M. Henri de Pène la trouve en progrès.

Passons rapidement sur _La Petite Sœur_, un acte de Mme Marie Barbier

(4 mai 1881), _Odette_, de Sardou, où elle joue le rôle de la baronne

Cornaro, femme de quarante ans qui, dans la pièce, doit donner des

conseils à Odette, que jouait Mme Pierson! _L’Auréole_, (20 mars 1882),

un acte de M. Normand, où elle réussit complètement; _Un mariage de

Paris_, trois actes d’About et de Najac (5 mai 1882), qui lui vaut son

premier travesti.

Ainsi, du 15 mars 1875 au 31 mai 1882, en huit années d’engagement,

elle avait repris ou créé sur la scène du Vaudeville vingt rôles

différents, qui tous avaient été remarqués, et dont deux ou trois

furent de grands succès, et elle n’avait, dans la maison, aucune

situation définie digne de son talent, digne surtout des promesses que

ce talent varié indiquait. Ni Sardou, roi du Théâtre, ni les divers

directeurs qui s’étaient succédé à la Chaussée-d’Antin, le grand

artiste Carvalho, l’intelligent et brave père Cormon, ni Roger, ni

Bertrand, ni Raymond Deslandes n’avaient soupçonné qu’ils avaient

une comédienne de premier ordre à leur disposition. Les avis ne leur

manquaient point cependant; Réjane, inoccupée ou mal employée chez eux,

grandissait tout de même en réputation et en succès dans les seuls

théâtres d’à côté qu’elle eût alors à sa disposition; elle était la

vie, l’âme, si ce mot peut être employé ici, de tous les spectacles du

Cercle de la rue Royale, de toutes les revues de l’Épatant, de toutes

ces pièces faites entre causeries d’auteurs célèbres et d’auteurs

mondains, satires sans profondeur et sans fiel, essais dramatiques

superficiels et sans prétention, articles de Paris, du boulevard de

Paris plutôt, servant à l’exhibition des comédiennes célèbres en

disponibilité, des chanteurs et comédiens amateurs, aux débuts des

belles filles qui commencent à tâter sérieusement du théâtre. Réjane

trouvait moyen de faire des choses artistiques avec tout cela. Elle

répétait sérieusement, comme pour une œuvre sérieuse; elle écoutait,

pour les costumes, les avis des peintres qui collaborent d’ordinaire à

ces brillantes machines, les conseils des auteurs, qui redressent ces

couplets à pointes, pour en tirer un parti charmant. Avec une scène

de parodie, un rondeau, des couplets, un arrangement de coiffure ou

de costume, elle obtenait des succès étourdissants; toujours prête

à rendre service, à apprendre la chanson nouvelle, le monologue

improvisé, à remplacer la comédienne malade ou en retard, à chanter, à

danser, enfin à faire en camarade ce que voulaient ces spectacles de

camarades, elle était la coqueluche de ce public particulier à qui les

auteurs du Vaudeville faisaient alors toutes les avances possibles avec

leurs comédies dites parisiennes.

L’écho des succès de Réjane arrivait jusqu’au bon Deslandes, homme de

club aussi à ses heures, il souriait, disait comme je ne sais plus

quel sociétaire de la Comédie-Française: «Bon» ou «c’est une actrice

mondaine», et continuait à donner ses spectacles moyens, dans lesquels

Réjane n’avait qu’une part sans intérêt. «On ne te comprend pas, tu

n’as rien à faire avec ces gens-là, lui dit son camarade Pierre Berton,

tu es une étoile! Fiche ton camp d’ici!» Une étoile, c’est ce que

cherchait alors M. E. Bertrand, directeur des Variétés, pour remplacer

au besoin celle qu’il avait et qui commençait à vieillir. Plus avisé

que les directeurs de Vaudeville, il l’engagea pour trois années,

malgré une apparition insignifiante faite dans _Les Demoiselles

Clochart_, pièce incomplète de Henri Meilhac. Ainsi toutes choses

marchent à un total inévitable. Le succès des revues mondaines, des

spectacles à couplets, aboutit à l’idéal du genre, à un traité avec

les Variétés, et par conséquent aux pièces de Raoul Toché, Blum, Wolf

et Clairville; si c’était mieux que ce qu’elle faisait au Vaudeville,

ce n’était pas exactement ce qu’elle rêvait. Heureusement, elle allait

être prêtée de tous côtés pour créer des rôles importants et dignes

d’elle.

