2) Il n'y a de penchant que pour son propre sexe (homosexualité);

3) Tout l'être psychique se conforme au sentiment sexuel anormal

(effémination et viraginité);

4) La conformation du corps se rapproche de celle qui répond au sens

sexuel anormal.

Cependant, on ne rencontre jamais de vraies transitions à

l'hermaphrodisme; au contraire, les organes génitaux sont parfaitement

différenciés, de sorte que, comme dans toutes les perversions morbides

de la vie sexuelle, il faut chercher la cause du phénomène dans le

cerveau (androgynie et gynandrie).

Les premiers renseignements un peu exacts[85] sur ces phénomènes

de nature énigmatique nous viennent de Casper (_Über Nothzucht und

Päderastie, Casper's Vierteljahrsschr._, 1852, I) qui les confond avec

la pédérastie, c'est vrai, mais qui déjà fait cette juste remarque

que, dans la plupart des cas, cette anomalie est congénitale et doit

être considérée comme une sorte d'hermaphrodisme intellectuel.

[Note 85: M. le docteur Moll, de Berlin, attire mon attention

sur le fait qu'on trouve déjà des allusions à l'inversion

sexuelle concernant des hommes, dans le _Moritz's Magazin f.

Erfahrungseelenkunde_, t. VIII, Berlin, 1791. En effet, on y cite les

biographies de deux hommes pris d'un amour délirant pour des personnes

de leur propre sexe. Dans le deuxième cas, qui est particulièrement

remarquable, le malade explique l'origine de son «aberration» par

le fait qu'étant enfant, il n'a été caressé que par des personnes

adultes, et à l'âge de dix à douze ans par ses camarades d'école.

«Cela et la privation de la société des personnes de l'autre sexe ont

eu pour conséquence chez moi de détourner le penchant naturel pour le

sexe féminin et de le reporter sur les hommes. Maintenant encore les

femmes me sont indifférentes.»

On ne peut pas dire s'il s'agissait d'un cas d'inversion congénitale

(hermaphrodisme psycho-sexuel) ou acquise. Le cas le plus ancien

d'inversion sexuelle qu'on connaisse jusqu'ici en Allemagne concerne

une femme qui était mariée avec une autre femme et cohabitait avec son

consort au moyen d'un priape en cuir. Un cas de viraginité qui s'est

présenté au commencement du siècle passé, et qui est très intéressant

aussi au point de vue juridique et historique, a été puisé dans les

dossiers officiels et cité par le docteur Muller d'Alexandersbad dans

_Friedreichs Blætter f. ger. Medicin_ cahier 4.]

Il y a là un véritable dégoût des attouchements sexuels avec des

femmes, tandis que l'imagination se réjouit à la vue des beaux jeunes

hommes, des statues et des tableaux qui en représentent. Ce fait n'a

pas échappé à Casper que, dans ces cas, l'_immissio penis in anum_

(pédérastie) n'est pas la règle, mais ces individus recherchent et

obtiennent des satisfactions sexuelles par des actes sexuels d'un

autre genre (onanisme mutuel).

Dans ses _Klinischen novellen_ (1863, p. 33), Casper cite la

confession intéressante d'un homme atteint de cette perversion de

l'instinct génital, et il n'hésite pas à déclarer que, abstraction

faite des imaginations corrompues, de la démoralisation produite par

la satiété des jouissances sexuelles normales, il y a de nombreux

cas où la «pédérastie» provient d'une impulsion congénitale, étrange,

inexplicable, mystérieuse. Vers 1860, un nommé Ulrichs, qui lui-même

était atteint de cet instinct perverti, a soutenu dans de nombreux

écrits[86], publiés sous le pseudonyme de Numa Numantius, cette thèse

que la vie sexuelle de l'âme est indépendante du sexe physique, et

qu'il y a des individus masculins qui, en présence de l'homme, se

sentent femmes (_anima muliebris in corpore virili inclusa_).

[Note 86: _Vindex, Inclusa, Vindicta, Formatrix, Ara spei, Gladius

jurens_ (1864 et 1865, Leipzig, H. Matthes). Ulrichs, _Kritische

Pfeile_, 1879, en commission chez H. Crönlein, Stuttgart,

Augustenstrasse, 5. L'auteur qui combat sans se décourager les

préjugés dont ses semblables ont à souffrir, a publié dans ce but,

depuis 1889, à Aquila degli Abruzzi (Italie), un journal écrit en

latin sous le titre: _Il periodico latino_.]

