FAITS PHYSIOLOGIQUES

Maturité sexuelle.--La limite d'âge dans la vie sexuelle.--Le

sens sexuel.--Localisation.--Le développement physiologique de

la vie sexuelle.--Érection.--Le centre d'érection.--La sphère

sexuelle et le sens olfactif.--La flagellation comme excitant

des sens.--La secte des flagellants.--Le _Flagellum salutis_

de Paullini.--Zones érogènes.--L'empire sur l'instinct

sexuel.--Cohabitation.--Éjaculation.

Pendant la période des processus anatomiques et physiologiques qui se

font dans les glandes génitales, il se manifeste chez les individus un

instinct qui les pousse à perpétuer l'espèce (instinct sexuel).

L'instinct sexuel, à cet âge de maturité, est une loi physiologique.

La durée des processus anatomico-physiologiques dans les organes

sexuels, ainsi que la durée de la puissance de l'instinct génésique,

diffèrent selon les individus et les peuples. Race, climat, conditions

héréditaires et sociales, exercent une influence décisive. On sait

que les Méridionaux présentent une sensualité bien plus grande que les

gens du Nord. Le développement sexuel a lieu bien plus tôt chez les

habitants du Midi que chez ceux des pays septentrionaux. Chez la femme

des pays du Nord, l'ovulation, qui se manifeste par le développement

du corps et les hémorragies périodiques des parties génitales

(menstruation), ne se montre qu'entre treize et quinze ans; chez

l'homme, le développement de la puberté (qui se manifeste par la mue

de la voix, le développement des poils sur la figure et sur le mont de

Vénus, les pollutions périodiques, etc.), ne se montre qu'à partir

de quinze ans. Au contraire, chez les habitants des pays chauds, le

développement sexuel s'effectue plusieurs années plus tôt, chez la

femme quelquefois même à l'âge de huit ans.

Il est à remarquer que les filles des villes se développent à peu près

un an plus tôt que les filles de la campagne, et que plus la ville est

grande, plus le développement, _cæteris paribus_, est précoce.

Les conditions héréditaires n'exercent pas une influence moins grande

sur le _libido_ et la puissance virile. Il y a des familles où, à côté

d'une grande force physique et d'une grande longévité, le _libido_ et

une puissance virile intense se conservent jusqu'à un âge très avancé.

Il y en a d'autres où la _vita sexualis_ éclôt tard et s'éteint bien

avant le temps.

Chez la femme, la période d'activité des glandes génitales est plus

limitée que chez l'homme, chez qui la production du sperme peut se

prolonger jusqu'à l'âge le plus avancé.

Chez la femme, l'ovulation cesse trente ans après le début de

la nubilité. Cette période de stérilité des ovaires s'appelle la

ménopause. Celle phase biologique ne représente pas seulement une mise

hors fonction et une atrophie définitive des organes génitaux, mais

un processus de transformation de tout l'organisme. Dans l'Europe

centrale, la maturité sexuelle de l'homme commence vers l'âge de

dix-huit ans; sa puissance génésique atteint son maximum vers l'âge de

quarante ans. À partir de cette époque, elle baisse lentement.

La _potentia generandi_ s'éteint ordinairement vers l'âge de

soixante-deux ans; la _potentia coeundi_ peut se conserver jusqu'à

l'âge le plus avancé. L'instinct sexuel existe sans discontinuer

pendant toute la période de la vie sexuelle; il n'y a que son

intensité qui change. Il ne se manifeste jamais d'une façon

intermittente ou périodique, sous certaines conditions physiologiques,

comme c'est le cas chez les animaux.

Chez l'homme, l'intensité de l'instinct a des fluctuations, des hauts

et des bas, selon l'accumulation et la dépense du sperme; chez

la femme, l'instinct sexuel augmente d'intensité au moment de

l'ovulation, de sorte que, _post menstrua_, le _libido sexualis_ est

plus accentué.

Le sens sexuel, en tant qu'il se manifeste comme sentiment, idée et

instinct, est un produit de l'écorce cérébrale. On n'a pas encore pu

jusqu'ici bien déterminer le siège du centre sexuel dans le cerveau.

Les rapports étroits qui existent entre la vie sexuelle et le sens

olfactif[17] font supposer que la sphère sexuelle et la sphère

olfactive se trouvent à la périphérie du cerveau, très près l'une

de l'autre, ou du moins qu'il existe entre elles des liens puissants

d'association.

