverture de son parlement; avec ung très
honorable ordre des principaulx de la noblesse de son royaulme, je luy
ay dict que, despuys le partement de milord de Boucard jusques alors,
Vostre Majesté avoit demeuré de m'escripre affin que je n'entreprinse
d'aller compter à la dicte Dame rien de ce que le dict milord luy
pouvoit rendre bon compte, et que je desirois qu'il luy eust donné par
son rapport toute satisfaction de Voz Très Chrestiennes Majestez,
comme je la pouvois asseurer que voz intentions estoient très bonnes
et parfaictes envers elle; et que bientost après estre party, s'estant
la Royne trouvée plus sayne et en meilleure disposition, et toutes
choses plus prestes qu'on n'avoit pensé, vous aviez advisé, Sire, de
la faire sacrer et couronner à St Deniz le XXVe du passé, et faire son
entrée à Paris le vingt neufiesme, avec ung si grand concours et
aclamation de peuple, que Vous, Sire, en estimiez vostre mariage de
tant plus agréable à Dieu qu'il estoit publiquement aprouvé des
hommes; et que, si la Royne, de son costé, avoit prins grand playsir
de se veoir ainsy honnorée, Vous, et la Royne vostre mère, en aviez
receu double contantement pour l'amour d'elle et pour la singulière
dévotion et bienveuillance, dont ce grand peuple continuoit de vous
révérer toutz trois; qui au reste me mandiez, Sire, que les choses y
avoient passé prou d'ordre sellon la grande multitude qui y estoit, et
que l'entrée avoit esté assés belle, dont m'en feriez cy après envoyer
les particullaritez pour les luy faire veoir; et cependant me
commandiez qu'au nom de Voz Trois Majestez, je me conjouysse de cest
acte avec elle, comme avec celle que vous asseuriez estre toutjour
bien fort contante de vostre contantement; et encor que, peu de jours
auparavant, ceulx de Roan eussent excité quelque tragédie contre ceulx
de la nouvelle religion, ilz n'avoient toutesfoys peu troubler la
feste, et s'apercevoient bien desjà qu'ils avoient offancé Vostre
Majesté, qui me commandiez d'asseurer la dicte Dame que le chastiement
s'en ensuyvroit; et que, tant s'en failloit que vous pensissiez
debvoir sortir de cest accidant aulcune occasion d'esbranler vostre
éedict de paciffication, que, au contraire, vous espériez de l'en
confirmer et establyr davantaige.
La dicte Dame, avec démonstration d'ung grand contantement, m'a
respondu qu'elle eust à bon esciant prins à mal que Vostre Majesté ne
luy eust faict part de tant de belles et rares choses, qui avoient
passé au sacre, couronnement et entrée de la Royne lesquelles elle
entendoit avoir esté très magniffiques, et playnes d'une fort grande
et fort royalle esplandeur, et qu'elle réputoit à ceste heure ung
grand payement de la parfaicte amytié qu'elle vous porte, et de la
vraye affection qu'elle a aulx choses de vostre grandeur et
contantement, qu'il vous ayt pleu luy en faire ainsy bonne part; dont
elle vous en remercye de tout son cueur, et vous prie de croyre qu'il
n'y a nul, en tout le rolle de voz alliez, qui tant perfaictement se
resjouysse, comme elle faict, de ce que la division et guerre, où
naguières vostre royaulme se trouvoit, soit meintenant convertye en
une doulce aclamation et généralle obéyssance, que toutz voz subjectz
d'ung bon accord vous randent, qui remercyoient Dieu d'avoir miz en
vostre cueur la généreuse résolution, que monstriez, de vouloir garder
vostre parolle et la fermeté de voz éedictz, et qu'elle espéroit, à la
vérité, que les moyens qu'on s'estoit, possible, choysiz pour les
rompre, seroient ceulx là qui plus les confirmeroient; se continuant
le propos en plusieurs honnestes deviz des cérémonyes honnorables et
magniffiques qu'on avoit de tout temps usé en France, lesquelles l'on
avoit toutjour sceu bien imiter en Angleterre, et du bien qui
reviendroit à Vostre Majesté non sans grande réputation de vostre
vertu, si Dieu vous donnoit à faire observer bien exactement vostre
éedict.