Elle parut, boulevard Montmartre, d’abord le 22 octobre 1882, à côté

de Judic, dans _La Princesse_, comédie-opérette de Raoul Toché; le 4

décembre, elle débute officiellement dans _Les Variétés de Paris_,

revue de MM. Blum, Wolf et Raoul Toché. Elle joua cent fois avec

Christian _La Nuit de Noces de P. L. M._, un acte amusant de Fabrice

Carré. Sarah Bernhardt, alors directrice de l’Ambigu avec son fils,

eut besoin d’elle pour créer _la Glu_, drame en cinq actes de Jean

Richepin, où elle parut aux côtés d’Agar et de Lacressonnière. Après

cette apparition sur le théâtre de sa jeunesse, où elle retrouvait,

heureuse, l’acclamation à la sortie des artistes, l’injure dans

la scène antipathique, le succès populaire, elle fut envoyée au

Palais-Royal pour créer, le 9 octobre 1883, _Ma Camarade_, comédie en

cinq actes de Henri Meilhac et Philippe Gille, une des comédies les

plus fines et les plus amusantes du répertoire de ce gai théâtre.

Le succès dramatique de _La Glu_ et celui de _Ma Camarade_ ouvrirent

les yeux des directeurs du Vaudeville. Au nom du trio, Deslandes

offrit un nouvel engagement à Réjane. «Elle allait être l’étoile de

la maison, on savait le parti qu’on pouvait tirer d’elle. Il y avait

dans les cartons une _Madame Bovary_ dans laquelle elle décrocherait

certainement le gros succès. Dumas travaillait, en collaboration, à une

pièce où elle aurait le principal rôle; elle n’avait plus, désormais,

qu’à ne pas perdre confiance et à se laisser conduire.» Ravie, elle

signa et attendit. Ces promesses aboutirent à la reprise des _Femmes

terribles_, une vieille comédie de Dumanoir, qu’elle consentit, pour

rendre service, à jouer avant l’époque où commençait son engagement

(1er décembre 1884), et qui fit une série piteuse de représentations,

et au mauvais, à l’exécrable rôle de Clara Soleil dans la comédie de

MM. Edmond Gondinet et Pierre Civrac (lisez Madame Théodore Barrière).

C’est vraiment, parfois un jeu curieux que le sort d’une entreprise

théâtrale. A ce moment, le Vaudeville allait mal, deux directeurs sur

trois filaient déjà à l’anglaise. Albert Carré devient l’associé de

Deslandes pour la première de _Clara Soleil_, la fortune de la maison

est rétablie: la pièce a cent cinquante représentations. Or, lisez

cette naïve comédie et trouvez les raisons de ce succès démesuré, vous

aurez de bons yeux. L’entrée de son camarade dans la maison ne rend pas

meilleure la place de la comédienne. En 1886, 1887, elle reprend _Le

Club_, elle crée _Allo! Allo!_ comédie charmante, mais en un acte, de

Pierre Valdagne, et _Monsieur de Morat_, et c’est tout. On répète _Le

Conseil judiciaire_, et, pour le rôle principal, qui lui va comme un

gant, on engage Mlle Jane May; explique qui pourra. Dumas travaillait

bien, comme on le lui avait annoncé, à une pièce tirée, par A. Dartois,

de _l’Affaire Clémenceau_, mais le rôle sur lequel elle avait quelque

droit de compter devait servir de début à Mlle de Cerny, qui venait

alors de l’Odéon, et qui y fut, du reste, complètement insuffisante.

Disons, pour être équitable, qu’on offrit à Réjane un rôle dans la

pièce, celui de la Mère de Mme Clémenceau. C’était trop tôt et trop.

Voyant que, décidément, il est impossible d’être prophète en son pays,

elle quitta une seconde fois le théâtre qui l’avait si mal servie. La

jolie lettre qu’elle écrivit alors, du bout de la plume, à ses deux

directeurs! elle voulut se donner la joie de partir sur une épître

bien appliquée; puis, elle resta chez elle, attendant l’occasion.

Elle s’offrit rapidement. Meilhac venait de terminer _Décoré_ pour

Judic. Judic, c’était alors la collaboration A. Millaud presque

imposée, et Meilhac voulait absolument, cette fois, travailler sans

collaborateur, pour enlever sa nomination à l’Académie, où l’on entrait

peut-être moins facilement qu’aujourd’hui. On était en pleine affaire

Limousin-Caffarel, c’était le moment des incidents Wilson et de la

Légion d’honneur; on disait la pièce faite sur ce sujet, on en parlait

d’avance avec des craintes, des pudeurs, des réticences; Judic faisait

la petite bouche, hésitait. Baron, alors associé à E. Bertrand, et qui

était pour que Réjane jouât le rôle, surveillait ses hésitations. Bref,

elle fut engagée à trois cents francs par représentation, et eut la

joie de créer, le 27 janvier 1888, à côté de ses deux camarades Dupuis

et Baron, une des plus jolies comédies du répertoire des Variétés. Ce

succès de _Décoré_, c’était l’Académie pour l’auteur, c’était quelque

chose du même ordre pour la comédienne. Meilhac, bien décidément

Meilhac, sans collaborateur; Réjane était aussi décidément Réjane. La

presse déclarait que sa carrière était fixée dans cette littérature

fantaisiste et délicate. On lui disait: «Tu pourras aller désormais du

Vaudeville au Gymnase, du Palais-Royal et des Nouveautés aux Variétés.