[Note 17: Ferrier suppose que le centre de l'olfaction se trouve

dans le _gyrus uncinatus_. Zuckerkandl, dans son ouvrage: _Über das

Riechcentrum_, concluant d'après des études d'anatomie comparée,

considère la corne d'Ammon comme faisant partie du centre olfactif.]

La vie sexuelle se manifeste d'abord par des sensations parties des

organes sexuels en voie de développement. Ces sensations éveillent

l'attention de l'individu. La lecture, certains faits observés dans

la vie sociale--(aujourd'hui malheureusement ces observations se font

trop souvent à un âge prématuré),--transforment les pressentiments

en idées nettes. Ces dernières s'accentuent par des sensations

organiques, des sensations de volupté. À mesure que ces idées

érotiques s'accroissent par des sensations voluptueuses, se développe

le désir de reproduire des sensations semblables (instinct sexuel).

Il s'établit alors une dépendance mutuelle entre les circonvolutions

cérébrales (origine des sensations et des représentations) et

les organes de la génération. Par suite de processus

anatomico-physiologiques, tels que l'hyperémie, l'élaboration du

sperme, l'ovulation, les organes génésiques font naître des idées et

des désirs sexuels.

La périphérie du cerveau réagit sur les organes de la génération

par des idées perçues ou reproduites. Cela se fait par le centre

d'innervation des vaisseaux et le centre de l'éjaculation. Tous

deux se trouvent dans la moelle épinière et sont probablement très

rapprochés l'un de l'autre. Tous les deux sont des centres réflexes.

Le _centrum erectionis_ (Goltz, Eckhard) est un point intermédiaire

intercalé entre le cerveau et l'appareil génital. Les nerfs qui

le relient avec le cerveau passent probablement par les pédoncules

cérébraux. Ce centre peut être mis en activité par des excitations

centrales (physiques et organiques), par une excitation directe de ses

nerfs dans les pédoncules cérébraux, la moelle cervicale, ainsi que

par l'excitation périphérique des nerfs sensitifs (pénis, clitoris et

annexes). Il n'est pas directement soumis à l'influence de la volonté.

L'excitation de ce centre est transmise par des nerfs qui se relient

à la première et à la troisième paires des nerfs sacrés (_nervi

erigentes_), et arrive ainsi jusqu'aux corps caverneux.

L'action de ces nerfs érectifs qui transmettent l'érection est

paralysante. Ils paralysent l'appareil d'innervation ganglionnaire

dans les organes érectiles sous l'influence desquels se trouvent les

fibres musculaires des corps caverneux (Koelliker et Kohlrausch).

Sous l'influence de ces _nervi erigentes_ les fibres musculaires des

corps érectiles deviennent flasques et ils se remplissent de sang.

En même temps, les artères dilatées du réseau périphérique des corps

érectiles exercent une pression sur les veines du pénis et le

reflux du sang se trouve barré. Cet effet est encore accentué par la

contraction des muscles bulbo et ischio-caverneux qui s'étendent comme

des aponévroses sur la surface dorsale du pénis.

Le centre d'érection est sous la dépendance des actions nerveuses

excitantes ou paralysantes parties du centre cérébral. Les

représentations et les perceptions d'images sexuelles agissent comme

excitants. D'après les expériences faites sur les corps de pendus,

le centre d'érection semble aussi pouvoir être mis en action par

l'excitation des voies de communication qui se trouvent dans la moelle

épinière. Le même fait peut se produire par des excitations organiques

qui ont lieu à la périphérie du cerveau (centre psycho-sexuel?), ainsi

que le prouvent les observations faites sur des aliénés et des malades

atteints d'affections cérébrales. Le centre d'érection peut être

directement excité par des maladies de la moelle épinière, dans leur

première période, quand elles atteignent la moelle lombaire (tabes et

surtout myélitis).

Voici les causes qui peuvent fréquemment produire une excitation

réflexe du centre génital: excitation des nerfs sensitifs

périphériques des parties génitales et de leur voisinage par la

friction; excitations de l'urètre (gonorrhée), du rectum (hémorroïdes

et oxyures), de la vessie (quand elle est pleine d'urine, surtout

le matin, ou quand elle est excitée par un calcul); réplétion des

vésicules séminales par le sperme, ce qui se produit quand on est

couché sur le dos et que la pression des viscères sur les veines du

bassin produit une hyperhémie des parties génitales.