Il désignait ces gens sous le nom d'uranistes (Urning), et réclamait

rien moins que l'autorisation de l'État et de la société pour l'amour

sexuel des uranistes, comme un amour congénital et par conséquent

légitime, ainsi que l'autorisation du mariage entre eux. Seulement,

Ulrichs nous doit encore la preuve que ce sentiment sexuel paradoxal,

qui est en tout cas congénital, soit un phénomène physiologique et non

pas pathologique.

Griesinger a jeté une première lumière anthropologico-clinique sur ces

faits (_Archiv f. Psychiatrie_, I, p. 651), en montrant, dans un cas

qu'il avait observé personnellement, la lourde tare héréditaire de

l'individu atteint.

Nous devons à Westphal (_Archiv f. Psychiatrie_, II, p. 73) le premier

essai sur le phénomène qu'il appelle «inversion sexuelle congénitale,

avec conscience du caractère morbide de ce phénomène». Il a ouvert la

discussion: le nombre des cas a atteint jusqu'ici le chiffre de 107,

sans compter ceux qui sont rapportés dans notre monographie[87].

[Note 87: Concernant les individus du sexe masculin: 1º Casper,

_Klin. Novellen_, p. 36 (_Lehrb. d. ger. Med._, 7e édit., p. 176);

2º Westphal, _Archiv f. Psych._, II, p. 73; 3º Schminke, dans le même

journal, III, p. 325; 4º Scholz, _Vierteljahrsschr. f. ger. Medicin_

XIX; 5º Guck, _Arch. f. Psych._, V, p. 564; 6º Servaes, au même

endroit, VI, p. 384; 7º Westphal, dans la même feuille, VI, p. 62O;

8º, 9º, 10º Stark, _Zeitschr. f. Psychiatrie_, t. XXXI; 11º Liman

(Caspers, _Lehrb. d. ger. Med._, 6e édit., p. 509, p. 292); 12º

Legrand du Saulle, _Annal. méd.-psychol._, 1876, mai; 13º Sterg,

_Jahrb. f. Psychiatrie_, III, cahier 3; 14º Krueg, _Zeitschr., Brain_,

1884, oct.; 15º Charcot et Magnan, _Arch. de Neurolog._, 1882, nº 9;

16º, 17º, 18º Kirn, _Zeitschr. f. Psychiatr._, t. XXXIX, p. 216; 19º

Rabow, _Erlenmeyers Centralbl._, 1883, nº 8; 20º Blumer, _Americ.

Journ. of insanity_, 1882, juillet; 21º Servage, _Journal of mental

science_, 1884, octobre; 22º Scholz, _Vierteljahrsschr. f. ger. Med._,

N. F., t. XL, fascicule 7; 23º Magnan, _Ann. med.-psychol._, 1885,

p. 461; 24º Chevalier, _De l'inversion de l'instinct sexuel_, Paris,

1885, p. 129; 25º Morselli, _La Riforma medica, 4e année_, mars; 26º

Leonpacher, _Friedreichs Blätter_, 1888, II, 4; 27º Holländer, _Allg.

Wiener med. Zeitung_ 1882; 28º Kriese, _Erlenmeyers Centralbl._, 1888,

nº 19; 29º, 30º, 31º, 32º v. Krafft-Ebing, _Psychopathia sexualis_,

3e édit., Observations 32, 36, 42, 43; 33º Golenko, _Russ. Archiv

f. Psychiatrie_, t. IX, II, 3 (cité par Rothe dans _Zeitschr. f.

Psychiatrie_; 34º v. Krafft, _Internationales Centralblatt f. d.

Physiol. und Pathologie der Harn und Sexualorgane_, t. I, fasc. 4;

35º Cantarano, _La Psychiatria_, 1887, 5e année, p. 195; 36º Sérieux,

_Recherches cliniques sur les anomalies de l'instinct sexuel_, Paris,

1888, Obs. 13; 37º-42º Kiernan, _The medic. Standard_, 1888, 7 cas;

43º-46º Rabow, _Zeitschr. f. Klin. Medicin_, t. XVII, Suppl.; 47º-51º

v. Krafft, _Neue Forschungen_, Observations 1, 3, 4, 5, 8; 52º-61º v.

