Déjà la rapide journée
Fait place aux heures du sommeil,
Et du dernier fils de l'année
S'est enfui le dernier soleil.
Près du foyer, seule, inactive,
Livrée aux souvenirs puissants,
Ma pensée erre, fugitive,
Des jours passés aux jours présents.
Ma vue, au hasard arrêtée,
Longtemps de la flamme agitée
Suit les caprices éclatants,
Ou s'attache à l'acier mobile
Qui compte sur l'émail fragile
Les pas silencieux du temps.
Un pas encore, encore une heure,
Et l'année aura sans retour
Atteint sa dernière demeure,
L'aiguille aura fini son tour.
. . . . . . . . . . . . . . . . .
Écoutons!... le timbre sonore
Lentement frémit douze fois;
Il se tait... je l'écoute encore,
Et l'année expire à sa voix.
C'en est fait! en vain je l'appelle.
Adieu!... Salut, sa sœur nouvelle.
Salut! quels dons chargent ta main?
Quels biens nous apporte ton aile?
Quels beaux jours dorment dans ton sein?
Que dis-je? à mon âme tremblante
Ne révèle pas tes secrets.
D'espoir, de jeunesse, d'attraits,
Aujourd'hui tu parais brillante,
Et ta course insensible et lente
Peut-être amène les regrets.
Ainsi chaque soleil se lève,
Témoin de nos vœux insensés;
Ainsi toujours son cours s'achève
En entraînant comme un vain rêve
Nos vœux déçus et dispersés.
[58] _Médaillons et Camées_, par Desplace.
[59] Chez M. Perrin, éditeur, qui nous a autorisé à emprunter à ce
volume, d'ailleurs épuisé, les citations que nous en faisons.