Sire, après la proposition du garde des sceaux, qui a esté telle que
je vous ay mandé par mes précédantes, du VIe de ce mois, ceulx de la
segonde chambre de ce parlement ont vollu commancer leurs affaires par
tretter de la religion; et ont requiz d'estre establye loy aulx
subjectz de ce royaulme, sans exeption ny excuse d'aulcun, qu'ilz
ayent toutz à se ranger à la forme de religion protestante, et
assister aulx presches et prières, et faire, une foys l'an pour le
moins, la cœne à leur mode, sur peyne de pryson et de confiscation de
leurs biens meubles et immeubles pour toute leur vie, sinon qu'ilz
retournent vollontairement à la dicte religion avec aprobation des
évesques; auquel cas ilz recouvreront leurs immeubles, mais les
meubles demeureront perpétuellement confisquez. Laquelle loy les
seigneurs de la première chambre n'ont ozée ouvertement contradire,
mais, parce qu'ilz ont allégué qu'elle restraindroit la liberté, qui
leur estoit réservée par les précédans parlemens, et que pourtant ilz
ne s'y vouloient légièrement soubzmettre, elle n'a encores passé.
Le reffuz que la Royne d'Escoce a mandé, de ne vouloir consentyr le
retour du comte de Morthon, a miz la Royne d'Angleterre à ne sçavoir
bonnement commant en debvoir user; car n'a vollu malcontanter le dict
de Morthon, ny le retenir oultre son gré, cependant que ceulx de
l'aultre party vont establyssant leurs affaires par dellà, mesmes
qu'elle espère pouvoir amyablement obtenir de luy le Prince d'Escoce;
et d'aultre part, elle a fait conscience d'offancer ouvertement la
Royne d'Escoce, qui tant libérallement luy offre son filz, et toutes
les condicions qu'elle luy veult demander. Enfin elle a choisy cest
expédiant, de faire par ceulx de son conseil déclairer séparéement
aulx depputez des deux partiz que, de tant que le dict comte de
Morthon asseure avec sèrement qu'il n'a pouvoir suffizant pour
accorder à la restitution de la Royne d'Escoce, qu'elle trouve bon
qu'il s'en puysse retourner présantement pour aller tenir là dessus
une assemblée, au premier jour de may prochain, affin d'obtenir le
dict pouvoir, à condicion que, s'il ne revient incontinent après, et
ne l'apporte, qu'elle procèdera sans luy au tretté encommancé pour la
restitution de la dicte Royne d'Escoce, et habandonnera icelluy de
Morthon et les siens; déclairant qu'elle persévère toutjour en sa
dellibération de la restituer, laquelle déclaration n'a contanté les
dicts du party de la dicte Royne d'Escoce, qui ont allégué plusieurs
inconvénians au contraire, mais ilz n'ont peu rien advancer. Le dict
de Morthon n'en est aussi demeuré guières contant, voyant que ceulx cy
s'aheurtent tant à vouloir avoir le Prince, et croy qu'il ne
retournera plus; dont je tiens ce tretté pour non seulement fort
différé mais pour du tout interrompu, et qu'il est temps, Sire, de
pourvoir à ceulx qui soubstiennent la cause de la dicte Royne
d'Escoce, qui veulent entièrement dépendre de Vostre Majesté et qui
ont faict déclairer icy qu'ilz ne veulent, pour chose quelconque qui
leur puysse advenir, se despartyr à jamais de l'alliance de France, et
desirent qu'on sache que, sur ce poinct principallement, ilz reffuzent
de tretter avecques les Anglois. J'espère que, à la fin, les aultres
se unyront avec eulx.
Celluy qui avoist esté envoyé pour advertyr milord Sideney de ne
bouger de sa charge, n'a trouvé le passaige à propos, de sorte que le
dict Sideney a esté descendu en Angleterre, premier qu'il ayt veu la
dépesche, et a vollu venir bayser la main à sa Mestresse, vers
laquelle il pourchasse meintenant que ung aultre soit envoyé en
Yrlande, et semble que milord Grey se prépare pour y aller. Le
depputé, qui est icy de Flandres, n'espère guières mieulx de l'yssue
de sa commission, qu'ont faict ceulx qui y ont esté devant luy. Il y a
desjà ung mois qu'il est arrivé et n'a encores rien advancé, mesmes
l'on ne cesse, pour sa présence, de vendre toutjour à vil prix les
mesmes merchandises des subjectz du Roy, son Maistre, qui doibvent
estre randues; et si, ne trouve qu'on luy donne aulcun bon compte de
ce qui a esté prins ez dernières huict ourques arrestées par deçà.
J'ay présentement receu la dépesche de Vostre Majesté du premier de ce
mois, sur laquelle j'yray veoir demain ceste princesse; sur ce, etc.
Ce XIe jour d'apvril 1571.
Despuys la présente escripte et signée, je viens d'estre adverty
qu'un avis est arrivé ce matin au comte de Morthon, qui porte
nouvelles comme ceulx du party du Prince d'Escoce ont surprins
Dombertrand, ayans trouvez endormiz ceulx qui estoient dedans, se
sont faicts maistres de la place, et ont admené prisonniers
milord de Flemy, Mr de St André et le Sr de Vérac. Je ne larray
pourtant de demeurer en bons termes, si je puys, avec le dict de
Morthon et de vériffier mieulx ceste nouvelle, laquelle je tiens
assés pour suspecte et pour supposée.