Krafft, _Psychopathia sexualis_, 5e édit., Observ. 53, 61, 64, 66,

73, 75, 78, 84, 85, 87; 62º-65º Le même, _Neue Forschungen_, 2e

édit., Observ. 3, 4, 5, 6; Hammond, _Impuissance sexuelle_, p. 30, 36;

68º-71º Garnier, _Anomalies sexuelles_, 1889, Observ. 227, 228, 229,

230; 72º v. Krafft, _Friedreichs Blätter_, 1891, fascicule 6; 73º-87º

v. Krafft, _Psychopathia sexualis_, 6e édit., Observ. 78, 81, 82, 84,

85, 86, 87, 89, 93, 94, 96, 97, 98, 101, 102; 88º Fraenkel, _Medic.

Zeitung d. Vereins f. Hertkunde in Preussen_, t. XXII, p. 102 (_homo

mollis_); 89º-91º Bernheim, _Hypnotisme_, Paris, 1891, Obs. 38 et

suivantes; 92º Wetterstrand, _Der Hypnotismus_, 1891; 93º Müller,

_Hydrothérapie_, 1890, p. 309; 94º à 96º v. Sehrenk-Notzing,

_Suggestionstherapie_, 1892, cas 63, 68, 97; 97º Ladame, _Revue

de l'hypnotisme_, 1889, 1er septembre; 98º v. Krafft, _Internat.

Centralblatt f. d. Krankheiten der Harn und Geschlechtsorgane_, t. I,

fasc. 1; 99º à 100º Wachholz, _Friedreichs Blätter f. gerichtl. Med._,

1892, fascicule 6.

Concernant des individus féminins: 1º Westphal, _Arch. f. Psych._,

II, p. 73; 2º Gock, _Op. cit._, nº 1; 3º Wise, _The Alienist and

Neurologist_, 1883, janvier; 4º Cantanaro, _La Psychiatria_, 1883,

201; 5º Sérieux, _Op. cit._, Observ. 14; 6º Kiernan, _op. cit._; 7º

Müller, _Friedreichs Blätter f. ger. Med._, 1891, fascicule 4.]

Westphal ne touche pas la question de savoir si l'inversion sexuelle

est le symptôme d'un état névropathique ou psychopathique, ou bien si

elle constitue un phénomène isolé. Il maintient avec fermeté que cet

état est congénital.

Me fondant sur les cas que j'ai publiés jusqu'en 1877, j'ai signalé

cet étrange sentiment sexuel comme un stigmate de dégénérescence

fonctionnelle, et comme un phénomène partiel d'un état

névro-psycho-pathologique ayant pour cause, dans la plupart des cas,

l'hérédité. Cette supposition a été confirmée par l'analyse des cas

qui se sont présentés depuis. On peut citer, comme symptômes de cette

tare névro-psycho-pathologique les points suivants.

1º La vie sexuelle des individus ainsi conformés se manifeste

régulièrement bien avant la période normale et bien après, d'une

façon très violente. Souvent elle présente encore d'autres phénomènes

pervers, en dehors de cette direction anormale imprimée par l'étrange

sentiment sexuel.

2º L'amour psychique de ces individus est souvent romanesque

et exalté; de même leur instinct génital se manifeste dans leur

conscience avec une force particulière, obsédante même.

3º À côté du stigmate de dégénérescence fonctionnelle de l'inversion

sexuelle, on trouve encore d'autres symptômes de dégénérescence

fonctionnelle et souvent aussi anatomique.

4º Il existe des névroses (hystérie, neurasthénie, états épileptoïdes,

etc.). Presque toujours on peut constater de la neurasthénie

temporaire ou permanente. Cette neurasthénie est ordinairement

constitutionnelle, c'est-à-dire qu'elle est produite par des causes

congénitales. Elle est réveillée et maintenue par la masturbation ou

par l'abstinence forcée.

Chez les individus masculins, la _neurasthenia sexualis_ se développe

sur ce terrain morbide ou prédisposé congénitalement. Elle se

manifeste alors surtout par la faiblesse irritative du centre

d'éjaculation. Ainsi s'explique le fait que, chez la plupart des

individus atteints, une simple accolade ou un baiser donné à la

personne aimée, quelquefois même le simple aspect de cette dernière,

provoquent l'éjaculation. Souvent l'éjaculation est alors accompagnée

d'une sensation de volupté anormalement forte, qui va jusqu'à la

sensation d'un courant «magnétique» à travers le corps.