Ce coin du boulevard sera ton domaine, tu prendras place aux côtés des

Judic, des Chaumont et tu n’iras pas plus loin.» On se trompait, elle

devait aller plus loin et plus haut.

Le 21 janvier 1888, dit Porel, qui parle désormais lui-même, Edmond

de Goncourt me lisait, en présence d’Alphonse Daudet, la pièce qu’il

venait de tirer, sur ma demande, de sa _Germinie Lacerteux_, un de

ses plus beaux livres. Daudet était venu pour relayer au besoin son

ami dans cette longue et fatigante lecture. Je vois encore ce petit

salon-bibliothèque d’Auteuil où nous étions, avec ses Moreau le Jeune,

ses Fragonard, sur les murs, ses livres rares à la reliure écarlate

dans tous les coins. J’entends comme si c’était hier, la voix grave

et tremblante d’Edmond de Goncourt. Quand le dernier feuillet fut

tourné, au milieu du silence plein de réflexions qui suit d’ordinaire

ces auditions-là, Daudet demanda quelle femme pourra jouer ce rôle

écrasant, je répondis: Réjane, et j’allai immédiatement aux Variétés

où la comédienne répétait _Décoré_, pour m’entendre avec elle. Elle me

reçut entre deux scènes, nous prîmes un rendez-vous et je rentrai à

l’Odéon n’ayant pas perdu ma journée.

Quand je lui lus l’énorme manuscrit d’Edmond de Goncourt,--la pièce

avait alors deux tableaux de plus,--elle fut effrayée, elle demanda

à consulter, à réfléchir. Le théâtre est une maison de verre: les

amis de l’auteur bavardaient de la distribution rêvée par moi; le

monde et le demi-monde du théâtre s’agitaient; on écrivait à Réjane

des lettres suppliantes pour lui épargner une bêtise (_sic_).

Sarcey dépense toute son éloquence et Raymond Deslandes, directeur

du Vaudeville, m’aborde avec un air navré. «Vous allez faire jouer

à Réjane _Germinie Lacerteux_.--Certainement, si vous ne parvenez

pas tous à l’effrayer.--Mais qu’est-ce que vous comptez faire avec

cette machine-là?--Pour mon théâtre je ne sais pas, mais pour Réjane

certainement un des plus grands succès de sa carrière.» Le geste qui

fut toute la réponse de Deslandes disait clairement: cet homme est fou!

Dès les premières répétitions j’eus la joie délicieuse de l’artiste qui

a enfin en face de lui une interprétation admirable, exacte, appliquée,

infatigable, traduisant la pensée du metteur en scène sans la moindre

hésitation, comprenant tout, analysant tout, disant à merveille, mimant

avec justesse, avec délicatesse, avec esprit, railleuse, attendrie,

variée, elle donnait immédiatement l’idée exacte du personnage.

Elle fut extraordinaire à la répétition générale. Nous avions décidé,

l’auteur et moi, que cette répétition aurait lieu à huis clos, et pour

la censure seulement. Deux spectateurs dans la salle, Pierre Loti qui

partait pour l’Extrême-Orient, et Larroumet envoyé par le ministre

des Beaux-Arts. Au tableau du déjeuner des petites filles chez Mlle

de Varendeuil, celui qui le lendemain eut toutes les peines du monde

à finir, ces messieurs avaient les yeux pleins de larmes. «C’est beau

ce que fait là Réjane, me dit Larroumet. Puis plus bas: la pièce ne

passera pas sans de sérieuses protestations, vous savez!» J’avais

confiance.--Germinie, mais c’est la Dame aux Camélias du peuple avec

un sentiment respectable en plus! répondis-je, le public aimera cette

œuvre sincère.»

Oh! cette première. Salle élégante des grands soirs, bondée jusqu’au

bonnet d’évêque. Public houleux, mal disposé. Des journalistes furieux

de la suppression de la répétition générale, des femmes de théâtre

intriguées par avance du sujet, qu’elles ne connaissaient pas,

quelques potinières littéraires déclarant tout haut leur intention de

manifester; le Dr Charcot et sa famille avaient emporté des sifflets

à roulettes pour bien donner leur opinion. Les cafetiers du quartier

mécontents de la suppression des cinq entr’actes habituels,--l’affiche

en annonçait deux seulement,--protestaient à la claque, avec un

personnel à eux, contre ce changement des traditions courantes qui

gênait la vente des cinq bocks accoutumés. Ce public, plutôt mêlé,

déclarait d’avance, dans les couloirs la pièce impossible. Oh, ces

couloirs de premières, quelle collection d’âneries haineuses on peut

ramasser là!

Le rideau se lève, Réjane fait son entrée: avec ses bras rouges de

laveuse de vaisselle, dans sa toilette de bal de vraie bonne, elle

est étonnante de vérité; elle tourne sous les yeux de sa maîtresse

ravie, rougissante; ce jeu de scène plaisant et juste est applaudi.

