Mme GEOFFRIN

(1699-1777)

Mme Geoffrin, née Thérèse Rodet, n'est qu'un Mécène littéraire; elle

aurait pu jouer un rôle plus actif, les quelques lettres et pensées

que l'on a d'elle le prouvent. Petite bourgeoise, elle épousa, à

quinze ans, M. Geoffrin, caissier dans la manufacture de glaces

de Saint-Gobain, qui lui laissa non une grande richesse, mais une

fortune suffisante pour qu'avec cet ordre et cette économie, qu'elle

appelait «une source d'indépendance et de libéralités», elle pût

tenir une maison qui fût la plus recherchée de Paris. Elle fut avant

tout maîtresse de maison parfaite. Elle donnait à dîner deux fois

par semaine; simple dans sa toilette, mais tenant à ce que ses amis

vécussent confortablement chez elle. Bonne et sincère, elle se rendait

utile à tout le monde. Elle le fut surtout pour le jeune prince

Poniatowski, qui ne l'oublia pas quand il devint roi de Pologne.

Il lui écrivit alors: _Maman, votre fils est roi._ Elle dut aller peu

de temps après visiter «son fils roi», qui lui fit la surprise de

lui rendre à quatre cents lieues de Paris son appartement de la rue

Saint-Honoré.

«Mettant un prix infini à son commerce avec les grands, Mme Geoffrin

ne les voyait pas beaucoup chez eux, s'y trouvant assez mal à l'aise;

mais elle leur donnait le désir de venir chez elle, par une coquetterie

imperceptiblement flatteuse, les recevant ensuite avec un air aisé,

naturel, demi-respectueux et demi-familier..., toujours sur les limites

des bienséances, qu'elle ne passait jamais.» (MARMONTEL.)

Anthologie féminine · 第 132 / 537 题