DANIEL STERN

(1805-1876)

Marie de Flavigny, née à Francfort-sur-le-Mein, mais d'origine

française, écrivit sous le pseudonyme de _Daniel Stern_, dans l'école

de George Sand, avec plus de métaphysique allemand; George Sand lui a

d'ailleurs donné dans les _Lettres d'un voyageur_ des preuves d'estime.

Une dizaine d'ouvrages: _Essai sur la liberté_, _Histoire de la

Révolution_ de 1848 (3 vol.), 1856, _Florence et Turin_, _Henri

Valentia_, _Mélida_, en 1845, un de ses plus grand succès. Son plus

beau livre est _Dante et Gœthe_. C'est une œuvre dialoguée où elle

admire également l'Italie et l'Allemagne:

Quelle que soit la différence des noms, des personnes ou des

relations, Mme de Stein inspire à Gœthe une passion aussi noble en

son principe et en ses effets que l'amour de Dante pour Béatrice.

Pour se rendre moins indigne d'elle, Gœthe, docile comme le poète

italien aux reproches de son exigeante amie, maîtrise jusqu'à la

passion qu'elle lui inspire; il ouvre son cœur aux ambitions hautes.

Du milieu des plaisirs, il incline son jeune souverain aux désirs du

bien public; il s'applique à la bonne administration des affaires,

à l'économie des finances, au redressement des abus. Sans système

et par la simple impulsion de son grand cœur, Gœthe se préoccupe

incessamment

d'améliorer le sort des classes laborieuses. Il lutte avec la

fatalité de la misère, «comme Jacob avec l'ange invisible», et tout

le bien qu'il entreprend et qu'il réalise, toute l'activité qu'il

déploie, ne suffisent pas encore à remplir son existence. Au sein

des plus brillantes compagnies, l'ennui l'obsède; auprès de la femme

qu'il aime, un malaise inexplicable le tourmente. Il s'appelle

Légion, dit-il, et il se sent seul. Il cherche l'ombre épaisse des

forêts, il gravit les cimes désertes, il descend dans la nuit des

mineurs. Comme Dante, errant et inquiet dans la vallée de la Magra,

Gœthe demande aux silences d'_Ilmenau_ la paix. Mais quelque chose

d'indéfinissable le travaille; de lointains horizons l'attirent; il

a le mal du pays, d'un pays qu'il n'a jamais vu. Une voix chante en

lui: «Dahin, Dahin!» Il faut qu'il parte; il le sent, il le dit; il

faut qu'il voie, il faut qu'il possède l'Italie, ou bien il est perdu.

Après avoir eu un salon très fréquenté par les célébrités artistiques

et littéraires, et dont Liszt était un assidu, elle est morte dans des

idées de spiritisme exalté.

Elle a eu trois filles: l'aînée, mariée au comte Guy de Charnacé, a

écrit de l'esthétique sous le pseudonyme de Sault; la seconde a épousé

Émile Ollivier avant qu'il fût ministre de l'Empire, elle est morte

jeune en lui laissant un fils; la troisième, Cosima, avait épousé Hans

de Bulow, elle divorça pour épouser l'illustre Wagner.

Anthologie féminine · 第 279 / 537 题