Sire, je suys allé, de rechef, trouver la Royne d'Angleterre à
Grenvich, pour le mercyment que Vostre Majesté, par ses lettres du Xe
du présent, me commandoit de luy faire; laquelle a esté de tant plus
curieuse d'entendre ce que je luy en ay vollu dire, que milord de
Boucard n'estoit encores arrivé, et a monstré d'avoir ung extrême
playsir que Voz Majestez ayent vollu prandre à honneur ceste sienne
visite et son présent d'hacquenées; et que je l'aye asseurée que vous
n'estimez que cella soit tant procédé de l'ordinaire observance
d'entre les princes, comme d'une habondance d'affection et de
bienveuillance qu'elle vous porte, et que vous l'avez receu pour ung
très asseuré gaige, qu'elle veult fermement persévérer en vostre
amytié; et que ceste sienne publique démonstration de vous honnorer
vous a esté de grande satisfaction, non seulement pour Voz Majestez
Très Chrétiennes et pour vostre court, mais encores pour les princes
et estatz estrangiers qui avoient là leurs ambassadeurs; adjouxtant
quelque mot de l'ellection, qu'elle avoit vollu faire de ce milord,
son parant, pour le vous envoyer, qui s'estoit fort dignement acquitté
de sa charge; dont me commandiez l'asseurer que l'obligation, que vous
lui aviez de toutes ces choses, ne seroit colloquée en ung prince
ingrat ny mescognoissant, ains en ung prince très disposé de
l'honnorer, et de luy randre avec pareilles démonstrations les vrayes
œuvres de sa bonne intention envers elle; et que, pour revanche des
hacquenées, si elle avoit envye d'aulcune chose, qui se peult
recouvrer entre toutes les commoditez de vostre royaulme, que vous
auriez très grand playsir de l'en gratiffier.
La dicte Dame m'a respondu qu'en nulle chose de ce monde, il ne luy
estoit advenu d'obtenir si bien tout l'effect de son desir, fors en
ung poinct seulement, qu'en ceste cy; qui n'avoit prétandu par icelle
que d'en satisfaire à son debvoir, vous donner contantement, et
monstrer au monde qu'elle vous veult de tout son pouvoir honnorer, ce
que vous aviez vollu luy agréer si grandement, et vous en contanter,
et le recepvoir encores avec une si publique démonstration d'honneur,
qu'elle remercyoit Dieu de luy avoir miz au cueur de le faire; et
qu'en cella seul se trouvoit intéressée qu'ayant estimé vous obliger
par ce moyen vers elle, elle s'en trouvoit en très grande obligation
vers vous, me priant de luy ayder, par mes lettres, à vous en randre
ung très grand mercys, et vous donner aultant d'asseurance de son
affection et dévotion envers Voz Très Chrestiennes Majestez, en tout
ce qui concerne vostre grandeur, et la félicité de vostre mariage, la
paix de vostre royaulme, l'establissement de voz affaires,
l'inviolable observance de son amytié et intelligence avec la France,
comme il est en sa foy et parolle, devant Dieu et le monde, de le vous
pouvoir jurer et promettre. Et ne s'est diverty pour lors le propos à
nulz aultres termes qu'à continuer ceulx cy, et semblables, avec
grande affection et avec beaucoup de contentement de la dicte Dame.
Despuys, mon secrétaire est arrivé avec la dépesche de Vostre Majesté
du XIIIe de ce mois, et bientôt après, milord de Boucard, lequel la
dicte Dame a receu et toute sa compaignye avec grande démonstration de
faveur; mais je ne sçay encores des particularitez de son raport,
sinon qu'on m'a asseuré qu'il l'a faict fort bon. Et, au regard du
tretté de la Royne d'Escoce, le comte de Morthon a esté si pressé
d'accorder la restitution d'elle, et de bailler le Prince d'Escoce par
deçà, qu'il n'a trouvé aultre remède que de jurer, avec sèrement
solemnel, qu'il n'avoit nul pouvoir suffisant de le faire; mais qu'il
yroit vollontiers assembler les Estatz pour le se faire donner. Dont a
esté advisé de leur donner quelque temps pour y pourvoir, à la charge
que, s'il ne revient au jour préfix, et qu'il n'apporte consentement
d'accorder à toutes les choses, qui seront trouvées honnestes pour
parachever le tretté, que la Royne d'Angleterre procèdera sans luy,
et habandonnera entièrement son party; dont a esté dépesché ung
corrier en dilligence devers la Royne d'Escoce pour avoir son
consentement à ce que le dict de Morthon et ses collègues, et
pareillement deux des depputez de la dicte Dame, s'en puyssent
retourner; et que, par mesmes moyen, une aultre prorogation
d'abstinance de guerre soit prinse; et que cependant l'on procèdera
avec l'évesque de Roz à l'accord des aultres poincts d'entre les deux
roynes.
Les depputez de Flandres ont esté amyablement receuz de la Royne
d'Angleterre, laquelle leur a promiz, en général, une bonne expédition
de leurs affaires; et despuys ilz ont esté ouys des seigneurs de son
conseil, avec lesquelz, quant ilz sont venuz aulx particullaritez, il
s'y est trouvé encores plusieurs difficultez, qu'on est après à les
démesler. Les provisions pour Yrlande se continuent toutjours, parce
qu'il semble que trois vaysseaulx espaignolz ayent compareu en la
coste du dict pays, et qu'il a couru bruict que Estuqueley se venoit
remettre en une sienne terre, que la Royne d'Angleterre a donnée à ser
Peter Carho. Et est certain que la dicte Dame crainct assez d'avoir
quelque guerre de ce costé, dont, pour s'en esclarcyr, elle prépare le
voyage du jeune Coban en Espaigne; duquel j'entendz que la commission
portera quatre chefz: l'ung, de faire entendre au Roy Catholique
l'occasion pourquoy elle a faict, l'année passée, arrester les biens
et navyres de ses subjectz; le segond, pourquoy son ambassadeur fut
quelque temps resserré; le troisiesme, qu'elle se plainct qu'il ayt
receu et qu'il meintienne ses rebelles, comme est Estuqueley, lequel
elle demande luy estre renvoyé, ou, au moins, qu'il soit chassé hors
de ses pays; et le quatriesme, qu'elle luy envoyera ung ambassadeur
pour résider prez de luy, s'il le veult ainsy recepvoir comme il
appartient. Sur ce, etc. Ce XXVIIIe jour de mars 1571.