Le centre d'érection peut être excité aussi par l'irritation des

nombreux nerfs et ganglions qui se trouvent dans le tissu de la

prostate (prostatite, cathétérisme). Ce centre est aussi soumis à

des influences paralysantes de la part du cerveau, ainsi que nous le

montre l'expérience de Goltz qui a montré que, chez des chiens,

quand la moelle épinière est tranchée, l'érection se produit plus

facilement.

À l'appui de cette démonstration vient encore s'ajouter le fait que,

chez l'homme, l'influence de la volonté ou une forte émotion (crainte

de ne pas pouvoir coïter, surprise _inter actum sexualem_, etc.)

peuvent empêcher l'érection ou la faire cesser quand elle existe.

La durée de l'érection dépend de la durée des causes excitantes

(excitation des sens ou sensation), de l'absence des causes

entravantes, de l'énergie d'innervation du centre, ainsi que de la

production tardive ou hâtive de l'éjaculation.

La cause importante et centrale du mécanisme sexuel réside dans la

périphérie du cerveau. Il est tout naturel de supposer qu'une région

de cette périphérie (centre cérébral) soit le siège des manifestations

et des sensations sexuelles, des images et des désirs, le lieu

d'origine de tous les phénomènes psychosomatiques qu'on désigne

ordinairement sous les noms de sens sexuel, sens génésique et instinct

sexuel. Ce centre peut être animé aussi bien par des excitations

centrales que par des excitations périphériques.

Des excitations centrales peuvent se produire par suite d'irritations

organiques dues à des maladies de la périphérie du cerveau. Elles

se produisent physiologiquement par des excitations psychiques

(représentations de la mémoire ou perceptions des sens).

Dans les conditions physiologiques, il s'agit surtout de perceptions

visuelles et d'images évoquées par la mémoire (par exemple, par

une lecture lascive); puis d'impressions tactiles (attouchements,

serrements de mains, accolade, etc.). Par contre le sens auditif et

le sens olfactif ne jouent qu'un rôle secondaire dans le domaine

physiologique. Mais, dans certaines circonstances pathologiques, ce

dernier a une grande importance pour l'excitation sexuelle. Chez les

animaux, l'influence des perceptions olfactives sur le sens génésique

est de toute évidence. Althaus (_Beiträge zur Physiol. u. Pathol. des

Olfactorius, Arch. für Psych._, XII, H. 1) déclare nettement que le

sens olfactif est d'une grande importance pour la reproduction de

l'espèce. Il fait ressortir que les animaux de sexe différent sont

attirés l'un vers l'autre par la perception olfactive et que, à la

période du rut, il s'exhale de leurs parties génitales une odeur

pénétrante. Une expérience faite par Schiff vient à l'appui de cette

assertion. Schiff a enlevé les nerfs olfactifs à de jeunes chiens

nouveau-nés, et il a constaté que ces mêmes chiens, devenus grands,

ne pouvaient distinguer un mâle d'une femelle. Mantegazza (_Hygiène de

l'amour_) a fait un essai en sens inverse. Il a enlevé les yeux à

des lapins et il a constaté que cette défectuosité artificielle n'a

nullement empêché l'accouplement de ces animaux. Cette expérience nous

montre quelle importance paraît avoir le sens olfactif dans la _vita

sexualis_ des animaux.

Il est à noter aussi que certains animaux (musc, chat de Zibeth,

castor) ont, dans les parties génitales, des glandes qui dégagent des

matières fortement odorantes.

Même en ce qui concerne l'homme, Althaus a mis en relief les

corrélations qui existent entre le sens olfactif et le sens génésique.

Il cite Cloquet (_Osphrésiologie_, Paris, 1826). Celui-ci appelle

l'attention sur le pouvoir excitant des fleurs; il rappelle l'exemple

de Richelieu qui vivait dans une atmosphère imprégnée des plus forts

parfums pour stimuler ses fonctions sexuelles.

