Le général prussien Timpfler

La nuit était sombre; des nuages noirs, tout chargés d'électricité,

voilaient le ciel d'un point de l'horizon à l'autre. La brise mugissait

sourdement dans les cordages, se mêlant au clapotement continu des

lames sur les flancs du navire.

L'_Épervier_ courait lourdement au plus près du vent et ne portait,

pour toute voilure, que ses huniers avec deux ris, son petit foc et sa

brigantine.

Au moment où le timonier piqua sur la cloche les deux coups doubles qui

signifiaient dix heures, le capitaine Legoff monta sur le pont.

Il était vêtu d'un épais caban; une ceinture de cuir, dans laquelle

étaient passés un sabre, un poignard, deux revolvers à six coups et une

hache, lui serrait la taille. Un manteau était jeté sur ses épaules,

et un chapeau de feutre, à larges bords rabattus sur les yeux, cachait

complètement son visage.

Ses ordres avaient été exécutés à la lettre, avec cette minutieuse

ponctualité que maître Pécou apportait à tout ce qui touchait le

service.

Les filets d'abordage étaient tendu au-dessus des lisses, et les

manœuvres courantes bossées comme pour un combat.

A la coupée de tribord, la chaloupe se balançait avec ses dix hommes

armés jusqu'aux dents et assis sur leurs bancs, tenant hauts et prêts

à tomber leurs avirons dont les portants avaient été garnis de laine,

ainsi que les dames dans lesquelles ils s'emboîtent, afin d'étouffer

autant que possible le bruit de la nage et déjouer la vigilance des

Mexicains.

--C'est bien, dit le capitaine après avoir jeté un regard sur tous ces

préparatifs; partons, enfants.

Et après avoir serré affectueusement la main du maître, en lui

renouvelant ses recommandations en cas de malheur, il descendit dans

l'embarcation, s'assit à l'arrière, saisit la barre du gouvernail et

dit à voix basse:

--Pousse!

A cet ordre, un matelot qui, au moyen d'une gaffe passée dans une

chaîne de hauban, maintenait péniblement la chaloupe accostée le long

du bord, largua le navire; les avirons tombèrent ensemble à L'eau, et

le canot déborda.

Lorsqu'il eut disparu dans la brume, maître Pécou courut à toutes

jambes à l'arrière du brick, et se penchant au dehors.

--Es-tu là? demanda-t-il.

--Oui, répondit une voix.

--Sois paré, poursuivit le vieux marin.

Et s'adressant au lieutenant qui l'avait suivi.

--Maître Govic, vous allez faire mettre le brick sur le mât; surtout

n'orientez pas avant mon retour.

--Comptez sur moi.

--Convenu. Embarque en double, les lascars!

Une dizaine de matelots, qui de même que ceux qui étaient partis

d'abord, portaient sabres, fusils, revolvers et haches, s'affalèrent

les uns après les autres par un bout de filin qui pendait au dehors

du gaillard d'arrière, et se placèrent au fur et à mesure dans une

embarcation que maître Pécou avait fait préparer et dont il prit le

commandement.

Lorsque tout son monde fut à bord, il largua l'amarre et mit le cap sur

la péniche du capitaine, dont il connaissait à peu près la direction,

en disant de temps en temps à ses canotiers, pour les exciter à nager

vigoureusement:

--Souque, garçon, souque un coup!

Et il ajoutait, en mâchonnant son énorme chique avec un sourire

narquois:

--Plus souvent que je le laisserai aller se faire casser la figure par

ces brigands de sauvages! Ils sont sournois comme tout, ces caïmans-là.

A l'époque où se passe notre histoire, Macapula, malgré sa position

avantageuse au fond d'une baie et à l'embouchure d'une rivière, et

presque à l'entrée du golfe du Mexique, n'était encore qu'une misérable

bourgade habitée par des pêcheurs.