5º Dans la majorité des cas, on rencontre des anomalies psychiques

(talents brillants pour les beaux-arts, surtout pour la musique,

la poésie, etc.), en même temps que de la faiblesse des facultés

intellectuelles (esprits faux, bizarres), et même des états de

dégénérescence psychique très prononcée (imbécillité, folie morale).

Beaucoup d'uranistes en viennent temporairement ou pour toujours

aux délires caractéristiques des dégénérés (états passionnels

pathologiques, délires périodiques, paranoia, etc.).

6º Dans presque tous les cas où il fut possible de rechercher l'état

physique et intellectuel des ascendants et des proches parents, on a

constaté dans ces familles des névroses, des psychoses, des stigmates

de dégénérescence, etc.[88].

[Note 88: L'inversion sexuelle, comme phénomène partiel de la

dégénérescence nerveuse, peut se produire aussi chez les descendants

de parents exempts de névrose. Cela ressort d'une observation de

Tarnowsky _(op. cit_., p. 34) dans laquelle le _lues_ du procréateur

était en jeu, ainsi que d'un cas du même genre rapporté par Scholz

(_Vierteljahrsschrift f. ger. Medicin_) où la tendance perverse de

l'instinct génital était liée à un arrêt de développement physique

d'origine traumatique.]

L'inversion sexuelle congénitale est bien profonde et bien enracinée;

cela ressort déjà du fait que les rêves érotiques de l'uraniste

masculin n'ont pour sujet que des hommes, et ceux de l'homosexuel

féminin des individus féminins.

L'observation de Westphal, que la conscience de la défectuosité

congénitale des sentiments sexuels pour l'autre sexe et du penchant

pour son propre sexe, est ressentie péniblement par l'individu

atteint, ne se confirme que dans un certain nombre des cas. Beaucoup

d'individus n'ont pas même conscience de la nature morbide de

leur état. La plupart des uranistes se sentent heureux avec leurs

sentiments sexuels pervers et la tendance de leur instinct; ils ne se

sentent malheureux que par l'idée que la loi et la société ont élevé

des obstacles contre la satisfaction de leur penchant pour leur propre

sexe.

L'étude de l'inversion sexuelle montre nettement les anomalies de

l'organisation cérébrale des individus atteints de cette perversion.

Gley (_Revue philosophique_, 1884, janvier) croit pouvoir donner le

mot de l'énigme, en supposant que ces individus ont un cerveau féminin

avec des glandes génitales masculines, et que, chez eux, c'est la

vie cérébrale morbide qui détermine la vie sexuelle, contrairement

à l'état normal dans lequel les organes génitaux déterminent les

fonctions sexuelles du cerveau.

Un de mes clients m'a exposé une manière de voir très intéressante

et qui pourrait être admise pour expliquer l'inversion congénitale

primitive. Il prend comme point de départ la bisexualité réelle telle

qu'elle se présente anatomiquement chez tout foetus jusqu'à un

certain âge.

On devrait, dit-il, prendre en considération qu'au caractère

originairement hermaphrodite des parties congénitales correspond

probablement aussi un caractère originairement hermaphrodite avec

des germes latents de tous les traits secondaires du sexe, tels que

cheveux, barbe, développement des mamelles, etc. L'hypothèse d'un

hermaphrodisme latent des traits secondaires du sexe subsistant chez

chaque individu pendant toute la vie est justifiée par les phénomènes

de régression partielle d'un type sexuel dans l'autre, même après le

développement complet du corps, phénomènes qu'on a pu constater chez

les castrates, les mujerados, et, à la ménopause, chez les femmes,

etc.

La partie cérébrale de l'appareil sexuel, le centre psycho-sexuel

masculin ou féminin représente un des traits secondaires les plus

importants du sexe; il est même égal en valeur à l'autre moitié de

l'appareil sexuel. Quand il y a développement tout à fait normal

de l'individu, les organes génitaux hermaphrodites du foetus,

c'est-à-dire les glandes des germes et des organes de copulation,

forment d'abord des organes qui portent le caractère prononcé

d'un seul sexe; ensuite, les traits secondaires du caractère

sexuel--physiques et psychiques--subissent la même transition de la

conformation hermaphrodite à la conformation monosexuelle (en tout

cas, pendant qu'ils sont à l'état latent; ou bien pendant la vie

fétale, simultanément avec les organes de la génération; ou encore,

plus tard, quand ils sont sur le point de sortir de leur état latent).