Après, j'ay suyvy à luy dire que, de tant qu'elle m'avoit déclairé
qu'elle ne prenoit playsir, ains se sentoit comme offancée, quant
Vostre Majesté lui faisoit parler de la Royne d'Escoce, que je me
trouvois en grand perplexité comment en user, et mesmes que sa
déclaration estoit venue sur le poinct que plus vous attendiez, Sire,
qu'ilz fussent accommodez, sellon ses précédentes promesses; dont
voyant maintenant que le comte de Morthon s'en estoit retourné, et que
deux des depputez de la Royne d'Escoce s'estoient aussi retirez, comme
toutz descheuz de leur espérance, je ne sçavois ny n'osois luy
demander qu'est ce que je vous en debvois escripre; et que je la
suplioys, en attandant que le comte de Morthon revînt pour accomplir
ce qu'il avoit promiz, qu'elle vollust au moins procurer une aultre
prorogation d'abstinance de guerre en Escoce, et ne commander à
l'évesque de Roz de s'en aller, comme j'avois entendu qu'elle estoit
après de le faire, ains luy permettre de résider icy comme ambassadeur
de sa Mestresse; laquelle aultrement viendroit à ung grand désespoir,
et que c'estoient deux choses qui ne pouvoient estre à elle que bien
fort honnorables.
La dicte Dame s'est arrestée à me discourir longtemps de l'ocasion,
pour laquelle le comte de Morthon s'en estoit retourné, et de l'estat
du tretté, et comme elle avoit mandé à son ambassadeur en France de
vous en donner compte, monstrant, à la vérité, qu'elle a quelque
nouvelle offance contre la dicte Royne d'Escoce, et qu'elle regarde
seullement à ne vous irriter; et m'a néantmoins fort vollontiers
accordé la dicte surcéance, mais assez fermement incisté que le dict
évesque de Roz ne demeure point icy, durant ce parlement, pour les
pratiques qu'elle crainct qu'il y face, sans toutesfoys me le
reffuser.
Sur lesquelz deux poinctz, Sire, je suplie très humblement Vostre
Majesté d'en faire faire quelque instance au sieur de Valsingan, parce
que l'ung et l'aultre semblent convenir beaucoup à vostre service.
Il est venu, despuys yer, la confirmation de la prinse de Dombertrand
par ceulx du comte de Lenoz, le premier jour d'avril, s'estant milord
de Flemy saulvé, luy septiesme, et toutz les aultres prins, qui est
ung accidant, lequel traversera et retardera beaucoup les affaires de
la dicte Royne d'Escoce. Le depputé de Flandres a esté, ces jours
passez, en fort privée et estroicte conférance avec le comte de Lestre
et milord de Burlay, mais il semble qu'il n'obtiendra aulcune
résolution de ses affaires, jusques au retour du jeune Coban. Ceulx de
ce parlement ont proposé qu'il ne soit loysible à nul en ce royaulme
d'alléguer que leur Royne soit hérétique, sismatique, ny séparée de
l'esglize, ni mettre en avant aulcune sorte de prétencion à la
succession de ceste couronne, tant qu'elle vivra, sur peyne de lèze
majesté contre ceulx qui le feront, et contre ceulx encores qui ont
desjà présumé de le faire. A laquelle proposition ayant ung de
l'assemblée monstré d'y cercher quelque modération, il l'a si
vifvement contradicte qu'elle demeure encores en suspens. Sur ce, etc.
Ce XVIe jour d'apvril 1571.
Si Vostre Majesté avoit proposé d'envoyer des rafréchissemens et
provisions à Dombertran, il les fauldra adresser meintenant à
Lislebourg.