FABLE

Un vieux barbet, cher à son maître,

Chien caressant et dévoué,

S'il se voyait quelquefois rabroué,

Se consolait, tout prêt à reconnaître

Que c'était là le droit du jeu.

Chacun de bile a quelque peu,

Et qui reçoit tous les jours des caresses

Peut bien parfois supporter des rudesses:

De l'amitié les hauts et bas

Valent mieux que l'indifférence.

Décidément, moi je le pense,

Et le barbet aussi. Mais ne voilà-t-il pas

Qu'un jour son maître fait l'emplette

D'un petit chien (bichon, levrette,

L'un ou l'autre, il importe peu);

Son allure est vive et brillante,

Son poil luisant, son œil de feu,

Et sa manière en tout charmante:

Car, sans compter que pour l'esprit

Il est de race précieuse,

Dans l'école la plus fameuse

Pour les tours on l'avait instruit.

Le maître à l'excès s'en engoue,

Et sans merci le flatte et loue

En présence du vieux barbet,

Lequel, d'abord tout stupéfait,

Baisse l'oreille, fait la moue,

Puis, de l'humble rôle qu'il joue,

Se dégoûte enfin tout à fait.

[Illustration]

Anthologie féminine · 第 216 / 537 题