Troisièmement, pendant cette transition, les traits secondaires du

caractère sexuel suivent l'évolution opérée sur l'un des deux sexes

par les organes génitaux, pour rendre possible le fonctionnement

harmonique de la vie sexuelle.

Cette évolution uniforme de tous les traits du caractère sexuel se

fait régulièrement, par suite d'une disposition spéciale dans

le processus du développement. L'origine et le maintien de cette

disposition s'expliquent suffisamment par leur nécessité absolue.

Mais, dans des conditions anormales (dégénérescence héréditaire,

etc.), cette harmonie de développement peut être troublée de

différentes façons. Non seulement l'évolution des organes génitaux de

l'état hermaphrodite vers l'état monosexuel peut faire défaut, mais

le même fait peut aussi se produire pour les traits secondaires du

caractère sexuel, pour les traits physiques et plus encore pour les

traits psychiques. Enfin, l'harmonie du développement de l'appareil

sexuel peut être tellement troublée qu'une partie suive l'évolution

vers un sexe et l'autre vers le sexe opposé.

Quatre types principaux d'hermaphrodisme sont donc possibles (il y

a des types secondaires, comme les hommes à mamelles, les femmes à

barbe): 1º l'hermaphrodisme purement physique des parties génitales

avec monosexualité psychique; 2º l'hermaphrodisme purement psychique,

avec parties génitales monosexuelles; 3º l'hermaphrodisme parfait,

physique et intellectuel, avec tout l'appareil sexuel bisexuellement

constitué; 4º l'hermaphrodisme croisé où la partie psychique et la

partie physique sont monosexuelles, mais chacune dans un sens opposé à

l'autre.

En y regardant de plus près, la première forme physique

d'hermaphrodisme peut être considérée comme croisée, car les glandes

génitales répondent à un sexe et les parties génitales externes à un

sexe opposé.

La deuxième et la quatrième forme d'hermaphrodisme ne sont, au fond,

rien autre chose que de l'inversion sexuelle congénitale[89].

[Note 89: Frank Lydston (_Philadelph. med. and surgical Reporter_,

sept. 1818) et Thierman, (_Medical Standard_, novembre 1888), essaient

d'expliquer d'une manière analogue une partie des cas de _Paranoia_

sexuelle congénitale en les plaçant dans une catégorie subordonnée

de l'hermaphrodisme. Kiernan, pour compléter son explication, suppose

que, chez les individus tarés, il se produit plus facilement des

régressions vers les formes primitives de l'hermaphrodisme de la série

animale: «_The original bi-sexuality of the ancestors of the race,

shown in the rudimentary female organs of the male, could not fail

to occasion functional, if not organic, reversions, when mental or

physical manifestations were interfered with by disease or congenital

defect. It seems certain that a feminely functionating brain can

occupy a male body and_ vice versa. _Males may be borne with female

external genitals and_ vice versa. _The lowest animals are bisexual,

and the various types of hermaphroditism are more or less complete

reversions to the ancestral type._» (_Op. cit._, p. 9. Note de

l'auteur.)]

La troisième forme paraît être très rare. Cependant, le droit

canonique de l'église s'en est occupé; car il exige de l'hermaphrodite

avant son mariage un serment sur la manière dont il se comportera

(Voir Phillip, _Kirchenrecht_, p. 633 de la 7e édit.).

Par appareil génital psychique monosexuel dans un corps monosexuel

appartenant un sexe opposé, il ne faut pas comprendre «une âme

féminine dans un cerveau masculin» ou _vice versa_, manière de

voir qui serait en contradiction manifeste avec toutes les idées

scientifiques. Il ne faudrait pas non plus se figurer qu'un cerveau

féminin puisse exister dans un corps masculin, ce qui contredirait

tous les faits anatomiques: mais il faut admettre qu'un centre

psycho-sexuel féminin peut exister dans un cerveau masculin, et _vice

versa_.