Au tableau des fortifications, quelques siffleurs scandent la scène

de la grande Adèle; puis Réjane, si joliment chaste, joue son idylle,

son triste et pudique abandon si bien que la salle ravie éclate en

bravos et que la toile se relève deux fois. Les siffleurs et les

applaudisseurs (parmi lesquels on remarque des ministres et leurs

femmes) se tâtent au tableau de la Boule Noire, s’attaquent dans

celui de la ganterie, sont aux mains au dîner des petites filles. On

ne veut pas entendre le récit de Mme Crosnier, elle s’embrouille,

perd la tête, recommence, on crie tout haut: Au dodo les enfants! on

rit, on siffle. Sans Réjane, la pièce, là, sombrait à pic; un geste,

un cri poignant, sincère, la salle est retournée. On l’applaudit,

on la rappelle encore. Entr’acte. Dans la salle, le vent souffle en

tempête. Antoine, indigné des ricanements de ses voisins, lance cette

apostrophe: «Gueux imbéciles!» On se montre le poing, on échange des

provocations, on siffle, on applaudit. C’est dans cette atmosphère que

commence le tableau de la crémerie. Quand Réjane, triste, dans son

pauvre châle sombre, entre apporter à Jupillon l’argent du rachat de sa

conscription, le silence devient tout à coup profond dans la salle.

D’une voix faible, remuant les entrailles, elle dit en s’éloignant: «Tu

me rendras cet argent... pas plus que l’autre, mon pauvre ami, pas plus

que l’autre», c’est une transformation du public. Elle est rappelée,

acclamée par toute la salle. Acclamée encore à la chute du rideau de

la rue du Rocher. La jolie trouvaille qu’elle a faite, dans la scène

de l’hôpital, de cette toux qu’elle a seulement quand elle parle des

choses d’amour, bouleverse les femmes, elles pleurent, elles battent

des mains. Les deux derniers tableaux, sans elle, peuvent s’achever

maintenant dans le bruit mêlé des applaudissements et des huées,

qu’importe! La pièce d’Edmond de Goncourt vivra désormais plus d’un

soir, Réjane est désormais aussi une grande comédienne.

Sardou, qui assistait à la première représentation de _Germinie

Lacerteux_, écrivit une lettre charmante à Réjane pour la féliciter

et pour lui dire qu’il venait de terminer sa comédie _Marquise_, pour

elle, qu’elle n’avait plus qu’à fixer ses conditions au directeur du

Vaudeville. Deslandes avait eu raison de ne pas aimer _Germinie_, elle

allait lui coûter cher. Réjane était partie du Vaudeville avec 18.000

francs d’appointements, deux ans auparavant, elle y rentrait, de

par la loi du succès, à 300 francs par représentation. «C’est cher,

les grisettes,» disait le bon Deslandes avec un sourire. _Marquise_

avait un premier acte délicieux. Réjane y fut charmante, gaie, et

spirituelle, habillée à ravir; c’est encore une partie de son talent,

le soin, la patience qu’elle met à chercher, à essayer jusqu’au dernier

moment, la robe, le chapeau, les bijoux, jusqu’à la chaussure et au

linge du personnage qu’elle doit représenter. La pièce de Sardou n’eut

qu’un demi-succès. Une reprise de _la Famille Benoîton_, où elle joue

cent fois le rôle créé par Fargueil, fut plus heureuse à l’Odéon. Elle

aborda alors le vieux répertoire par Suzanne du _Mariage de Figaro_ et

le répertoire immortel de Shakespeare avec la Portia du _Marchand de

Venise_, dans _Shylock_, l’adaptation délicate et supérieure du poète

Ed. Haraucourt. L’influenza qui sévissait sur Paris atteignit Réjane et

la pièce qui disparut de l’affiche après soixante représentations. Elle

rentra à l’Odéon, dans _la Vie à Deux_, comédie-vaudeville en trois

actes de M. Henry Bocage et M. de Courcy, qui réussit comme réussissent

toujours ces aimables pièces.

Nous avions arrangé avec E. Bertrand, alors directeur des Variétés,

que Réjane partagerait ses représentations en deux parties égales. Elle

clôtura la première à l’Odéon, le 31 mai; elle reparut pour la seconde

en octobre, boulevard Montmartre. Meilhac avait promis le manuscrit

de sa pièce nouvelle pour ce moment-là, mais Meilhac n’était pas

prêt. Elle accepta en l’attendant de créer _Monsieur Betsy_, comédie

en quatre actes de MM. Paul Alexis et Oscar Méténier. Dupuis, Baron

et Réjane donnèrent à cette pièce originale et cruelle une puissance

de comique tout à fait supérieure. Elle, en écuyère du cirque,

robe de chambre hongroise en drap rouge, chamarrée de brandebourgs

noirs, bottée, la raie de côté, les cheveux collés à l’eau sucrée,

la cigarette aux lèvres, les bras chargés d’innombrables bracelets

porte-bonheur, donnait l’agrément délicieux de la vérité pittoresque.

