Sire, il est venu à la Royne d'Angleterre ung adviz, de dellà la mer,
comme maistre Prestal, l'un des fuytifz de son royaulme, ayant résidé
deux ans aulx Pays Bas, a esté, au mois de novembre dernier, dépesché
par le duc d'Alve en Escoce. Je croy, Sire, que c'est celluy
troisiesme que je vous ay mandé, qui y avoit esté envoyé, et que
icelluy Prestal, ayant heu privée conférance avec le duc de
Chastellerault, et avec les comtes d'Arguil, d'Atil et aultres
seigneurs de leur party, et permission d'eulx de voir et visiter les
descentes et advenues du pays, il a raporté charge et instruction, de
leur part, escripte de la main du secrétaire Ledinthon au dict duc,
par laquelle il l'a fort instantment sollicité de leur envoyer
promptement du secours; et que, oultre qu'il s'en ensuyvroit le
restablissement de l'authorité de la Royne d'Escoce, il luy a baillé
pour chose fort facille, de restituer la religion catholique au dict
pays, et d'y establyr, ensemble en Yrlande, les choses à la dévotion
du Roy son Maistre, et encores de pouvoir passer à d'aultres si grandz
exploictz en Angleterre, qu'il luy seroit aysé d'avoir la rayson des
prinses et d'aultres bien advantaigeuses condicions des Anglois, s'il
les vouloit poursuyvre; chose qu'on a mandé à la dicte Dame que le
dict duc avoit fort vollontiers escoutée, mais qu'il ne faisoit
semblant de la vouloir encores entreprendre. Néantmoins cella est
cause, Sire, dont elle haste les provisions du dict pays d'Yrlande, et
que, possible, elle inclinera davantaige à passer oultre au tretté de
la Royne d'Escoce. Icelluy Prestal a d'aultres fois tenu quelque lieu
en ceste court, et meintenant il est entretenu par le dict duc, lequel
aussi, à ce que j'entendz, donne entretennement aulx aultres
principaulx fuytifz qui sont en Flandres. Au moins sçay je que le
comte de Vuesmerland et la comtesse de Northomberland ont receu
chacun, despuys naguières, deux mil escuz de luy. Les depputez, qu'il
devoit envoyer par deçà, s'attandent icy, d'heure en heure, et semble
qu'il prétend plus de tirer par leur moyen ce qu'il pourra des prinses
que d'en cuyder avoir la rayson du tout ny la réparation des injures,
mais qu'il le diffère à ung aultre temps, ne voulant, possible, que
cella retarde meintenant son retour; lequel l'ambassadeur d'Espaigne
dit l'accellérer bien fort, et qu'avant la my avril il partyra de
Flandres pour se trouver en Itallye, au temps qu'on dellibèrera de la
guerre de ceste année contre le Turq. Tant y a que ceulx cy monstrent
de se vouloir bien esclarcyr de son intention, premier que de rien
lascher.
Le comte de Morthon a esté receu et ouy avecques faveur de la Royne
d'Angleterre, laquelle luy a, d'abondant, faict avoir fort privée
communication avec les seigneurs de son conseil sur les inconvéniantz
qu'il a allégué, si la Royne d'Escoce estoit restituée. A quoy
toutesfoys se monstrant la dicte Dame toute résolue, et voulant
néantmoins que ledict de Morthon et ceulx de son party ne s'en
puissent pleindre, elle a ordonné six commissaires pour moyenner,
entre luy et les depputez de la Royne d'Escoce, les condicions de
l'accord; et à l'ocasion de quelque sienne souspeçon, elle a changé
aulcuns de ceulx, qu'elle avoit premièrement nommez, mettant au lieu
du marquis de Norampthon et du comte de Lestre, le milord Chamberlan
et Quenolles, avec le Quiper, le comte de Sussex, Cecille et Milmay;
de quoy ne nous trouvans, l'évesque de Roz ny moy, guières contantz,
nous avons procuré que le dict de Lestre y ait esté remiz, lequel
faict à ceste heure le VIIe.
Icelluy de Sussex m'a mandé que, puysqu'à vostre pourchaz, Sire, ceste
restitution se debvoit faire, qu'il estoit raysonnable que Vostre
Majesté respondît de l'observance du tretté par la Royne d'Escoce, et
de prandre, au cas qu'elle n'y obéyst, le party de la Royne
d'Angleterre pour l'y contraindre et vous déclairer en cella son
ennemy. Je luy ay respondu que Vostre Majesté avoit desjà offert de
respondre pour elle sur l'observance de toutes les honnestes et
honorables condicions qu'on la restitueroit, et n'ay passé plus avant.
J'ay fait secrectement exorter, par le cappitaine Coberon, le susdict
comte de Morthon de se vouloir réunyr avec les aultres seigneurs du
pays, et de ne consentyr la délivrance du petit Prince aulx Angloix,
et de se remettre à l'obéyssance de sa Mestresse, l'asseurant qu'elle
luy tiendra droictement tout ce qu'elle luy promettra; et que Vostre
Majesté luy en sera garant. A quoy il m'a faict respondre que, de se
réunyr avec les aultres seigneurs, il ne s'en monstrera jamais
esloigné, pourveu qu'ilz veuillent estre raysonnables de leur costé;
que, de livrer leur petit Prince aulx Angloix, il est fermement résolu
entre ceulx de son party de ne le consentyr jamais; au regard de
recognoistre la Royne d'Escoce, qu'il failloit bien qu'il regardast de
près à ce poinct, pour la seureté de ceulx qui l'avoient envoyé, et
pour la sienne, qui, à la vérité, ne leur pourroit venir plus grande
ny meilleure, ny d'où ilz se peussent toutz mieulx fier, que de la
parolle et promesse de Vostre Majesté, et que pourtant il regarderoit
comme il s'y debvroit conduyre. Néantmoins, Sire, il crainct tant la
restitution de la dicte Dame, parce qu'il l'a fort offancée, qu'il
s'esforcera, en tout ce qu'il luy sera possible, d'interrompre le
tretté, au moins le mettre le plus à la longue qu'il pourra. Sur ce,
etc. Ce 1er jour de mars 1571.