Compatissante par tempérament, libérale et généreuse par penchant,
Zélinde n'est bonne que par principe. Quand elle est douce et
facile, sachez-lui-en gré: c'est un effort. Quand elle est longtemps
civile et polie avec des gens dont elle ne se soucie pas, redoublez
d'estime: c'est un martyre. Elle a eu de la vanité, mais la
connaissance et le mépris des hommes l'ont corrigée. Cependant cette
vanité va encore trop loin au gré de Zélinde même; elle pense que la
gloire n'est rien au prix du bonheur, mais elle ferait encore bien
des pas pour la gloire.
Quand est-ce que les lumières de l'esprit commanderont aux penchants
du cœur? Alors elle cessera d'être coquette. Triste contradiction!
Zélinde, qui ne voudrait pas sans raison frapper un chien, écraser
le plus vil insecte, voudrait peut-être dans de certains moments
rendre un homme malheureux, et cela pour s'amuser, pour se procurer
une espèce de gloire, qui même ne flatte pas sa raison et ne touche
qu'un instant sa vanité! Mais le prestige est court; l'apparence du
succès la fait revenir à elle-même. Elle n'a pas plutôt reconnu son
intention qu'elle la méprise, l'abhorre, et veut y renoncer à jamais.
Vous me demanderez peut-être si elle est belle, ou jolie, ou
passable. Je ne sais. C'est selon qu'on l'aime ou qu'elle veut se
faire aimer. Elle a le teint éclatant, la taille belle; elle le sait,
et s'en pare un peu trop au gré de la modestie. Elle n'a pas la
main blanche; elle le sait aussi, et en badine; mais elle voudrait
bien n'avoir pas sujet d'en badiner. Tendre à l'excès, et non moins
délicate, elle ne peut être heureuse par l'amour ni sans amour.
L'amitié eut-elle jamais un temple plus saint, plus digne d'elle, que
le cœur de Zélinde? Se voyant trop sensible pour être heureuse, elle
a presque cessé de prétendre au bonheur. Elle s'attache à la vertu;
elle fuit les repentirs, et cherche les amusements. Les plaisirs sont
rares pour elle, mais ils sont vifs. Elle les saisit et les goûte
avec ardeur.
Connaissant la vanité des projets et l'incertitude de l'avenir, elle
veut surtout rendre heureux le moment qui s'écoule. L'imagination
de Zélinde sait être riante, même quand son cœur est affligé. Des
sensations trop vives et trop fortes pour sa machine, une activité
excessive qui manque d'objets satisfaisants, voilà la source de tous
ses maux. Avec des organes moins sensibles, Zélinde eût eu l'âme d'un
grand homme. Avec moins d'esprit et de raison, elle n'eût été qu'une
femme faible.