Le 27 octobre 1890 première représentation de _Ma Cousine_, comédie en

trois actes de Henri Meilhac. Ce fut le jour de la répétition générale

de cette jolie œuvre que Paris s’aperçut des progrès extraordinaires

que Réjane avait faits en quelques mois. En jouant dans une vaste

salle, un rôle ample et dramatique, son jeu s’était élargi, ses

nervosités s’étaient calmées, sa voix s’était posée, son articulation

était devenue d’une netteté rare. Elle qui mourait d’inquiétude à

chaque nouvelle création, était calme maintenant, sûre d’elle, presque

indifférente. Elle sentait l’autorité qu’elle avait conquise; elle

tenait le public au bout de ses doigts. Dans _Décoré_, dans _Monsieur

Betsy_, elle formait avec ses partenaires un trio remarquable. Dans

_Ma Cousine_, elle fut supérieure en tous points à ses camarades.

L’auteur lui avait donné à vaincre cette difficulté: jouer un acte

de trois quarts d’heure sans quitter sa chaise longue, elle sut en

tirer un succès et faire, de ce petit meuble, une sorte de théâtre

minuscule, elle amenuisa ses inflexions, ses gestes, ses mines, elle

fut pétillante d’intelligence et d’esprit. Le deuxième acte, avec

sa pantomime du milieu, obtint un succès éclatant. En répétant cet

intermède, elle sentait bien que la pièce était un peu mince pour le

cadre fantaisiste et bruyant des Variétés. La musique, composée par

Massenet, était délicieuse mais ne s’enlevait pas en gaieté, il fallait

le piment, l’éclat d’Offenbach au milieu, un peu d’Offenbach aussi dans

la verve des acteurs; elle s’ingénia, chercha, elle fut inquiète et

nerveuse jusqu’à ce qu’elle eût trouvé le point brillant qui manquait

là. Rochefort avait baptisé une danseuse du Moulin rouge du nom

harmonieux de _Grille d’Égout_. C’est avec cette jeune personne que

Réjane étudia, quinze jours durant, la danse canaille et spirituelle

qu’elle allait aborder dans la comédie. Quand, à la répétition, elle

essaya pour la première fois le «chahut» devant Meilhac, il voulut le

supprimer de la pantomime, Réjane tint bon. Elle travailla encore à le

mettre au point comme pour une danse noble et compliquée. Elle avait vu

juste, ce clou donna au deuxième acte un éclat particulier; par trois

fois, sous les rires et les bravos de la salle, elle dut recommencer

cette parodie de Grille d’Égout.

_Ma Cousine_ remplit la salle des Variétés pendant six mois, d’octobre

1890 à avril 1891. Pendant qu’elle donnait sur le boulevard la

sensation d’une comédienne arrivée au plus haut point de sa réputation,

elle travaillait encore, à l’Odéon, à accroître son talent en répétant

_Amoureuse_, de M. G. de Porto-Riche. Ce que Desclée avait fait dans

les pièces de A. Dumas, ce que Sarah avait montré dans celles de

Sardou, ce que la Duse présenta aux Parisiens dans son répertoire,

enfin ce qu’on vit de rare et de supérieur en ces vingt dernières

années, Réjane l’égala dans cette création incomparable. Amoureuse,

tendrement amoureuse, depuis la pointe de ses petits pieds jusqu’à la

courbe de ses épaules, les regards doucement troublés, la voix qui

frémit, qui caresse, qui soupire, toutes les nuances dont est composé

ce personnage délicieux furent rendues par elle avec une largeur, une

justesse, une variété, une vérité dont je n’ai jamais vu l’équivalent.

_Amoureuse_ n’obtint pas tout de suite le succès qu’elle méritait, la

presse chicana son plaisir, fonça sur le troisième acte moins brillant.

Heureusement les œuvres fortes peuvent attendre: à chaque reprise qu’en

fit Réjane, en 1892, au Vaudeville, en 1896 et en 1899, elle eut la

joie de voir les critiques tomber, disparaître comme nuées d’orage,

pour faire place à la louange sans réserve, à l’accueil unanimement

admiratif.