Les Espagnols, auxquels l'importance de cette situation n'avait pas

échappé, avaient projeté d'y établir un port considérable. Déjà même

ils avaient entrepris certains travaux qui furent arrêtés par la

révolution mexicaine, puis complètement abandonnés, et Macapula, qui

était un instant sorti de sa léthargie séculaire, retomba pour toujours

peut-être dans l'oubli.

Dès qu'il eut quitté son brick, le capitaine, laissant sur la gauche un

groupe de récifs dont il avait, pendant le jour, exactement relevé le

gisement, mit le cap un peu au vent de la pointe de la baie, endroit où

il espérait probablement débarquer en sûreté.

Après environ trois quarts d'heure de nage, une ligne noire commença à

se dessiner vaguement à l'avant de la péniche.

Le capitaine fit signe à ses hommes de rester un instant sur leurs

avirons, et saisissant une longue-vue de nuit, il examina attentivement

les gisement de la côte.

Au bout de deux ou trois minutes d'inspection, il repoussa les tubes

de sa lunette les uns dans les autres avec la paume de la main, et fit

continuer la route.

Tout à coup, la quille de la péniche s'engrava fortement dans le sable.

On avait touché terre.

Le capitaine explora d'un coup d'œil les environs; puis les matelots

débarquèrent, ne laissant qu'un homme à la garde de la chaloupe, qui

poussa immédiatement au large, afin de ne pas être, en cas de surprise,

capturée par l'ennemi.

Tout était tranquille, et un silence profond régnait sur cette côte, en

apparence déserte.

Lorsqu'il eut reconnu le terrain, autant que cela lui était possible et

qu'il se fut assuré que provisoirement il n'y avait rien à craindre,

le capitaine fit cacher ses hommes derrière les rochers de la plage,

et il s'avança à la découverte, un revolver d'une main et une hache de

l'autre, s'arrêtant à chaque pas pour regarder avec soin autour de lui

ou pour écouter ces mille bruits sans cause apparente, qui, la nuit,

troublent le silence sans qu'on puisse deviner d'où ils viennent ni ce

qui les produit.

Parvenu à cent cinquante mètres à peu près de l'endroit où il avait

débarqué, Loïck s'arrêta et commença à siffler doucement les premières

mesures d'une zanbacueca mexicaine qu'il avait souvent entendu chanter

à Mazatlán.

Un sifflet répondit au sien, et acheva l'air qu'il avait à dessein

interrompu après les premières mesures.

Des pas se firent entendre, et un homme se montra.

Cet homme était le chef indien, qui quelques jours auparavant avait

apporté à San Francisco au capitaine la lettre de Frédérique Milher.

Loïck eut peine à le reconnaître.

Ce n'était plus le sauvage Peau-Rouge aux peintures sinistres, drapé

dans une robe de bison, portant le tomahawk à la ceinture et le fusil

sur l'épaule.

L'homme qui se trouvait en ce moment devant lui était un blanc. Il

avait des traits intelligents et hautains, portait fièrement la tête.

Ses gestes étaient empreints d'une certaine noblesse, et l'élégant

costume de ranchero mexicain dont il était revêtu lui donnait une

tournure distinguée.

En un mot, il était complètement métamorphosé.

Loïck ne put s'empêcher de lui témoigner sa surprise d'un tel

changement.

--Ici nous sommes au Mexique, répondit l'inconnu d'une voix brève. Les

déguisements sont inutiles. D'ailleurs, qu'importe qui je suis, si je

vous sers fidèlement?

--C'est juste, fit le capitaine. Guidez-moi.

--Où sont vos hommes?

--Tout près d'ici.

--Faites-les venir; nous n'avons pas une seconde à perdre.

Le capitaine frappa deux coups dans ses mains; au bout d'un instant,

les matelots l'avaient rejoint.

--Maintenant, où est celle que nous devons enlever? demanda Loïck.

--Dans une hacienda, à un quart de lieue d'ici au plus; je vais vous y

conduire.