Zippe (_Wiener med. Wochenschrift_, 1879, nº 25), parlant d'un cas

de kleptomanie observé chez un onaniste, fait aussi ressortir ces

corrélations, et il cite comme témoin Hildebrand qui dit, dans sa

_Physiologie populaire_: «On ne peut pas nier que le sens olfactif

n'ait quelque connexité avec les fonctions sexuelles.» Les parfums des

fleurs provoquent souvent des sensations de volupté et, si nous

nous rappelons ce passage du _Cantique des cantiques_: «Mes mains

dégouttaient de myrrhe et la myrrhe s'est écoulée sur mes doigts posés

sur le verrou de la serrure»,--nous verrons que le roi Salomon avait

déjà fait cette observation. En Orient, les parfums sont très aimés à

cause de leur effet sur les parties génitales, et les appartements des

femmes du Sultan exhalent l'odeur de toutes sortes de fleurs.

Most, professeur à Rostock, raconte le fait suivant: «J'ai appris d'un

jeune paysan voluptueux qu'il avait excité à la volupté maintes filles

chastes et atteint facilement son but en passant, pendant la danse,

son mouchoir sous ses aisselles et en essuyant ensuite, avec ce

mouchoir, la figure de sa danseuse.» La perception intime de la

transpiration d'une personne peut devenir la première cause d'un amour

passionné. Comme preuve, nous citerons le cas de Henri III qui, à

l'occasion des noces de Marguerite de Valois avec le roi de Navarre,

s'essuya la figure avec la chemise trempée de sueur de Marie de

Clèves. Bien que Marie fût la fiancée du prince de Condé, Henri

conçut subitement pour elle une passion si violente qu'il n'y

pouvait résister et que, fait historique, il la rendit pour cela très

malheureuse. On raconte un fait analogue sur Henri IV. Sa passion pour

la belle Gabrielle aurait pris naissance parce que, dans un bal, il se

serait essuyé le front avec le mouchoir de cette dame.

Le professeur Jaeger (_Entdecke der Seele_) indique dans son livre le

même fait, quand il dit (page 173) que la sueur joue un rôle important

dans les affections sexuelles et qu'elle exerce une vraie séduction.

De la lecture de l'ouvrage de Ploss (_Das Weib_), il ressort que, en

psychologie, on voit maintes fois la transpiration du corps exercer

une sorte d'attraction sur une personne d'un autre sexe.

À ce propos, il faut citer un usage qui, au rapport de Jagor, exista

chez les amoureux indigènes des îles Philippines. Lorsqu'il arrive,

dans ce pays, qu'un couple amoureux est forcé de se séparer pour

quelque temps, l'homme et la femme échangent des pièces de linge dont

ils se sont servis, pour s'assurer une mutuelle fidélité. Ces objets

sont soigneusement gardés, couverts de baisers et reniflés. La

prédilection de certains libertins et de certaines femmes sensuelles

pour les parfums[18] prouve également la connexité qui existe entre le

sens olfactif et le sens sexuel.

[Note 18: Comparer Laycock (_Nervous diseases of women_, 1840),

qui trouve un rapport entre la prédilection pour le musc et les

parfums similaires et l'exaltation sexuelle chez les femmes.]

Il faut encore citer un cas très remarquable, rapporté par Heschl

(_Wiener Zeitschrift f. pract. Heilkunde, 22 März 1861_), cas où il

a constaté simultanément le manque des deux bosses olfactives

et l'atrophie des parties génitales. Il s'agissait d'un homme de

quarante-cinq ans, bien fait, dont les testicules avaient le volume

d'une fève, étaient dépourvus de canaux déférents et dont le larynx

avait des dimensions féminines. Il y avait chez lui absence totale

de nerfs olfactifs. Le triangle olfactif et le sillon à la base

inférieure des lobes antérieurs du cerveau manquaient également.

Les trous de la lame criblée étaient clairsemés; au lieu de nerfs,

c'étaient des prolongements de la dure-mère qui passaient par ces

trous. Sur la membrane pituitaire du nez, on constatait la même

absence de nerfs. Il faut noter aussi le consensus qui se manifeste

nettement entre l'organe olfactif et l'organe sexuel dans certaines

maladies mentales. Les hallucinations olfactives sont très

fréquentes dans les psychoses des deux sexes qui ont pour origine la

masturbation, de même que dans les psychoses des femmes, causées par

les maladies des parties génitales ou les phénomènes de la ménopause;

par contre, dans les cas où il n'y a pas de causes sexuelles, les

hallucinations olfactives sont très rares.

