M. Alexandre Georges.

Cher ami,

Vous me demandez ce que doit être l’Opéra-Comique sous la prochaine

direction?

Il me semble qu’il doit être ce qu’il a toujours été, c’est-à-dire un

théâtre de demi-caractère.

Sans remonter bien loin, les auteurs joués sur ce théâtre se sont,

presque toujours, conformés à ce genre.

Il n’y a guère qu’une dizaine d’années que le drame lyrique y a fait sa

première apparition, et encore!... à part quelques rares exceptions,

sont-ce bien des drames lyriques, ces œuvres jouées sur notre deuxième

théâtre de musique?

Pour se différencier des ouvrages du répertoire, il n’y a plus de

parlé; mais le genre est toujours le même. La musique est plus ou moins

gaie, spirituelle, sentimentale ou dramatique, selon le tempérament du

musicien et la qualité du livret qu’il a eu à traiter, mais les moyens,

les procédés, ne changent guère.

Ce que je ne voudrais pas, à l’Opéra-Comique, c’est la légende, avec

ses âpretés et ses côtés tragiques, très belle souvent et de haute

envergure; mais aussi, bien plus faite pour un public spécial et un

théâtre qui serait, à mon humble avis, le théâtre lyrique.

Ce théâtre lyrique ne serait pas, comme vous voyez, un théâtre d’essai;

au contraire, il serait le théâtre par excellence, où les maîtres

étrangers auraient une large part, et où leurs œuvres serviraient

de point de comparaison et d’émulation à la belle et nouvelle école

française.

A la tête de ce Lyrique, j’y voudrais un maître indépendant,

fantaisiste, avec de gros capitaux, et montant à son gré les œuvres qui

lui plairaient.

Voici, en toute hâte, ma réponse, et, avec ma plus cordiale poignée de

main, je vous remercie, cher ami, de l’honneur que vous me faites, en

faisant cas de mon opinion dans cette circonstance.

Loges et coulisses · 第 134 / 162 题