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Quel espoir vous séduit? quel gloire vous tente?
Quel caprice? à quoi pensez-vous?
Vous voulez devenir savante:
Hélas! du bel esprit savez-vous les dégoûts?
Ce nom, jadis si beau, si révéré de tous,
N'a plus rien, aimable Amarante,
Ni d'honorable ni de doux,
Sitôt que, par la voix commune,
De ce titre odieux on se trouve chargé.
De toutes les vertus n'en manquât-il pas une,
Suffit qu'un bel esprit en nous ait érigé,
Pour ne pouvoir prétendre à la moindre fortune.
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Pourrez-vous toujours voir votre cabinet plein
Et de pédants et de poètes,
Qui vous fatigueront avec un front serein
Des sottises qu'ils auront faites?
Pourrez-vous supporter qu'un fat de qualité,
Qui sait à peine lire et qu'un caprice guide,
De tout vos ouvrages décide?
Un esprit de malignité
Dans le monde a su se répandre;
On achète un bon livre afin de s'en moquer:
C'est des plus longs travaux le fruit qu'il faut attendre,
Personne ne lit pour apprendre,
On ne lit que pour critiquer.
Vous riez, vous croyez ma colère chimérique,
L'amour-propre vous dit tout bas
Que je vous fais grand tort, que vous ne devez pas
Du plus rude censeur redouter la critique.
Eh bien! considérez que dans chaque maison
Où vous aura conduit un importun usage,
Dès qu'un laquais aura prononcé votre nom:
«C'est un bel esprit, dira-t-on,
Changeons de voix et de langage.»
Alors sur un précieux ton,
Des plus grands mots faisant un assemblage,
On ne vous parlera que d'ouvrages nouveaux,
On vous demandera ce qu'il faut qu'on en pense.
En face, on vous dira que les vôtres sont beaux,
Et l'on poussera l'impudence
Jusques à vous presser d'en dire des morceaux.
Si tout votre discours n'est obscur, emphatique,
On se dira tout bas: «C'est là ce bel esprit?
Tout comme un autre elle s'explique,
On entend tout ce qu'elle dit.»
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Dès que la renommée aura semé le bruit
Que vous savez toucher la lyre,
Hommes, femmes, tout vous craindra,
Hommes, femmes, tout vous fuira,
Parce qu'ils ne sauront en mille ans que vous dire.
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Ce que prête la fable à la haute éloquence,
Ce que l'histoire a consacré,
Ne vaut jamais rien à leur gré:
_Ce qu'on sait plus qu'eux les offense._
On dirait, à les voir, de l'air présomptueux
Dont ils s'empressent pour entendre
Des vers qu'on ne lit point pour eux,
Qu'à décider de tout ils ont droit de prétendre;
Sur ce dehors trompeur, on ne doit pas compter.
Bien souvent sans les écouter,
Plus souvent sans y rien comprendre,
On les voit les blâmer, on les voit les défendre.
Quelques faux brillants bien placés:
Toute la pièce est admirable;
Un mot leur déplaît, c'est assez:
Toute la pièce est détestable.
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Ne cherchez plus une frivole gloire
Qui cause tant de peine et si peu de plaisir.
Je la connois, et vous pouvez m'en croire:
Jamais dans Hippocrène on ne m'auroit vu boire
Si le Ciel m'eût laissée en pouvoir de choisir.
Mais, hélas! de son sort personne n'est le maître,
Le penchant de nos cœurs est toujours violent;
J'ai su faire des vers avant que de connoître
Les chagrins attachés à ce maudit talent!
Vous que le Ciel n'a point fait naître
Avec ce talent que je hais,
Croyez-en mes conseils, ne l'acquérez jamais.