AVÈNEMENT DE HENRI II.--TOUTE-PUISSANCE DE DIANE DE POITIERS.

1547.--1548.

Les funérailles de François Ier étaient à peine accomplies, que Diane

de Poitiers arrivait à la cour de Saint-Germain, et son premier acte

fut un ordre d'exil pour la duchesse d'Étampes, qui se retira dans son

château de Saint-Bris. La toute-puissance de Diane de Poitiers effaça

toutes les rivalités et les oppositions, et ce fut une véritable

merveille que de la voir à l'âge de quarante-sept ans, régner en

maîtresse favorite sur l'esprit et le coeur de Henri II; on put

croire alors à la prédiction de la bohémienne, dont parlent quelques

mémoires. Enfant, elle avait sauvé un vieux mécréant prêt à être pendu

par le prévôt, et la fille du mécréant reconnaissante, lui avait donné

un filtre, qui lui conservait une éternelle jeunesse[321]. Ce qu'il y

a de certain, c'est que le portrait de Diane de Poitiers, fait à

cette époque par le Primatice, sous les traits de Diane chasseresse,

et son buste par Jean Goujon, constatent une éternelle jeunesse, une

grâce charmante et naïve de la première époque de la vie d'une femme.

[321] Voyez ce que disent à ce sujet des auteurs fort graves du

XVIe siècle: Théodore de Bèze et Pasquier lui-même dans ses

_Recherches sur la France_.

Presque aussitôt des lettres-patentes créèrent Diane de Poitiers,

duchesse de Valentinois, un des beaux domaines de la couronne[322]: en

même temps la reine Catherine de Médicis recevait pour son revenu,

l'administration du comté d'Auvergne; des lettres-patentes rendaient

au sire de Montmorency son titre de connétable, et son cousin

Rochepot, était élevé à la lieutenance générale de la ville de Paris.

Tout le conseil du Roi était changé, car un système nouveau de

fermeté, de résolution allait s'inaugurer sous la main des Guise,

hommes forts et populaires. Le duc de Guise était bien le plus fier,

le plus hardi des féodaux qui oncque fut jamais.

[322] Après le sacre de Reims, 25 juillet 1547.

A quel Dieu semblait-il? ou si, comme il me semble,

Il ressemblait lui seul à trois dieux tous ensemble

Or, ne ressemblait-il pas de la tête et des yeux

Le tonnerre foudroyant et le père de dieux,

Au fier esbranle-terre, au dieu de la marine?

Ce changement absolu dans le conseil venait de la nécessité

surtout d'arrêter les progrès des opinions que la duchesse d'Étampes

avait tant favorisées; ces opinions pénétraient partout, et Calvin

lui-même écrivait: «La reine de Navarre a bien affermi notre religion

en Béarn; les papistes ont été chassés entièrement; en Languedoc, ont

été réunies maintes assemblées sur notre croyance. Avec le temps

partout seront ouies les louanges de l'Eternel[323].»

[323] Lettre originale de Calvin.

Ainsi s'exprimait Calvin, et ses espérances se réalisaient: presque

partout le calvinisme s'organisait comme une réformation et une

résistance dans l'Etat, témoin la révolte déjà de la Guyenne et de La

Rochelle. Des assemblées se formaient, et, le soir, les huguenots se

réunissaient dans le Pré aux Clercs pour chanter les psaumes de Bèze

ou de Marot en français. A la cour même, les nouvelles opinions

faisaient des progrès; Dandelot, colonel de l'infanterie française,

était déjà fortement soupçonné d'hérésie. Quand le roi Henri II

l'interrogea sur ce point: «Est-il vrai, seriez-vous huguenot?»

Dandelot répondit: «Mon corps et ma vie sont au pouvoir de Votre

Majesté, mais mon âme appartient à Dieu seul; j'aimerais mieux mourir

que d'aller à la messe[324].» Cette hardie réponse indiquait le

péril que l'Etat courait par l'invasion des nouvelle doctrines, et

Diane de Poitiers ne fut pas la dernière à conseiller au Roi un

système répressif sous la main des Guise. Il ne faut jamais séparer un

temps de ses nécessités, de ses idées; le mot _intolérance_ ne doit

jamais être pris d'une façon absolue; chaque époque a ses

intolérances; quand la religion domine, l'intolérance est dans la

religion; quand la politique domine, elle est dans la politique; les

mots changent seuls. La messe était encore la foi générale de la

société; se révolter contre la formule religieuse était aussi

dangereux pour l'État que dans les temps modernes se révolter contre

la formule politique; et cela était si vrai, que partout la

réformation était suivie d'une insurrection hardie de nobles et de

paysans. L'Allemagne voyait son antique constitution renversée;

l'Angleterre était en pleine guerre civile, tandis que l'Espagne, qui,

à l'aide de l'inquisition, avait su se préserver des nouvelles

opinions, portant son énergie sur elle-même, découvrait un nouveau

monde et gagnait la bataille de Lépante. A toutes les époques,

l'unité est une force, et l'opposition une cause de faiblesse et de

décadence.

[324] Voir les pièces textuelles dans mon travail sur la Réforme,

t. Ier.

Diane de Poitiers, sous l'influence des Guise, contribua puissamment à

cette tendance ferme et unitaire de la monarchie sous Henri II;

partout l'ordre fut rétabli et la révolte réprimée d'une manière

inflexible, nécessité d'un gouvernement qui voulait éviter la guerre

civile[325]: les temps modernes en montrent plus d'un exemple. Certes,

le connétable Anne de Montmorency était un esprit de modération avec

une certaine tendance vers la réforme, et cependant Brantôme dit de

lui[326]: «Tous les matins, il ne faillait de dire et entretenir ses

patenôtres, soit qu'il ne bougeât du logis ou qu'il montât à cheval,

et on disait qu'il fallait se garder des patenôtres de M. le

connétable, car en les disant et marmottant, lorsque les occasions se

présentaient, il s'écriait: «Allez-moi pendre un tel, attachez

celui-là à un arbre, faites passer celui-là par les piques, tout à

cette heure; taillez-moi en pièce, mettez-moi le feu partout, et tels

ou semblables mots de police ou de guerre[327].» Ainsi étaient

les moeurs dans ce siècle de violence et de guerre civile, et

cependant Anne de Montmorency était un esprit de tempérance et de

modération!

[325] _Recueil des ordonnances de Henri II_, publié par Decreusi.

[326] Brantôme, _Le connétable de Montmorency_.

[327] Brantôme, article _M. le connétable de Montmorency_.

Diane de Poitiers · 第 47 / 65 题