Ce centre psycho-sexuel (dont il est nécessaire de supposer

l'existence, ne fût-ce que pour expliquer les phénomènes

physiologiques) ne peut être autre chose qu'un point de concentration

et d'entrecroisement des nerfs conducteurs qui vont aux appareils

moteurs et sensitifs des organes génitaux, mais qui, d'autre part,

vont aussi aux centres visuel, olfactif, etc., portant ces phénomènes

de conscience qui, dans leur ensemble, forment l'idée d'un être

«masculin» ou «féminin».

Comment pourrions-nous représenter cet appareil génital psychique dans

l'état d'hermaphroditisme primitif que nous avons supposé plus haut?

Là aussi, nous devrions admettre que les futures voies conductrices

étaient déjà tracées, bien que fort légèrement, ou préparées par le

groupement des éléments.

Ces «voies latentes» hermaphrodites sont projetées pour relier

les organes de copulation (qui eux-mêmes sont encore à l'état

hermaphrodite) avec le siège futur des éléments de représentation des

deux sexes. Quand tout l'organisme se développe d'une manière normale,

une moitié des ces voies doit plus tard se développer pour devenir

capable de fonctionner, tandis que l'autre moitié doit rester à l'état

latent; et, dans ce cas, tout dépend probablement de l'état du point

d'entrecroisement que nous avons supposé, comme un centre subcortical

intercalé.

Cette hypothèse très compliquée ne contredit pas forcément le fait que

le cerveau foetal n'a pas de structure. Cette absence de structure

n'est admise que grâce à l'insuffisance de nos moyens d'investigation

actuels. Mais, d'autre part, cette hypothèse repose à son tour sur une

supposition bien risquée: elle admet une localisation déjà existante

pour des représentations qui n'existent pas encore, en d'autres termes

une différenciation quelconque des parties du cerveau qui sont en

rapport avec les représentations futures. Nous ne sommes donc pas trop

éloignés de la théorie si déconsidérée «des représentations innées».

Mais nous sommes aussi en présence du problème général de tous

les instincts, problème qui nous pousse toujours à de semblables

hypothèses.

Peut-être s'ouvrira-t-il maintenant une voie par laquelle nous

pourrons faire un pas vers la solution de ces problèmes d'hérédité

psychique. En nous appuyant sur les connaissances modernes beaucoup

plus étendues sur les faits de la génération dans toutes les séries

des organismes et sur la connaissance de la connexité de ces faits

que la biologie commence à nous donner, nous pourrons jeter un

coup d'oeil plus profond sur la nature de l'hérédité physique et

psychique.

Nous connaissons actuellement le processus de la génération,

c'est-à-dire la transformation des individus dans sa manifestation la

plus simple. Elle nous montre l'amibe qui se scinde en deux cellules

filles qui qualitativement sont identiques à la cellule mère.

Nous voyons, en allant plus loin, le détachement dans le

bourgeonnement d'une partie réduite quantitativement, mais identique

en qualité avec l'entier.

Le phénomène primitif de toute génération n'est donc pas une

reproduction, mais une continuation. Si donc, à mesure que les types

deviennent plus grands et plus compliqués, les germes des organismes

paraissent, en comparaison de l'organisme-mère, non seulement

diminués quantitativement, mais aussi simplifiés qualitativement,

morphologiquement et physiologiquement, la conviction que la

génération est une continuation et non pas une reproduction nous

amène à la supposition générale d'une continuation latente mais

ininterrompue de la vie des parents dans leurs descendants. Car, dans

l'infiniment petit, il y a place pour tout, et il est aussi faux de se

figurer que la réduction du volume progressant à l'infini, déduction

qui n'est toujours qu'un rapport comparé à la grandeur du corps

de l'être humain qui observe, arrive quelque part à une limite

infranchissable pour la différenciation de la matière, qu'il serait

erroné de croire que la grandeur illimitée de l'espace de l'univers

arrive quelque part à une limite de remplissage avec des formations

individualisées. Ce qui me paraît avoir besoin d'être expliqué, c'est

plutôt le fait que ce ne sont pas toutes les qualités des parents,

soit morphologiques en volume, soit physiologiques avec le mode des

mouvements des particules, qui se manifestent spontanément dans la

descendance, après le développement du germe. Ce fait, dis-je, a

plutôt besoin d'être expliqué que l'hypothèse d'une différenciation

héréditaire de la substance du cerveau qui a des relations fixes

avec les représentations qui n'ont pas été perçues par l'individu,

hypothèse sans laquelle les instincts restent inexplicables.

