La mort ne sépare que les corps, elle ne peut désunir les âmes. C’est ce
que je disais naguère près d’un cercueil, c’est ce que je dis encore,
car ma douleur n’a pas changé, pas plus que mes espérances, ces
espérances immortelles qui seules soutiennent mon cœur et me rattachent
au sien, trait d’union entre le ciel et la terre, entre lui et moi. Mon
ami, mon cher Maurice! par là nous sommes ensemble, et ma vie revient à
ta vie comme autrefois, à peu de chose près[34].
[34] Quatre feuillets enlevés.
... A quelle heure ils sont nés du jour ou de la nuit, dans le calme ou
dans la tempête, quelle destinée les a pris, je veux dire (car je ne
donne rien au destin, divinité païenne) quel cours a eu leur vie que
Dieu nous trace et que nous remplissons? Le malheur est-il de leur
faute? Qu’ont-ils fait de leur intelligence? quel emploi dans l’ordre
moral? quel rang dans la vérité? les peut-on compter pour le ciel, le
lieu des âmes de bien? Mon Dieu, ne les appelez pas encore, ne les
appelez pas qu’ils ne soient tous dans la bonne voie. Que ce jour des
morts fait des frayeurs de voir mourir![35]
[35] Au bas de cette page, on lit ces lignes, ajoutées plus tard et
portant leur date: «Jour des morts 1842.--Hélas! tout meurt. Où est
celui pour qui j’écrivais les lignes précédentes, la précédente
année? où est-il?»