DUFRÉNOY (ADÉLAÏDE-GILLETTE BILLET)

(1765-1825)

Naquit à Nantes et épousa à quinze ans un riche procureur au Châtelet.

Elle connut néanmoins la plus terrible adversité, son mari ayant perdu

sa fortune et étant devenu aveugle. Elle ne dut son salut qu'à la

protection, presque à la charité de M. de Ségur, auquel elle s'adressa

dans un jour de cruelle détresse; il lui fit obtenir une pension. Elle

a écrit des ouvrages d'éducation et des poésies élégiaques; mais elle

est surtout connue par une chanson que lui adressa Béranger, chanson

dont voici le refrain:

Veille, ma lampe, veille encore,

Je lis les vers de Dufrénoy.

Ses premiers vers furent publiés en 1806. En 1814, l'Académie lui

décerna un prix pour les _Derniers moments de Bayard_, dont voici un

extrait.

Renaissez dans mes chants, nobles mœurs de nos pères!

Honneur, foi, loyauté, vertus héréditaires,

Que dans les vieux châteaux l'aïeul en cheveux blancs

Transmettait d'âge en âge à ses nobles enfants!

Renaissez, jours fameux, religion! patrie!

Et toi dont la mémoire est à jamais chérie,

Bayard, toi dont le nom rappelle avec grandeur

Tout ce qu'ont eu d'éclat ces siècles de l'honneur.

Ta gloire ne meurt pas: le temps la renouvelle;

Au sage comme au brave il t'offre pour modèle;

Ton grand cœur au-dessus des caprices du sort

Se montra tout entier dans les bras de la mort;

J'apporte à ton cercueil l'hommage de la France!

Déjà de Bonnivet l'orgueilleuse imprudence

Fuyait loin de Milan, où toujours les Français

Ont par de grands revers payé de grands succès;

Bayard restait encore, et de sa renommée

Seul pouvait protéger les débris de l'armée;

Tout à coup, ô douleur! le tube meurtrier

De ses traits foudroyants a frappé le guerrier:

Atteint d'un coup mortel, sur l'arène sanglante

Il tombe, tout son camp jette un cri d'épouvante;

Mais lui, dans la mort même incapable d'effroi,

Nomme en tombant son Dieu, sa patrie et son roi!

«Je suis mort, cria-t-il, mais gardez votre place,

L'ennemi jusqu'au bout ne me verra qu'en face.»

Il dit; et le héros respirant à moitié,

Sous un arbre voisin avec peine appuyé,

De sa mourante main ressaisissant son glaive,

Après un long effort quelque temps se relève,

Du geste et du regard excite nos soldats;

Et déchiré, couvert des ombres du trépas,

Son front, que par degré la douleur décolore,

Tourné vers l'ennemi l'épouvantait encore!

Sa vieillesse eût pu être calme, si elle n'eût été attaquée par les

plus odieuses calomnies. On la discuta comme auteur de ses poésies, que

l'on attribuait à M. de Fontanes; puis on la mit au nombre de prétendus

agents politiques. Ce dernier coup causa sa mort. MM. de Ségur, de

Pongerville et Tissot, protestèrent solennellement en sa faveur devant

sa tombe.

Anthologie féminine · 第 222 / 537 题