--Les talents chassent l'ennui.
--Les choses trop connues perdent de leur valeur; on a une espèce de
vénération pour celles qui sont rares. Voulez-vous être longtemps
belle, montrez-vous rarement. Voulez-vous inspirer l'envie de vous
connoître, rendez votre connoissance difficile; les plus belles
perdent beaucoup à être trop connues.
--Ne tirez jamais le voile tout à fait sur vos qualités; c'est au
temps à le lever entièrement, laissez-le faire.
--Que votre société soit douce; ne faites point sentir votre
supériorité. L'esprit, les talents, le mérite, le rang et la fortune,
sont pour les autres un poids assez pesant sans l'augmenter de celui
de l'ostentation.
--Faites rarement les avances: prévenir certaines gens, c'est leur
ôter l'envie de se lier.
--Quoique l'on dise que les personnes qui parlent bien n'ennuient
jamais, la grande volubilité de langue étourdit toujours.
--Il est plus facile d'écouter les autres que de s'écouter soi-même.
--Un des plus grands bonheurs, c'est de pouvoir se suffire à soi-même.
--Le temps de la jeunesse est le seul pour apprendre, et il vient un
âge où les plaisirs nous quittent; il faut bien des ressources à une
femme pour la consoler de cet abandon.
--Il faut avoir une extrême modestie sur son savoir, et cacher
soigneusement, surtout devant les autres femmes, que l'on sait
quelque chose qu'elles ignorent.
--Les grâces et les belles manières sont plus nécessaires aux femmes
qu'une belle figure; sans les grâces, la beauté ne plaît jamais.
L'art corrige la nature ou l'embellit.
--On revient de la colère, de l'indignation ou de l'indifférence,
mais jamais du mépris.
--On perd tout le mérite des bienfaits passés quand ils ne sont pas
renouvelés.
--On est toujours dédommagé des sacrifices que l'on a faits à la
vertu: tous les plaisirs que nous procurent nos passions satisfaites
n'ont jamais valu le repos d'une personne qui n'est attachée qu'à ses
devoirs.
--Ne faites point de vers: il est trop difficile d'en faire de bons.
De tous les talens restreints à l'état d'homme, c'est peut-être le
plus ridicule pour une femme. Il me semble que celle qu'on verroit à
la tête
de ses ouvriers, avec une longue perche à la main, conduire
l'ordonnance d'un bâtiment, seroit moins bizarre que celle qui se
tourmenteroit à composer deux couplets de chanson. Les langues, la
poésie, les lois du royaume, les matières de religion, toutes ces
belles choses sont insupportables dans une femme: je les en avertis
au nom de tous les hommes sensés.
--Si parler bien est la marque de la belle éducation, bien écrire
marque la femme d'esprit; c'est la façon d'écrire qui distingue
la femme ordinaire d'avec la femme d'esprit. Parlez bien, écrivez
encore mieux; pensez bien, et pensez haut avec vos amis, et tâchez
surtout de vous exprimer avec aisance. Pour acquérir la facilité
de s'énoncer, il est nécessaire de savoir bien sa langue, et
de connoître toute la force des termes: faute d'en trouver qui
conviennent, on reste court, dans la crainte d'en hasarder de
mal placés. Mme de *** est admirable à voir; mais il ne faut pas
l'entendre: chaque mot qu'elle prononce obscurcit sa figure, de
façon qu'on la quitte comme si elle étoit laide; malgré la beauté de
ses yeux et l'éclat de son teint, elle n'a jamais su conserver de
conquêtes; elle les fait en se montrant, elle les perd en parlant.
Quelle fatalité!
--Il faut se défaire de l'excès de timidité: une noble assurance
prête beaucoup à la figure, et fait merveille dans la conversation.
La timidité gêne et embarrasse; faute d'un peu de hardiesse, on ne
hasarde rien, on manque l'occasion de dire de bonnes choses, et on
perd même
celle de s'avancer. La fortune aime les téméraires, et les femmes
le sont quelquefois; ce n'est pas ce qu'elles font de mieux. Quand
l'assurance est accompagnée de la beauté et de l'esprit, il n'est
rien dont on ne vienne à bout; mais, dût-on échouer dans toutes les
entreprises, j'aime encore mieux la timidité que l'excès opposé.
--L'art de plaire est le plus grand des arts. Quand on plaît, tout
réussit, tout est facile. Ce talent dépend d'un je ne sais quoi qu'il
est si difficile de définir et que si peu de personnes possèdent, que
ceux qui l'ont en doivent rendre grâces à la nature.