MQUISE DE RIBIÈRE D'ANTREMONT

(MARIE-ANNE-HENRIETTE PAYSAN DE L'ÉTANG)

(1746-1802)

Femme d'esprit de la fin du XVIIIe siècle, à laquelle son _Ode au

silence_ valut beaucoup d'admirateurs. Pour appartenir à un sexe

dénommé bavard, élever une poésie au silence, c'était en effet

original. Son aventure avec Voltaire mérite d'être racontée.

Comme beaucoup de femmes de maintenant et de jadis, elle aimait à écrire

aux hommes illustres, et elle adressa une lettre très enthousiaste au

grand littérateur de l'époque. Voltaire, précisément, venait d'être

mystifié: un avocat né au Croisic, Paul Desforges-Maillard (1699-1772),

s'était rendu célèbre par des poésies qu'il envoyait au _Mercure de

France_ sous le pseudonyme de Mlle Malerais de la Vigne. Néanmoins

Voltaire s'y laissa prendre, et Mme d'Antremont, dans sa lettre, que

nous donnons plus loin, fait allusion à cette aventure; mais quand la

ruse fut dévoilée, on ne fit plus attention aux vers ni à l'auteur.

Toujours prêt à sacrifier au beau sexe, Voltaire avait adressé la

poésie suivante à la prétendue poète, en lui envoyant son _Histoire de

Charles XII_:

Toi dont la voix brillante a volé sur nos rives,

Toi qui tiens dans Paris nos muses attentives,

Qui sait si bien associer

Et la science et l'art de plaire,

Et les talents de Deshoulière

Et les études de Dacier,

J'ose envoyer aux pieds de ta Muse divine

Quelques faibles écrits, enfants de mon repos.

Charles fut seulement l'objet de mes travaux,

Henri Quatre fut mon héros,

Et tu seras mon héroïne.

Anthologie féminine · 第 187 / 537 题