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Le privilége de Diane de Poitiers, comme celui de la marquise de

Pompadour, fut d'avoir présidé à une époque de grandeur et de

rénovation dans les arts. Toutes les gloires passent, le souvenir de

la douce protection accordée aux artistes survit à toutes; les noms de

Léonard de Vinci, del Rosso, du Primatice, de Benvenuto Cellini, se

mêlent à la mémoire de Diane de Poitiers.

Aujourd'hui encore, sur les frontispices des monuments de la

Renaissance, sur les colonnes cannelées d'Anet, aux portes façonnées

d'Amboise, sur les cheminées artistiques de Chambord, à Fontainebleau

ou au Louvre, on voit le chiffre de Diane de Poitiers entrelacé à

l'initiale de Henri II; car c'est surtout pendant le règne si rapide

de Henri II que domine Diane de Poitiers; sous François Ier, sa

puissance a été presqu'aussitôt effacée par la beauté froide et

capricieuse de la duchesse d'Étampes, plus jeune qu'elle de vingt ans.

Sous le roi Henri II, Diane de Poitiers presqu'à quarante ans,

gouverne par ses prestiges un jeune et chevaleresque roi; la Diane

chasseresse, telle que l'a reproduite le Primatice dans ses bosquets

mystérieux, le carquois sur l'épaule, les lévriers en laisse, peut

vous donner une idée de la beauté merveilleuse de Diane de Poitiers.

La véritable Renaissance, avec son caractère ferme, dessiné, ne s'est

produite en France que sous le règne de Henri II, et c'est à tort

qu'on l'a exclusivement attribuée à François Ier. Catherine de

Médicis[1] et Diane de Poitiers furent les grandes protections des

artistes, et c'est à ces deux intelligences, l'une toute florentine,

l'autre toute française, que nous devons les plus beaux monuments de

l'art; elles protégèrent Germain Pilon, Philibert Delorme; elles

tendirent la main à ce pauvre et brillant potier de terre, à ce

merveilleux artiste, Bernard Palissy, dont les oeuvres si

recherchées éblouissent nos yeux par leur dessin et leur couleur.

[1] Voir ma _Catherine de Médicis_.

Ce livre sur Diane de Poitiers devra trouver moins de contradicteurs

que mon étude sur madame de Pompadour, et cette différence s'explique.

Le nom de Diane de Poitiers ne s'est jamais mêlé à nos passions

politiques contemporaines; si quelques maussades érudits ont porté

leurs mains brutales sur les marbres ciselés de la Renaissance, nul

n'avait intérêt à briser les statues de la Diane du château d'Anet. Il

n'en a pas été ainsi de madame de Pompadour, et encore plus de la

comtesse Du Barry; il fallait flétrir le règne de Louis XV pour

exalter la révolution française; il fallait démolir la vieille

monarchie en couvrant de boue les châteaux d'Étioles et le pavillon de

Luciennes. Diane de Poitiers fut une ombre charmante comme la

marquise de Pompadour et la comtesse Du Barry, mais on n'avait pas

besoin d'ameuter contre elle les enfants des chastes déesses de la

liberté et des pudiques vierges des salons du Directoire.

Je me suis donc trouvé à l'aise avec Diane de Poitiers et dans ces

descriptions des oeuvres de la Renaissance. Ce livre n'est pas une

simple biographie; il m'a fallu embrasser tout le siècle de François

Ier, ses brillantes campagnes d'Italie, d'où il rapporta le beau

trophée des arts. Profondément pénétré des grandeurs de la

Renaissance, je n'ai point abdiqué mes admirations pour le moyen-âge;

il fut aussi une grande civilisation qui eut son art, sa foi, ses

poëmes épiques, ses historiens, ses héros; et il y a cela même de

particulier, c'est que toutes les fois qu'un peuple est appelé à de

grandes choses, il imite le moyen-âge; quelle différence faites-vous

entre ces nobles soldats qui meurent pour la patrie et les chevaliers

de la croisade? Vos blasons ne sont-ils pas les émaux des vieux

siècles, vos glorieux drapeaux un souvenir de l'oriflamme de

Saint-Denis. Respectez donc le moyen-âge, c'est le temps des légendes

de l'honneur, elles sont bonnes à quelque chose dans l'histoire des

nations!

Paris, avril 1860.

Diane de Poitiers · 第 9 / 65 题