(MARIE-MADELEINE PIOCHE DE LA VERGNE)
(1634-1693)
Mme de La Fayette est une des figures les plus intéressantes des femmes
écrivains et bel esprit des XVIIe et XVIIIe siècles. Très jeune, elle
fut présentée à l'hôtel de Rambouillet, où Mlle de Scudéry et Mme de
Montausier la proclamèrent une «vraie merveille». Ses premiers maîtres
avaient été Ménage et le Père Rapin. A l'hôtel de Rambouillet elle
trouvait, en pleine jeunesse et à l'aurore de son talent, celui que
l'on devait surnommer plus tard «l'aigle de Meaux». Modeste, belle à
ravir, douce, vertueuse, elle ne tirait aucune vanité de ses fortes
études classiques, où Virgile avait le premier pas. A vingt-deux
ans, elle distingua le comte de La Fayette, qu'elle épousa; mariage
tranquille et de raison. Le goût d'écrire et de produire ses écrits
lui vint de son intimité avec Segrais, qu'elle accueillit dans sa
maison quand Mlle de Montpensier le chassa par caprice, et plus encore
de sa grande amitié avec le duc de La Rochefoucauld, qui eut une
importante influence sur sa vie entière et dont elle disait: «M. de
La Rochefoucauld m'a donné de l'esprit, mais j'ai reformé son cœur»,
pendant que lui créait pour elle cette éloquente et simple épithète de
«vraie».
Segrais signa ses premiers ouvrages, _Mademoiselle de Montpensier_ et
_Zaïde_. Peu après parut _la Princesse de Clèves_, que Taine définit
avec tant de justesse dans une comparaison avec les _Mémoires de
Saint-Simon_:
«Le petit livre de Mme de La Fayette est un écrin d'or où luisent les
purs diamants dont se paraît l'aristocratie polie. Les _Mémoires de
Saint-Simon_ sont un grand cabinet secret où gisent entassés sous une
lumière vengeresse les défroques salies et menteuses dont s'affublait
l'aristocratie servile. Après avoir ouvert le cabinet, il est à propos
d'ouvrir l'écrin.
«Elle parle, mais en grande dame, avec le sentiment secret de sa
dignité et de la dignité de ceux qui l'écoutent. Son style imite sa
parole... Ce style est aussi mesuré que noble. Mme de La Fayette
n'élève jamais la voix.
«D'un bout à l'autre de son livre brille une sérénité charmante, ses
personnages semblent glisser au milieu d'un air limpide et lumineux...
«Elle se contient comme une grande dame et une femme du monde. Les
sentiments sont d'accord avec le style; ses sensations sont aussi
délicates que la manière de les dire... On sent une âme qui a été
élevée par les plus nobles conseils et les plus grands exemples,
qui respecte l'honneur non seulement comme une loi inviolable, mais
aussi comme la plus chère et la plus précieuse partie de son trésor
intérieur.»
Mme de La Fayette fut grande amie de Mme Scarron et de la marquise
de Sévigné. Elle avait quarante-quatre ans quand elle écrivit _la
Princesse de Clèves_, où l'on trouve le style épuré et délicat, ainsi
que les sentiments élevés qu'elle possédait au suprême degré.
La vie fut pour elle sans attrait après la mort de son ami, le duc
de La Rochefoucauld, l'auteur des _Maximes_. Elle lui survécut dix
ans et mourut à l'âge de soixante ans. On a aussi d'elle _la Comtesse
de Tende_, des _Mémoires de la cour de France_ pour 1688 et 1689, de
nombreuses _Lettres_ et l'_Histoire_ de cette Henriette d'Angleterre,
qu'elle avait tant aimée alors qu'elle était attachée à sa personne, et
qu'elle regretta si sincèrement.