En l’année théâtrale 1891-1892, elle fit encore la navette entre les

Variétés et l’Odéon. Sur la rive gauche, en plus d’_Amoureuse_, reprise

pour les débuts de Guitry, elle mit à son répertoire _Fantasio_,

d’Alfred de Musset; sur la rive droite, elle commença la saison par

une reprise de _la Cigale_, elle la termina avec _Brevet supérieur_,

la dernière comédie donnée par Henri Meilhac au théâtre de ses

nombreux succès. Pauvre Meilhac! il avait eu toutes les peines du monde

à finir sa pièce, la donnée était un peu triste pour les Variétés;

il le sentait, il perdait confiance, il voulut même, aux dernières

répétitions, reprendre son manuscrit; il était troublé, énervé,

inquiet. Réjane, désolée, offrit d’abandonner ses représentations; lui

voulait payer son dédit, donner 30.000 francs d’indemnité à Samuel,

enfin il était dans un état d’esprit lamentable. «Vous êtes fou, cher

patron, dirent affectueusement le directeur et la comédienne, vous

aurez du succès, nous en répondons.» Ils ne se trompaient heureusement

pas. _Brevet supérieur_ fit deux mois de bonnes recettes. Meilhac fit

encore pour Réjane deux petits actes charmants: _Villégiature_, qui

fut donné aux spectacles d’abonnement du Vaudeville, et _Miguel_.

Il travaillait à _La Normande_, une comédie en trois actes, dont le

premier était seul achevé quand il lui écrivit cette dernière lettre:

Ce qui est incontestable, ma chère Réjane, c’est que vous

êtes la première comédienne de ce temps. Et cela me donne une

furieuse envie d’écrire pour vous la plus jolie comédie du

mois dans lequel elle sera jouée,--une comédie sans patois ni

déguisement.--En attendant, comme j’en ai commencé pour vous

une avec patois et déguisement, je vais tâcher de la finir et

j’irai vous voir lundi 22 novembre, à deux heures.

Je vous embrasse.

H. MEILHAC.

La mort anéantit tous ces beaux projets.

Les rôles que Meilhac ne pouvait plus faire à Réjane, un autre allait

les écrire; un esprit original et délicat, un écrivain brillant,

railleur et souple, achevait pour elle _Lysistrata_.

J’avais quitté l’Odéon, mon cher et honnête Odéon, pour créer, à côté

de l’Opéra, un «grand théâtre» de comédie et de drame à spectacle, avec

Réjane pour étoile. L’idée était excellente, les recettes l’ont bien

prouvé, mais, pour qu’elle réussit, il fallait une salle confortable,

élégante, digne de ce coin vivant de Paris, il me fallait la salle que

l’on m’avait louée sur les plans que j’avais approuvés; combien fut

différente celle qu’on me livra! Un Sioux à l’Exposition universelle,

dans la Galerie des Machines, un dimanche, donnerait assez l’idée

de ma stupéfaction devant le théâtre qu’on m’abandonnait inachevé,

disproportionné, manqué en toutes ses parties. J’étais dans le

désespoir.

Le 23 novembre, le «Grand Théâtre» ouvrit ses portes avec _Sapho_,

d’A. Daudet et A. Belot. Un théâtre nouveau à Paris, c’est toujours

un grand événement; le public élégant accourut en foule. Nous avions

demandé aux spectatrices de venir en toilette d’opéra, elles avaient

gentiment consenti. Par une brise glaciale, sifflante, dans cette salle

impossible à chauffer, les hommes, le collet du pardessus relevé,

les femmes les épaules nues, frissonnantes, tenant bon pour montrer

leurs toilettes claires et fleuries, formaient une réunion plutôt mal

disposée. Le talent de Réjane arrangea toutes choses. Elle retint

l’attention, calma la mauvaise humeur, provoqua l’applaudissement,

arracha le succès. Si la comédie de _Sapho_ reparaît un soir avec elle

sur une affiche, je recommande aux amateurs de belles interprétations

dramatiques: son entrée au premier acte, la grande scène de dispute

qui finit le troisième acte, son quatrième acte, qu’elle n’acheva

jamais sans une crise de nerfs, enfin le cinquième acte, où toutes les

lassitudes, les duplicités de la femme sont rendues avec des regards,

des silences, une mimique d’une extraordinaire intelligence. Ce fut un

concert d’éloges dans toutes les presses. Daudet, enthousiasmé, lui

dédia la brochure de la pièce dont elle venait de prendre possession

d’une façon si triomphante.

Gaie, infatigable, Réjane fut alors une collaboratrice admirable;

tous les soirs elle jouait de toutes ses forces le rôle écrasant

de Sapho; tous les jours, elle répétait _Lolotte_, la cérémonie du

_Malade imaginaire_, dont, avec l’aide de Saint-Saëns, je venais de

reconstituer le curieux spectacle, étudiait et apprenait _Lysistrata_.

Ce début de Maurice Donnay, cette comédie de _Lysistrata_ fut vraiment

un spectacle rare et délicieux. Le jeu des acteurs, la musique, la

danse, les décors et les costumes furent dignes de l’œuvre et du poète.

Le deuxième acte, par Réjane et Guitry, quelle merveille de grâce,

d’esprit, d’ironie railleuse et tendre! quand, à la dernière scène, la

belle voix d’Agathos rythme ces jolis vers amoureux, accompagnés par

les harpes et les flûtes:

Viens, l’inflexible Eros, tendant son arc flexible,

Vise le cœur des amantes et des amants,

Et dans cette éternelle et pantelante cible

Plante ses flèches aux pointes de diamants.