--Écoutez, mon maître, dit le capitaine en lui appuyant fortement la

main sur l'épaule, je ne sais point qui vous êtes, et je ne veux point

le savoir; mais vous changez avec trop de facilité de costume, de

couleur, de manières et de langage, pour que je ne vous doive pas un

avertissement: à la moindre apparence de trahison, je vous fais sauter

la cervelle. Vous êtes averti. Partons.

--Vous êtes un niais, répondit l'inconnu en haussant les épaules; si

j'avais l'intention de vous trahir, ce serait déjà fait. Vous voulez

enlever votre fiancée; moi, je veux me venger de mon ennemi. Pour

réussir, j'avais besoin de vous comme vous avez besoin de moi. Ma

haine vous répond de ma fidélité à vous servir. Venez.

Et sans ajouter un mot, il se mit à la tête de la petite troupe, qui

s'engagea sur ses pas dans un chemin profondément encaissé entre deux

collines, où elle ne tarda pas à disparaître.

Pendant que les incidents que nous rapportons se passaient sur la

plage, deux personnes, un homme et une femme, réunis dans un salon

assez richement meublé, avaient entre elles une conversation qui, à

voir l'expression enflammée de leurs visages, devait être des plus

orageuses.

Une de ces personnes, que nous connaissons déjà, était Frédérique

Milher.

La jeune fille était pâle. Elle paraissait souffrante. Ses traits

fatigués et ses yeux rougis montraient qu'elle avait abondamment pleuré.

L'autre était un homme de 60 ans à peu près, d'une taille haute et

musculeuse. Sa physionomie était dure, sombre et cruelle. Il avait

la lèvre railleuse et le regard cynique. Son front déprimé, ses yeux

rapprochés du nez et ses pommettes saillantes lui donnaient une

certaine ressemblance avec la race féline.

Ce sombre personnage était le général Timpfler, oncle maternel de la

jeune fille.

Il portait un magnifique uniforme d'officier supérieur mexicain, et

marchait à grands pas dans l'appartement, en mordillant sa moustache

grise et en faisant résonner avec colère ses éperons sur le parquet.

--Prenez garde, Frédérique, dit-il en s'arrêtant vers sa nièce,

vous savez que je brise qui me résiste. Pour la dernière fois,

consentez-vous à me dire pourquoi ces refus continuels?

--Qu'ai-je besoin de vous en faire connaître la raison, mon oncle?

--Ne m'appelez pas ainsi, Frédérique! interrompit le général en

frappant du pied avec fureur.

--Mais comment voulez-vous que je vous nomme? N'êtes-vous pas le frère

de ma mère!

--Je ne veux pas que vous me nommiez votre oncle.

--J'obéirai, monsieur.

--Oh! Cette femme me rendra fou! s'écria le général en fermant les

poings.

--Qu'ai-je donc fait encore? dit Frédérique avec un étonnement ironique.

--Rien, rien.

Et il reprit sa marche convulsive dans l'appartement.

--Vous me haïssez donc bien? fit-il tout à coup.

Frédérique haussa les épaules en détournant la tête.

--Répondez! s'écria-t-il en lui saisissant le bras avec violence et le

lui serrant dans sa main nerveuse.

--Je croyais, dit-elle avec douceur, que vous vous contentiez de faire

infliger la torture à vos victimes, sans descendre vous-même au rôle

de bourreau. Tenez, reprit Frédérique, toute cette comédie me fatigue.

Aussi bien faut-il en finir. Je sais que vous avez résolu de vous

porter envers moi aux dernières extrémités si je ne consens pas à

vous épouser. Eh bien, mon oncle, je vais vous dévoiler ma pensée tout

entière.

Et se levant, elle fixa sur lui un regard clair et provocateur et

continua:

--Après tout, que m'importe la mort? Mieux vaut mourir que de souffrir

ce que j'endure ici. Vous me demandez si je vous hais. Non, je ne vous

hais pas, mon oncle, je vous méprise!

--Silence, malheureuse!

