DESCRIPTION DU CONVOI FUNÈBRE DE LOUIS XV

Après sa mort il fut abandonné, comme c'est l'ordinaire; on l'enterra

promptement et sans la moindre

escorte; son corps passa vers minuit par le bois de Boulogne pour

aller à Saint-Denis. A son passage, des cris de dérision ont été

entendus: on répétait _taïaut! taïaut!_ comme lorsque l'on voit un

cerf, et sur le ton ridicule dont il avait coutume de le prononcer.

Cette circonstance, si elle est vraie, ce que je ne puis assurer,

montre bien de la cruauté: mais rien n'est plus inhumain que le

Français indigné, et, il faut en convenir, jamais il n'eut plus de

sujet de l'être; jamais une nation délicate sur l'honneur et une

noblesse naturellement fière n'avaient reçu d'injure moins excusable

que celle que le feu roi nous a faite lorsqu'on l'a vu, non content

du scandale qu'il avait donné par ses maîtresses et par son sérail à

l'âge de soixante ans, tirer de la classe la plus vile, de l'état le

plus infâme, une créature, la pire de son espèce, pour l'établir à la

cour, l'admettre à table avec sa famille, la rendre maîtresse absolue

des grâces, des honneurs, des récompenses, de la politique et de lui,

dont elle a opéré la destruction, malheurs dont à peine nous espérons

la réparation. On ne peut s'empêcher de regarder cette mort soudaine

et la dispersion de toute cette infâme troupe comme un coup de la

Providence. Toutes les apparences leur permettaient encore quinze ans

de prospérité, et, si leur attente n'eût été déçue, jamais les mœurs

et l'esprit national n'auraient pu s'en relever...

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Anthologie féminine · 第 172 / 537 题