La nature n’est plus qu’un immense hyménée.

La fleur de la forêt et la fleur du tombeau

Aimeront cette nuit: la caresse ajournée

Est sacrilège; oh! Vois là-haut c’est le flambeau

D’hymen; ne tremble plus, ô ma Lysis... Je t’aime.

Lorsque, à la dernière scène, Lysistrata, pâmée, dans le bleu rayon de

la lune, gravit les marches du temple de Vénus, une acclamation de la

salle entière salua longuement l’œuvre nouvelle et son interprétation

supérieure.

A la comédie de Maurice Donnay, qui remplit la salle de la rue

Boudreau pendant cent représentations, devait succéder certaine

_Madame Sans-Gêne_, qui fit et fera parler d’elle dans le monde

longtemps encore. Pour ne pas déflorer la pièce, les auteurs lurent

d’abord le prologue aux comédiens, puis on la répéta dans son décor.

Sardou, reposé depuis _Thermidor_, depuis l’injuste interdiction de

_Thermidor_, tint, le premier jour, quatre heures, des acteurs à

l’avant-scène. Réjane, admirant, ne sentit la fatigue que chez elle.

Une création dont on commençait, depuis quelques semaines, à soupçonner

l’importance sous l’habile draperie de _Lysistrata_, la força de

s’aliter.

Elle cessa les répétitions de _Madame Sans-Gêne_ et ne les reprit que

six mois après, en septembre, au Théâtre du Vaudeville, où, après

la fermeture du «Grand Théâtre», la pièce passa avec le directeur

qui l’avait reçue et préparée. Associé avec M. Carré, j’eus la joie,

un peu amère, d’apporter au théâtre de la Chaussée d’Antin et à ses

actionnaires le galion que j’avais monté et équipé.

Le succès des Mémoires du général Marbot avait fait éclore une

génération spontanée d’ouvrages sur l’Empereur et l’Empire. Ce

mouvement littéraire tout anecdotique donna à l’industrie de la

curiosité parisienne une mine qu’elle exploita avec ardeur.

Les compacts meubles d’acajou relevés de bronzes solides et éclatants,

les lourdes étoffes de soie à ramages verts et rouges, les armes

de toutes sortes, fusils damasquinés, sabres d’honneur, pistolets

argentés, ciselés, les uniformes, les plumets, les casques gigantesques

sortirent des greniers, des armoires, des fonds de boutiques, pour

reparaître triomphalement au grand jour des devantures, ce fut comme

une nouvelle invasion militaire. Très illustre collectionneur, Sardou

sentit l’occasion de donner sa note personnelle dans ce mouvement

napoléonien, et, en collaboration avec E. Moreau, il fit _Madame

Sans-Gêne_.

Il m’avait dit souvent: «Je voudrais trouver, pour Réjane, un rôle

dans une aventure du XVIIIe siècle.» C’est avec cette idée-là dans

l’esprit que, certainement, il écrivit le joli prologue de sa comédie,

ce tableau souriant d’une tragique révolution. Le nez au vent, le

front bombé égayé par les sourcils arqués si particuliers des petites

paysannes de Greuze ou du père Boilly, habillée d’une robe ancienne,

coiffée d’un bonnet de deux sous trouvé chez un antiquaire, la fleur

pourpre au corsage, le rire clair sonnant sur tout cela, Réjane, dans

ce tableau de la Blanchisserie, fut, de la tête aux pieds, la petite

femme de Paris qu’ont si bien rendue les croquis de Saint-Aubin,

de Debucourt et de Duplessis-Bertaut. Elle enleva le succès sans

hésitation, à la baïonnette. A Compiègne, à l’acte suivant, dans

le salon de réception de Catherine, devenue maréchale de France et

duchesse de Dantzig, elle sut, avec un art spirituel et délicat, donner

l’impression de la paysanne parvenue en restant la femme désirable du

prologue. Cette nuance était importante à bien indiquer pour la durée

du succès. Le public n’aime pas, en général, vivre toute une soirée

avec une mère noble. Après la grande scène du troisième acte, héroïque

et gaie comme une fanfare militaire, entre Napoléon et Catherine; après

l’ingénieux quatrième acte, l’impression de tous fut que la comédienne

et la pièce étaient liées pour d’innombrables représentations. _Madame

Sans-Gêne_ rétablit la fortune du théâtre, fit pénétrer plus avant le

nom de Réjane dans la masse profonde du public, consacra définitivement

sa popularité. En Belgique, en Angleterre, en Amérique, en Allemagne,

en Hollande, en Russie, en Autriche, en Roumanie, en Italie, en

Espagne, en Portugal, partout où elle joua cette heureuse pièce, elle

obtint le même éclatant succès. _Madame Sans-Gêne_ fut traduite dans

toutes les langues, jouée sur tous les théâtres d’Europe; à Berlin, on

la donnait le même soir dans trois théâtres à la fois; à Londres, le

plus grand artiste de l’Angleterre, Sir Irving, la joua lui-même sur

son beau théâtre, et la chose ne manquait pas de piquant, d’entendre

Napoléon gronder en anglais. On fait des meubles, des étoffes, des

bijoux, des bonbons, du papier, jusqu’à de la vaisselle, à la _Madame

Sans-Gêne_.