--Non, je ne me tairai pas! Je veux tout vous dire, enfin. Oui, je vous

méprise parce que vous me torturez lâchement, moi, orpheline dont vous

êtes le parent le plus proche et dont vous vous êtes fait le bourreau,

parce que vous êtes un homme sans âme qui ne rougissez pas de proposer

à la fille de votre sœur de l'épouser, afin de la dépouiller de la

fortune de son père, que vous avez assassiné.

--Frédérique! Frédérique! cria le général d'une voix terrible, en

faisant un pas vers elle.

--Oh! Menacez, continua-t-elle avec éclat; ne sais-je pas que tout est

préparé pour mon supplice? Appelez vos peones, mon maître; faites-moi

fouetter, mais jamais, entendez-vous, jamais je ne serai votre femme!

Vous êtes Prussien, malgré le costume mexicain dont vous êtes affublé;

moi, je suis Alsacienne. J'aime un de mes compatriotes, un Français,

qui, si vous ne me tuez pas, viendra me délivrer.

--Oh! C'en est trop! murmura le général d'une voix basse et

inarticulée. Tant d'audace ne restera pas impunie. Ah! Tu comptes,

pour m'échapper, sur tes fanfarons compatriotes; mais ils sont loin,

fit-il avec un rire amer. Nous sommes en sûreté, entends-tu, et demain

tu seras ma femme.

--Jamais! s'écria la jeune fille avec exaltation.

Et se précipitant vers le général, elle lui arracha une de ses

épaulettes et l'en frappa au visage.

--A moi! cria le général au paroxysme de la fureur.

Deux peones entrèrent.

--Saisissez cette femme, dit le général d'une voix brève. Qu'on la

traîne dans la cour, et qu'elle reçoive immédiatement cent coups de

fouet devant tous les peones réunis.

Frédérique le regarda avec mépris, sans daigner lui répondre, et fut

se placer entre les deux hommes, atterrés de l'ordre barbare qu'ils

recevaient, car cent coups de fouet pour cette femme, ils le savaient,

c'était la mort.

Sur un signe du général, la jeune fille fut conduite dans une cour; et

là, sans pitié, sans respect pour sa pudeur de femme pure et chaste, on

la dépouilla brutalement de ses vêtements, de la ceinture en haut, et

on l'attacha par les poignets à un poteau, les seins et les épaules nus

et livrés aux regards de tous.

Il y avait quelque chose d'étrangement sinistre dans le spectacle

que présentait, aux reflets rougeâtres des torches, cette délicieuse

créature, garrottée comme une criminelle devant une vingtaine de

sauvages peones aux faces stupides, qui, pour flatter bassement leur

maître, abreuvaient l'innocente jeune fille de dégoûtants quolibets.

Près d'elle, muet et impassible, le regard fixé sur le général, se

tenait un Indien à la carrure athlétique, aux bras nerveux, qui,

armé d'un long fouet à lanières de cuir garnies de pointes d'acier,

attendait l'ordre de commencer le supplice.

Le général, le visage pâle, les sourcils froncés, regardait d'un œil

lubrique ce corps charmant près d'être déchiré par les coups.

--Pour la dernière fois, Frédérique, dit-il d'une voix creuse, veux-tu

m'épouser?

--Jamais! répondit la jeune fille d'un ton ferme et empreint d'un

souverain mépris. Je préfère la mort.

--Meurs donc! s'écria le général, ivre de rage. Bourreau, fais ton

office!

Celui-ci, levant le bras, fit vibrer la longue lanière du fouet autour

de sa tête.

Un coup de fusil éclata, et l'Indien tomba mort avant d'avoir baissé le

bras.

Une clameur furieuse retentit au même instant, et le capitaine Legoff

fit irruption dans la cour, à la tête de ses matelots.

Il y eut un moment de désordre et de confusion inexprimables. Les

torches furent éteintes, et les Mexicains, sans armes pour la plupart,

et ne sachant à quels ennemis ils avaient affaire, s'enfuirent dans

toutes les directions.

Les Français avaient profité de la stupeur causée par leur apparition

imprévue pour opérer leur retraite en délivrant Frédérique Milher.

