(1798-1890)
Née à Metz, Sabine-Casimire-Amable Voïart perdit, encore enfant,
sa mère, sœur de Bouchotte, ministre de la guerre sous la première
République. Son père se remaria avec Anne Petitpain (1796-1866),
Metzine également, qui écrivit sous le nom de Voïart quelques romans et
traductions non sans mérite. _La Vierge d'Ardecenne_ (1820), _la Femme,
ou les Six Amours_ (1828), ouvrage couronné par l'Académie française,
les _Chants populaires de la Seine_, traduction très estimée. Amable
ne rencontra donc dans son entourage aucune entrave à ses goûts
littéraires.
Dès l'âge de onze ans (1809), elle fut félicitée pour son idylle,
_Réséda_, par l'impératrice Joséphine. Le _Narcisse_, publié dans _le
Mercure_ en 1816, fut le point de départ de ses relations avec M.
Joseph Tastu, imprimeur très érudit, conservateur à la bibliothèque
Sainte-Geneviève, qu'elle épousa.
Avec son premier recueil, _la Chevalerie française_, elle fut couronnée,
pour la quatrième fois, aux Jeux floraux.
«Mme Tastu s'applique de préférence à des scènes historiques, à
des traductions, au mythe même, plutôt qu'à exprimer ses propres
sentiments. Toutefois, bien que ce soit là une fantaisie réglée et sans
essor aventureux, elle a aussi ses heures de plaintes amères ou de
vagues tristesses, et ces dernières nous ont valu la jolie pièce des
_Feuilles du saule_[58].»
On a d'elle plusieurs recueils de _Poésies_[59] et un certain nombre
d'ouvrages en prose pour les enfants, un _Éloge de Mme de Sévigné_
(1840), couronné par l'Académie française, _Soirées littéraires
de Paris_, 1832, _Cours d'histoire de France_, 1837; _Voyages_,
_excursions_, etc.
Qui ne connaît cette délicieuse hymne de la _Veille de Noël_, qui
rappelle les poésies du moyen âge de Paule de Fontenille et de Clotilde
de Surville?
Entre mes doigts guide ce lin docile;
Pour mon enfant, tourne, léger fuseau,
Seul tu soutiens sa vie encore débile,
Tourne sans bruit auprès de son berceau.
. . . . . . . . . . . . . .
Paisible, il dort du sommeil de son âge,
Sans pressentir mes douloureux tourments.
Reine du ciel, accorde-lui longtemps
Ce doux repos qui n'est plus mon partage.
Pour mon enfant, tourne, léger fuseau,
Tourne sans bruit auprès de son berceau.
. . . . . . . . . . . . . .
Le monde entier m'oublie et me délaisse,
Je n'ai connu que d'éternels soucis.
Vierge sacrée! au moins donne à mon fils
Tout le bonheur qu'espérait ma jeunesse.
Pour mon enfant, tourne, léger fuseau,
Tourne sans bruit auprès de son berceau.
. . . . . . . . . . . . . .
Tendre arbrisseau menacé par l'orage,
Privé d'un père, où sera ton appui?
A ta faiblesse il ne reste aujourd'hui
Que mon amour, mes soins et mon courage.
Pour mon enfant, tourne, léger fuseau,
Tourne sans bruit auprès de son berceau.
. . . . . . . . . . . . . .
Tout dort, hélas! je travaille et je veille,
La paix des nuits ne ferme plus mes yeux.
Permets du moins, appui des malheureux,
Que ma douleur jusqu'au matin sommeille.
Entre mes doigts guide ce lin docile;
Pour mon enfant, tourne, léger fuseau,
Seul tu soutiens sa vie encore débile,
Tourne sans bruit auprès de son berceau.