En jouant tous les soirs, pendant des années, le même personnage, le

talent du comédien risque de prendre des habitudes, un pli, de perdre

son originalité; son art devient un métier brillant, contre lequel

il est utile qu’il réagisse. Réjane sentit et évita cet écueil par

un travail incessant. L’année 1894, qui fut l’année la plus heureuse

du théâtre du Vaudeville, fut certainement pour elle l’année où elle

étudia le plus. Pour les spectacles d’abonnement des lundis et des

vendredis, importés de l’Odéon, elle mit au point: une reprise de _La

Parisienne_, de Becque; _Villégiature_, un acte charmant de Henri

Meilhac; elle joua _Les Lionnes pauvres_, d’Emile Augier, et composa

avec une variété, une vérité, une puissance dramatique admirables la

Norah, d’Ibsen (_Maison de Poupée_, traduction du comte Prozor), et

cela, en jouant, sans une défaillance, tous les autres soirs et deux

fois les dimanches, _Madame Sans-Gêne_.

_La Parisienne_, créée avec succès au théâtre de la Renaissance, sous

l’intelligente direction Samuel, venait d’échouer misérablement à la

Comédie-Française. Réjane, qui aimait passionnément cette belle pièce,

qui l’avait présentée inutilement à Raymond Deslandes, qui l’avait

jouée, dans le salon de Mme Aubernon, pour la joie des artistes, était

exaspérée de cet insuccès, elle n’y tenait plus, c’était comme une

affaire personnelle, elle voulait, pour l’auteur, une revanche; elle

l’obtint, éclatante, le 18 décembre 1893.

_Maison de Poupée_, annoncée sur mon programme de l’Odéon dès 1890,

parut sur l’affiche du Vaudeville le 20 avril 1894. Comme pour les

œuvres étrangères, et les pièces françaises, du reste, la presse fut

partagée en deux camps, ceux qui ne veulent pas toujours comprendre

et ceux qui comprennent trop vite. Toute la colonie scandinave fut

là, le célèbre Thaulow passa la nuit pour peindre des tableaux au

décor; le grand compositeur Grieg apporta, pendant un entr’acte, une

couronne à la Norah française. Enfin, la pièce, qui ne devait se

donner qu’en abonnement, fut reprise et se joua tous les soirs, avant

le départ de Réjane pour le Nouveau Monde. Car il arriva alors ce qui

arrive toujours aux actrices hors pair. Grau, le grand impresario

américain lui offrit un traité de deux cent mille francs pour cent

représentations. Elle refusa longtemps, elle craignait l’éloignement,

étant de Paris et l’aimant jusque dans ses verrues; mais elle avait

deux enfants; avec sa vie de grande artiste, la main ouverte et le

goût curieux, elle dépensait sans compter, elle se dit que trois mois

passent vite, en somme, et que, étoile maintenant, il lui fallait

élargir son horizon. A New-York, devant ce public, parisien comme

celui de la Chaussée-d’Antin, elle obtint le plus éclatant succès.

Elle fut rappelée, comme il convient, quinze ou vingt fois par soirée.

Elle dit «je reviendrai» en anglais, le jour de la dernière, avec,

autour d’elle, des gerbes de fleurs amoncelées. A Washington, à

Philadelphie, elle fit ce qu’ont fait presque toutes les tournées

dans ces deux villes, beaucoup d’effet et peu d’argent. Elle eut des

salles magnifiques à la Nouvelle-Orléans, de moins belles à Saint-Louis

et à Chicago. A Montréal, on lui fit l’accueil le plus touchant, le

plus français. A Boston, pendant deux semaines, elle goûta la joie

vive d’avoir un public nombreux, délicat, comprenant à ravir toutes

les finesses de notre littérature théâtrale, applaudissant aux bons

endroits. Elle revint par Londres, où, avec _Madame Sans-Gêne_, elle

remplit la salle de Garrick-Theatre, pendant de longs soirs encore,

puis rentra dans sa petite maison fleurie d’Hennequeville, goûter la

joie d’un repos bien gagné.

* * *

Comme les planètes, les «étoiles» dramatiques ont leurs mouvements

réglés, leurs déplacements prévus. Notons, de 1895 à 1899, ceux de

Réjane, et donnons la nomenclature de ses diverses créations; il

nous a semblé inutile d’entrer, à ce sujet, dans le détail de ces

représentations, estimant qu’elles sont encore présentes à l’esprit des

lecteurs.

Loges et coulisses · 第 16 / 162 题