Le général Timpfler, entraîné par les fuyards, avait disparu avec eux.

--Oh! s'écria la jeune fille avec bonheur, je savais bien que tu

viendrais, Loïck.

--Mon amour! lui dit ce dernier en la serrant entre ses bras, tu m'es

enfin rendue.

--Hâtons-nous! Hâtons-nous! s'écria l'inconnu, l'alarme est donnée.

Et les matelots, mettant au milieu d'eux la jeune fille, qui avait à

peine eu le temps de rétablir le désordre de sa toilette, s'élancèrent

au pas de course dans la direction du rivage.

--Écoutez! s'écria l'inconnu: les troupes que le général avait amenées

avec lui, et qu'il avait laissées campées à quelque distance de

l'hacienda, sont éveillées; elles accourent.

En effet, on entendait au loin résonner les tambours et les trompettes

qui appelaient les soldats aux armes. Des pas précipités résonnaient

sur le sol, et déjà, à travers les ténèbres, on distinguait les

silhouettes noires de nombreux soldats qui se pressaient pour couper la

retraite aux Français.

Haletants, épuisés, ceux-ci couraient toujours.

Ils allaient atteindre le rivage, lorsque tout à coup, ceux-ci furent

attaqués par une troupe commandée par le général Timpfler, qui se

précipita sur eux en criant:

--Tue, tue les Français.

--Oh! s'écria Frédérique en tombant à genoux et joignant les mains avec

ferveur. Mon Dieu! Mon Dieu! Mon Dieu! Nous abandonnez-vous?

--Enfants! s'écria Loïck avec résolution, en s'adressant à ses

matelots, il ne s'agit plus de vaincre, ici, il faut mourir!

--Mourons, capitaine! répondirent les matelots d'une seule voix.

--Loïck, Loïck! dit la jeune fille, me laisseras-tu tomber vivante

entre les mains de ces barbares?

--Tiens, mon ange adoré, lui répondit-il en déposant un baiser sur son

front, voici mon poignard.

--Merci, répondit-elle en s'en emparant. Et les yeux rayonnants de joie:

--Oh! Je suis heureuse maintenant, s'écria-telle; je suis sûre de

mourir avec toi.

Les Français s'étaient adossés à un rocher pour ne pas être entourés,

et, la baïonnette en avant, ils attendaient.

--Rendez-vous, chiens de gavachos! leur cria le général Timpfler.

--Allons donc! reprit Loïck avec mépris; vous êtes fou.

--En avant! cria le général.

Les Mexicains s'élancèrent sur les Français avec une rage indicible.

Alors commença une lutte héroïque, un combat impossible à décrire,

de deux cents hommes contre dix, carnage horrible et sans merci, où

les Français ne voulaient succomber qu'après s'être ensevelis sous un

monceau de cadavres mexicains.

Après vingt minutes qui durèrent un siècle, les Français n'étaient plus

que quatre. Sept avaient succombé. Le capitaine, l'inconnu et deux

matelots restaient seuls debout, faisant des prodiges de valeur.

--Enfin! s'écria le général en s'élançant pour saisir Frédérique.

--Pas encore! dit Loïck en lui portant un coup de hache.

Le Prussien évita le coup en se jetant de côté, et riposta avec son

épée.

Le capitaine tomba sur un genou: il avait la cuisse traversée.

--Ah! Mon Dieu! s'écria-t-il avec désespoir! Perdus! Perdus!

--Ah! fit le général avec joie.

Frédérique comprit que tout espoir s'évanouissait pour elle; et,

appuyant le poignard sur sa poitrine:

--Un pas de plus, dit-elle à Timpfler, et je tombe morte à vos pieds.

Le Prussien, terrifié de la résolution qu'il voyait briller dans l'œil

de sa nièce, hésita malgré lui un instant; mais, reprenant bientôt son

caractère féroce:

--Que m'importe dit-il, pourvu que tu ne sois à personne.

Et il s'élança vers elle.

Cardenio: Scènes de la Vie Mexicaine · 第 28 / 38 题