(DAME DE FOIX, NÉE VERS 1330.)
Fille de Thibaut VII, comte de Champagne, de Navarre par sa grand'mère,
elle avait hérité de son aïeul, Thibaut VI, d'une nature de poète et
d'artiste; musicienne, rieuse, expansive, c'est la plus ravissante
personnalité de l'époque qu'Agnès de Champagne. Son imagination
ardente, son goût pour les lettres dans ce qu'elles ont de plus exquis,
l'entraînèrent dans une liaison romanesque avec Guillaume de Machau,
chansonnier célèbre du XIVe siècle, secrétaire de Jean de Luxembourg,
contrefait, goutteux, déjà âgé. Elle lui fit savoir mystérieusement
qu'une jeune princesse admirait ses vers; il n'en fallut pas davantage
pour exciter l'imagination de Machau: une correspondance littéraire et
sentimentale s'établit; Agnès devint l'élève et l'émule du spirituel
et tendre poète. De charmantes lettres pleines d'enjouement et de
sensibilité, de nombreux rondeaux, ballades et chansons[6], dont Machau
fit la musique et qu'Agnès chantait à ravir, furent le résultat de ce
bel enthousiasme, qui, malgré les protestations affectueuses de la
jeune élève, resta certainement platonique, comme le prouvent les
insistances réitérées du pauvre maître, qui s'écrie sans cesse:
Morray-je donc sans avoir votre amour,
Dame que j'aime!
[6] Édités dans la collection des _Poètes champenois_, 1856, Reims,
par M. Léon Tarbé.
Elle épousa plus tard le beau Phœbus, comte de Foix, ainsi dénommé
à cause de sa chevelure dorée, et qui la rendit malheureuse, ainsi
que son pauvre fils Gaston, mort de faim en prison, accusé d'avoir
empoisonné son père.