Magnan (_Ann. méd.-psychol._, 1885, p. 458) parle très sérieusement

d'un cerveau de femme dans un corps d'homme, et _vice versa_[90].

[Note 90: Cette hypothèse tombe d'elle-même devant l'autopsie

citée dans mon observation 118, autopsie qui a constaté que le cerveau

pesait 1,150 grammes et celle de l'observation 130, où l'on a constaté

que le cerveau pesait 1,175 grammes.]

L'essai d'explication de l'uranisme congénital donné, par exemple,

par Ulrichs qui, dans son _Memnon_, paru en 1868, parle d'une _anima

muliebris virili corpore inclusa (virili corpori innata)_, et qui

cherche à donner la raison du caractère congénital féminin de sa

propre tendance sexuelle anormale, n'est pas plus satisfaisant. La

manière de voir du malade de l'observation 124 est très originale. Il

est probable, dit-il, que son père, en le procréant, a voulu faire une

fille; mais, au lieu de cela, c'est un garçon qui est venu au monde.

Une des plus étranges explications de l'inversion sexuelle congénitale

se trouve dans Mantegazza (op. 1886, p. 106).

D'après cet auteur, il y aurait des anomalies anatomiques chez les

invertis, en ce sens que, par une erreur de la nature, les nerfs

destinés aux parties génitales se répandraient dans l'intestin,

de sorte que c'est de là que part l'excitation voluptueuse, qui,

d'habitude, est provoquée par l'excitation des parties génitales.

Comment l'auteur, d'habitude si perspicace, s'expliquerait-il alors

les cas nombreux où la pédérastie est abhorrée par ces invertis? La

nature ne fait d'ailleurs jamais de pareils soubresauts. Mantegazza

invoque, en faveur de son hypothèse, les communications d'un ami,

écrivain remarquable, qui lui assurait n'être pas encore bien fixé sur

le fait de savoir s'il éprouvait un plus grand plaisir au coït qu'à la

défécation!

L'exactitude de cette expérience admise, elle ne prouverait pas que

l'homme en question soit sexuellement anormal, et que chez lui la

sensation voluptueuse du coït soit réduite au minimum.

On pourrait peut-être expliquer l'inversion congénitale en disant

qu'elle représente une particularité spéciale de la descendance, mais

ayant pris naissance par voie d'hérédité.

L'atavisme serait le penchant morbide pour son propre sexe, penchant

acquis par l'ascendant, et qui se trouverait fixé comme phénomène

morbide et congénital chez le descendant. Cette hypothèse est,

en somme, admissible, puisque, d'après l'expérience des attributs

physiques et moraux acquis, non seulement les qualités, mais aussi

et surtout les défectuosités, se transmettent par hérédité. Comme il

n'est pas rare que des invertis fassent des enfants, que dans tous

les cas ils ne sont pas toujours impuissants (les femmes ne le sont

jamais), une hérédité par voie de procréation serait possible.

L'observation 124 dans laquelle la fille d'un inverti, âgée de huit

ans, pratique déjà l'onanisme mutuel,--acte sexuel qui, étant donné

l'âge, fait supposer une inversion sexuelle,--plaide évidemment en

faveur de cette hypothèse.

La communication qui m'a été faite par un inverti de vingt-six ans,

classé dans le groupe 3, est non moins significative.

Il sait positivement, dit-il, que son père, mort il y a plusieurs

années, a été également atteint d'inversion sexuelle. Il affirme

connaître encore beaucoup d'hommes avec lesquels son père avait

entretenu «des liaisons». On n'a pu établir s'il s'agissait chez

le père d'une inversion congénitale ou acquise, ni à quel groupe

appartenait sa perversion.

L'hypothèse sus-indiquée paraît d'autant plus acceptable que les trois

premiers degrés de l'inversion congénitale correspondent parfaitement

aux degrés de développement qu'on peut suivre dans la genèse de

l'inversion acquise. On se sent donc tenté d'interpréter les divers

degrés de l'inversion congénitale comme les divers degrés d'anomalies

sexuelles acquises ou développées d'une autre manière chez

l'ascendance, et transmises par la procréation à la descendance;

encore, faut-il rappeler, à ce propos, la loi d'hérédité progressante.

