LE SAULE DES REGRETS

Saule, cher à l'amour et cher à la sagesse,

Tu vis l'autre printemps, sous ton heureux rameau,

Un chantre aimé des dieux moduler sa tristesse;

Et l'onde vint plus fière enfler ton doux ruisseau.

Sur le feuillage ému, sur le flot qui murmure,

L'amour a conservé ses soupirs douloureux.

Moi, je te viens offrir les pleurs de la nature,

Ne dois-tu pas ton ombre à tous les malheureux?

Dans ce même vallon, doux saule, j'étais mère!

Mon âme s'enivrait d'orgueil et de bonheur;

Dans ce même vallon, seule avec ma misère,

Je n'ai que ton abri, mes regrets et mon cœur.

Ma fille a respiré l'air pur de ton rivage;

Elle a cueilli des fleurs sur ces gazons touffus;

Ses charmes innocents, les grâces de son âge,

Ont embelli ces lieux: doux saule, elle n'est plus!

J'aimais à contempler sa touchante figure

Dans le cristal mouvant de ce faible ruisseau;

J'y trouvais son sourire, sa blonde chevelure...

Hélas! je cherche encore et n'y vois qu'un tombeau!

Cesse de protéger la tranquille sagesse;

A l'amour étonné retire tes bienfaits.

Je viens, loin des heureux, t'apporter ma détresse,

Sois l'asile des pleurs, sois l'arbre des regrets!

Dérobe à tous les yeux ce douloureux mystère;

Que ton ombre épaissie enveloppe mon sort;

Sous tes pâles rameaux, retombant vers la terre,

Enferme autour de moi le silence et la mort.

Dieu! tu m'entends; déjà, sur la tige flétrie,

La fleur perd son éclat, la feuille sa fraîcheur;

Doux saule, tu me peins le terme de ma vie:

Hélas! tu veux aussi mourir de ma douleur.

Ton aspect dans mon cœur vient d'arrêter mes larmes;

Ah! laisse-moi du moins le pouvoir de gémir.

De mes regrets plaintifs rends-moi les tristes charmes;

Je le sens, il me faut ou pleurer ou mourir.

Lorsqu'assis à tes pieds, sous les vents en furie,

Le sage voit ton front se courber sans effort,

Il pardonne au destin, il supporte la vie:

Apprends-moi donc aussi qu'il faut céder au sort.

Ah! rends-moi du printemps la fraîcheur renaissante,

Rends à mon cœur flétri ces sons trop tôt perdus;

Rends-moi les arts, la paix, l'amitié plus touchante,

Mais non, ne me rends rien; doux saule, elle n'est plus!

Anthologie féminine · 第 254 / 537 题