AU ROY.

Sire, la Royne d'Angleterre a esté si vifvement persuadée par une

partie des siens, et non moins dissuadée par l'aultre, de restituer

la Royne d'Escoce, qu'elle s'est enfin trouvée de ne sçavoir bonnement

ausquelz incliner; et eulx mesmes, par les raysons les ungs des

aultres, ont esté si irrésoluz et ont tant crainct que les

inconvénientz qui pourroient advenir, si ceste princesse estoit

restituée, et ceulx aussi qui certainement adviendroient, si elle ne

l'estoit pas, leur fussent par après redemandées, qu'ilz avoient une

foys délayssé, de toutz costez, de plus en parler; seulement ilz

s'aydoient d'artiffices et de bruictz, et d'inventions, pour mouvoir

la dicte Dame chacun à son opinion, comme si elle s'y résolvoit d'elle

mesmes; et pressoient l'évesque de Ross de respondre aulx accusations,

que le comte de Morthon avoit, de rechef, produictes contre sa

Mestresse. Mais s'estant le sieur évesque fermement résolu à ce que

nous avons arresté, qu'il n'entreroit en aulcune contestation de

droict, ny de tiltre, ny de la personne de la Royne, sa Mestresse; et

n'ayant, ny luy ny moy, pour cella cessé de presser noz amys sur

l'advancement du tretté, ny, de ma part, obmiz de solliciter par

offres, par prières, et encores par menaces, le comte de Morthon; l'on

est, despuys trois jours, retourné à continuer le dict tretté, lequel

semble que les commissaires, pour l'honneur et pour la seureté de la

Royne, leur Mestresse, le veulent meintenant restreindre à quatre

poinctz:

Le premier est d'asseurer si bien ceulx du contraire party, qu'ilz

n'ayent à se doubter à jamais ny de leurs personnes, ny de leurs

biens, ny de leurs estatz; et que, pour ceste occasion, il soit

réservé lieu et auctorité en Escoce aulx comtes de Lenoz et de

Morthon, par où ilz n'ayent occasion de craindre le contraire, et que

la capitulation, qui s'en fera, soit en forme ung peu plus expresse

qu'on n'a accoustumé d'user aulx aultres rébellions, parce qu'ilz ont

estably et couronné ung Roy contre la Royne d'Escoce. Le segond poinct

est d'avoir le Prince d'Escoce, d'où deppend toute la conclusion de

l'affaire; et, de tant que le dict Prince est en la garde du comte de

Mar, lequel n'obéyst à la Royne d'Escoce, qu'elle monstre par raysons

probables comme elle le pourra faire venir ez mains de la Royne

d'Angleterre. Le troisiesme est de bailler des ostaiges, et iceulx si

principaulx qu'on ne puysse sans leur vollonté, ou contre icelle,

dresser rien en Escoce au préjudice de ce royaulme. Et le quatriesme

poinct est de consigner aulcunes des meilleures places du pays à la

dicte Royne, leur Mestresse, ou accorder qu'elle en y puysse faire

fortiffier quelques unes.

Auxquels quatre poinctz iceulx depputez de la Royne d'Escoce ont desjà

baillé des responces, fort aprochantes de l'accord, sinon au dernier,

lequel ilz ont du tout reffuzé, allégans que je leur avois desjà

signiffié, s'ilz accordoient nulles places aulx Anglois, qu'il

failloit qu'ilz en accordassent aultant à Vostre Majesté; et est

l'évesque de Ross en ceste opinion qu'on n'incistera par trop à cest

article. Néantmoins il me semble qu'on procède sur icelluy et sur les

aultres par grandes difficultez, et que la matière n'est encores

preste à conclure; dont attendons la responce de la Royne d'Escoce sur

les particullaritez, que luy avons desjà escriptes, affin de la mander

incontinent à Vostre Majesté.

Les depputez de Flandres sont arrivez, lesquelz seront ouys après

demain, et cependant huict des principaulx seigneurs de ce conseil,

qui estoient lundy dernier en ceste ville, ont faict venir vers eulx

l'ambassadeur d'Espaigne, auquel ayant faict honneur et bonne

réception, ilz luy ont assés sommairement parlé du faict des prinses,

mais ilz se sont asprement pleintz à luy de ce qu'on avoit miz en

pryson ung anglois en Espaigne, parce qu'il avoit adverty la Royne, sa

Mestresse, des mauvaises pratiques que Stuqueley meine par dellà

contre elle, et des aprestz, qui se font en Espaigne, pour faire une

entreprinse en Yrlande; sur quoy ilz luy vouloient bien dire que le

dict Anglois estoit injustement dettenu, par ainsy qu'il advisât de le

faire mettre en liberté; et que la Royne, leur Mestresse, n'avoit

donné aulcune occasion au Roy, son Maistre, d'attempter rien par armes

contre elle, ny contre ses pays; et, quant il le vouldroit faire,

qu'elle sçayt comme y résister, et comme encores prendre assés de

revenche, pour luy donner occasion de s'en repentyr, ensemble à ceulx

qui le luy auront conseillé. Sur quoy le dict sieur ambassadeur a

respondu que rien de semblable n'estoit encores venu jusques à sa

cognoissance, et qu'il en escriproit en dilligence au Roy, son

Maistre; néantmoins qu'il ozoit prandre sur le périlh de sa vie que ce

qu'ilz luy disoient, de l'entreprinse d'Yrlande, estoit une chose

faulce et supposée, et qu'il n'entendoit, à présent, aultre chose de

l'intention du Roy, son Maistre, sinon qu'il l'avoit fort bonne, de

persévérer en bonne paix et en l'ancienne confédération qu'il a avec

la Royne, leur Mestresse, et avec son royaulme. Dont, de là en avant,

leurs propos se sont continuez avec plus de gracieuseté, de sorte

qu'ilz se sont despartys bien contantz les ungs des aultres. Despuys

j'ay sceu qu'on prépare d'envoyer pour cest effect le jeune Coban

devers le Roy Catholique, et qu'on dresse ung armement de huict grandz

navyres, soubz la conduicte de Milord Grey, pour cependant garder la

coste d'Yrlande, et qu'on envoye nouvelles provisions et argent à

milord Sideney, affin de pourvoir à la deffance du pays, et qu'on a

faict cryer icy que ung chacun ayt armes, chevaulx et équipage, prestz

pour marcher, quant la Royne le commandera. A la vérité ceulx cy

monstrent de parolle qu'ilz veulent accorder des différans des

prinses, mais ilz continuent encores par effect d'arrester toutjours

les navyres et merchandises des subjectz du Roy d'Espaigne; et,

despuys peu en çà, ilz ont faict descharger huict grandes ourques bien

fort riches en divers portz de ce royaulme; et si, avoient desjà donné

congé à aulcuns particulliers, qui avoient armé, d'aller aux Indes,

mais, despuys six jours, on a mandé d'arrester toutz navyres, affin de

servyr à la deffance d'Yrlande, si l'on voit qu'il en soit besoing.

Sur ce, etc.

Ce XVIIe jour de mars 1571.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 41 / 362 题