Je mets en doute cependant que, chez les individus normaux, les

sensations olfactives jouent, comme chez les animaux, un grand rôle

dans l'excitation du centre sexuel[19].

[Note 19: L'observation suivante, que nous donne Binet, semble

contredire cette opinion. Malheureusement il ne nous a rien dit sur

la personnalité du sujet de son observation. Dans tous les cas, sa

constatation est très significative pour la connexité qui existe entre

le sens olfactif et le sens sexuel. D..., étudiant en médecine, étant

assis un jour sur un banc dans un square et occupé à lire un livre

de pathologie, remarqua que, depuis un moment, il était gêné par une

érection persistante. En se retournant, il s'aperçut qu'une femme

qui répandait une odeur assez forte, était assise sur l'autre bout du

banc. Il attribua à l'impression olfactive, qu'il avait ressentie sans

en avoir conscience, le phénomène d'excitation génitale.]

Nous avons cru devoir parler, dès maintenant, de la connexité

qui existe entre le sens olfactif et le sens sexuel, étant donnée

l'importance de ce consensus pour la compréhension de certains cas

pathologiques.

Il y a, à côté de ces rapports physiologiques, un fait intéressant à

noter: c'est qu'il existe une certaine analogie histologique entre le

nez et les organes génitaux, puisque tous deux (y compris le mamelon)

contiennent un tissu érectile.

J.N. Mackenzie (_Journal of medical Science_, 1884) a rapporté, à ce

sujet, de curieuses observations cliniques et physiologiques. Il a

constaté: 1º que chez un certain nombre de femmes, dont le nez était

sain, il se produisait régulièrement, à l'époque de la menstruation,

une congestion des corps bulbeux du nez, qui disparaissait après la

menstruation; 2º le phénomène d'une menstruation nasale substitutrice

qui, plus tard, a été souvent remplacée par une hémorrhagie utérine,

mais qui, dans certains cas, s'est manifestée périodiquement au moment

de la menstruation, pendant toute la durée de la vie sexuelle; 3º des

phénomènes d'irritation nasale, tels que des éternuements, etc.,

au moment d'une émotion sexuelle; et 4º l'inverse de ce phénomène,

c'est-à-dire des excitations accidentelles du système génital, à la

suite d'une maladie du nez.

Mackenzie a aussi observé que, chez beaucoup de femmes atteintes de

maladies du nez, ces maladies empirent pendant la menstruation; il

a, en outre, constaté que des excès _in Venere_ peuvent provoquer une

inflammation de la membrane pituitaire ou l'accentuer si elle existe

déjà.

Il rappelle aussi ce fait d'expérience que les masturbateurs sont

ordinairement atteints de maladies du nez et souffrent souvent

d'impressions olfactives anormales, de même que de rhinorrhagies.

D'après les expériences de Mackenzie, il y a des maladies du nez qui

résistent à tout traitement tant qu'on n'a pas supprimé les maladies

génitales qui existent en même temps chez le malade et qui, peut-être,

sont la cause de la maladie nasale.

La sphère sexuelle de l'écorce cérébrale peut être excitée par des

phénomènes produits dans les organes génitaux et dans le sens des

désirs et des représentations sexuels. Cet effet peut être produit par

tous les éléments qui, par une action centripète, excitent le centre

d'érection (excitation des vésicules séminales quand elles sont

remplies; gonflement des follicules de Graf; excitation sensible

quelconque, produite dans le voisinage des parties génitales;

hyperhémie et turgescence des parties génitales, particulièrement

des organes érectiles, des corps caverneux du pénis, du clitoris; vie

sédentaire et luxueuse; _plethora abdominalis_; température élevée;

lit chaud; vêtements chauds; usage de cantharide, de poivre et

d'autres épices).

Le _libido sexualis_ peut être aussi éveillé par l'excitation des

nerfs du siège (flagellation). Ce fait est très important pour la

compréhension de certains phénomènes physiologiques[20].