D'autres ont, faute de mieux, recours à l'onanisme pour les mêmes

raisons multiples qui, souvent, font repousser le coït même par

les non-uranistes. Chez les uranistes doués d'un système nerveux

originairement irritable, ou qui a été détraqué par l'onanisme

(faiblesse irritable du centre d'éjaculation), de simples accolades,

des caresses avec ou sans attouchement des parties génitales,

suffisent pour provoquer l'éjaculation, et procurer par là une

satisfaction sexuelle. Chez des individus moins excitables, l'acte

sexuel consiste en manustupration accomplie par la personne aimée, ou

en onanisme mutuel, ou en une contrefaçon du coït _inter femora_. Chez

les uranistes de moralité perverse et puissants _quoad erectionem_,

l'impulsion sexuelle est satisfaite par la pédérastie, acte qui

répugne aux individus sans défectuosité morale autant qu'aux hommes

hétérosexuels. Fait digne d'attention, les uranistes affirment que

l'acte sexuel qui leur plaît avec des personnes de leur propre sexe

leur procure une grande satisfaction, comme s'ils s'étaient retrempés,

tandis que la satisfaction par l'onanisme solitaire ou le coït forcé

avec une femme les affecte beaucoup, les rend misérables, et augmente

leurs malaises neurasthéniques. La manière dont se satisfont les

uranistes féminins est peu connue. Dans une de mes observations

personnelles, la fille se masturbait en se sentant dans le rôle d'un

homme, et en s'imaginant avoir affaire à une femme aimée. Dans un

autre cas, l'acte consistait dans l'onanisation de la personne aimée,

à laquelle elle touchait les parties génitales.

Il est difficile d'établir nettement jusqu'à quel degré cette anomalie

est répandue[91], car la plupart des individus qui en sont atteints ne

sortent que rarement de leur réserve; et, dans les faits qui viennent

devant les tribunaux, on confond l'uraniste par perversion de

l'instinct génital avec le pédéraste qui est simplement un immoral.

[Note 91: L'inversion sexuelle ne doit pas être rare; la preuve,

c'est que c'est un sujet souvent traité dans les romans.

Chevalier (_op. cit._) indique, dans la littérature française (outre

les romans de Balzac qui, dans la _Passion au désert_, traite de

la bestialité, et dans _Sarrasine_, de l'amour d'une femme pour

un eunuque); Diderot, _La Religieuse_ (roman d'une femme adonnée à

l'amour lesbien); Balzac, _La Fille aux yeux d'or_ (_Amor lesbiens_);

Th. Gautier, _Mademoiselle de Maupin_; Feydeau, _La comtesse de

Chalis_; Flaubert, _Salammbô_, etc.

Il faut aussi faire mention de _Mademoiselle Giraud ma femme_, de

Belot.

Ce qui est intéressant, c'est que les héroïnes de ces romans

(lesbiens) se montrent avec le caractère et dans le rôle d'un homme

vis-à-vis de la personne de leur propre sexe qu'elles aiment, et que

leur amour est très ardent. La base névropathique de cette perversion

sexuelle n'a pas échappé non plus à l'attention de ces romanciers.

Dans la littérature allemande, ce sujet a été traité par Wilbrandt

dans _Fridolins heimliche Ehe_ et par le comte Emeric Stadion dans

_Brick and Brack oder Licht im Schatten_. Le plus ancien roman

uraniste est probablement celui de Pétrone, publié à Rome à l'époque

des Césars, sous le titre de _Satyricon_.]

D'après les études de Casper, de Tardieu, ainsi que d'après les

miennes, cette anomalie est probablement plus fréquente que ne le fait

supposer le nombre minime des cas observés.

Ulrichs (_Kritische Pfeile_, 1880, p. 2) prétend qu'en moyenne, pour

200 hommes adultes hétérosexuels, il y a un adulte inverti, un sur

800, et que cette proportion est encore plus grande parmi les Magyares

et les Slaves du Sud, affirmations sur lesquelles nous n'insistons

pas.

Un des sujets de mes observations personnelles connaît

personnellement, dans la commune où il est né (localité de 1,300

habitants), 14 uranistes. Il affirme en connaître au moins 80 dans une

ville de 60,000 habitants. Il est à supposer que cet homme, d'ailleurs

digne de foi, ne fait pas de différence entre l'homosexualité

congénitale et acquise.

Étude Médico-Légale: Psychopathia Sexualis avec recherches spéciales sur l'inversion sexuelle · 第 42 / 88 题