Je suis avec beaucoup d’intérêt le mouvement théâtral, surtout en ce
qui concerne le genre auquel je me suis consacré, c’est-à-dire le
vaudeville et l’opérette.
3º _Que pensez-vous de l’évolution présente de ce genre? A-t-il besoin
de se rajeunir?_
Au début de ma carrière je me suis donné pour modèles Scribe, Labiche
et Duvert (on pouvait choisir plus mal) qui apportaient un très
grand soin à la charpente de leurs pièces et avaient recours, pour
obtenir leurs effets, à de nombreuses préparations. Je suis resté
fidèle à ce système et je constate que les vaudevilles et opérettes
qui ont le mieux réussi dans ces derniers temps, étaient précisément
construits d’après ces principes qu’on est convenu d’appeler le vieux
jeu. J’en conclus que le vieux jeu a du bon, mais je reconnais que,
pour donner satisfaction aux désirs du public, il est nécessaire,
même dans les œuvres légères, de serrer la vérité de plus près et
de fouiller davantage les caractères des personnages. L’habileté
consisterait peut-être à édifier le gros œuvre d’après les anciennes
traditions, mais à apporter une foule d’idées neuves dans les détails
de l’architecture.
4º _Va-t-on vers plus de mise en scène? Croyez-vous à l’efficacité de
la mise en scène, son luxe, son exactitude pour le succès d’une pièce?_
Je crois qu’une belle mise en scène complète le succès d’une bonne
pièce, mais je ne crois pas que le luxe des décors et des costumes
puisse apporter un élément de réussite à un ouvrage dramatique qui
n’est pas franchement accepté par le public. Quant à l’exactitude
de la mise en scène il m’a toujours semblé que la pousser jusqu’au
vrai absolu était d’une utilité des plus contestables. A mon avis, il
suffit, grâce à l’art du décorateur, de donner au public l’illusion du
vrai.
Cordialement à vous,
Henri CHIVOT.
Le Vésinet, 17 août 1897.