[Note 20: Meibomius, _De flagiorum usu in re medica_, London,

1765. Boileau: _The history of the flagellants_, London, 1783.]

Il arrive quelquefois que, par une correction appliquée sur le

derrière, on éveille chez des garçons les premiers mouvements de

l'instinct sexuel et on les pousse par là à la masturbation. C'est un

fait que les éducateurs de la jeunesse devraient bien retenir.

En présence des dangers que ce genre de punition peut offrir aux

élèves, il serait désirable que les parents, les maîtres d'école et

les précepteurs n'y eussent jamais recours.

La flagellation passive peut éveiller la sensualité, ainsi que le

prouve l'histoire de la secte des flagellants, très répandue aux

XIIIe, XIVe et XVe siècles, et dont les adeptes se flagellaient

eux-mêmes, soit pour faire pénitence, soit pour mortifier la chair

dans le sens du principe de chasteté prêché par l'Église, c'est-à-dire

l'émancipation du joug de la volupté.

À son début, cette secte fut favorisée par l'Église. Mais, comme la

flagellation agissait comme un stimulant de la sensualité et que ce

fait se manifestait par des incidents très fâcheux, l'Église se vit

dans la nécessité d'agir contre les flagellants. Les faits suivants,

tirés de la vie de deux héroïnes de la flagellation, Maria-Magdalena

de Pazzi et Élisabeth de Genton, sont une preuve caractéristique de la

stimulation sexuelle produite par la flagellation.

Maria-Magdalena, fille de parents d'une haute position sociale,

était religieuse de l'ordre des Carmes, à Florence, en 1580. Les

flagellations, et plus encore les conséquences de ce genre de

pénitence, lui ont valu une grande célébrité et une place dans

l'histoire. Son plus grand bonheur était quand la prieure lui faisait

mettre les mains derrière le dos et la faisait fouetter sur les reins

mis à nu, en présence de toutes les soeurs du couvent.

Mais les flagellations qu'elle s'était fait donner dès sa première

jeunesse avaient complètement détraqué son système nerveux; il n'y

avait pas une héroïne de la flagellation qui eût tant d'hallucinations

qu'elle. Pendant ces hallucinations, elle délirait toujours d'amour.

La chaleur intérieure semblait vouloir la consumer, et elle s'écriait

souvent: «Assez! n'attise pas davantage cette flamme qui me dévore. Ce

n'est pas ce genre de mort que je désire; il y aurait trop de plaisir

et trop de charmes.» Et ainsi de suite. Mais l'esprit de l'Impur lui

suggérait les images les plus voluptueuses, de sorte qu'elle était

souvent sur le point de perdre sa chasteté.

Il en était presque de même avec Élisabeth de Genton. La flagellation

la mettait dans un état de bacchante en délire. Elle était prise d'une

sorte de rage quand, excitée par une flagellation extraordinaire, elle

se croyait mariée avec son «idéal». Cet état lui procurait un bonheur

si intense qu'elle s'écriait souvent: «O amour! O amour infini! O

amour! O créatures, criez donc toutes avec moi: Amour! amour!»

On connaît aussi ce fait, confirmé par Taxil (_op. cit._, p. 145), que

des viveurs se font quelquefois flageller, avant l'acte sexuel, pour

exciter leur puissance génitale languissante.

On trouve une confirmation très intéressante de ces faits dans les

observations suivantes que nous empruntons au _Flagellum salutis_ de

Paullini (1re édition, 1698, réimprimée à Stuttgart, 1847):

«Il y a certaines nations, notamment les Perses et les Russes,

chez lesquels, et particulièrement chez les femmes, les coups sont

considérés comme une marque particulière d'amour et de faveur. Les

femmes russes surtout ne sont contentes et joyeuses que lorsqu'elles

ont reçu de bons coups de leurs maris, ainsi que nous l'explique, dans

un récit curieux, Jean Barclajus.

«Un Allemand nommé Jordan vint en Moscovie et, comme le pays lui

plaisait, il s'y établit et épousa une femme russe qu'il aimait

beaucoup et pour laquelle il était gentil en tous points. Mais elle

faisait toujours la mine, baissait les yeux, et ne faisait entendre

que des plaintes et des gémissements. L'époux voulut savoir pourquoi,

car il ne pouvait comprendre ce qu'elle avait. «Eh! dit-elle, vous

prétendez m'aimer et vous ne m'en avez encore donné aucune preuve.» Il

l'embrassa et la pria de lui pardonner si, par hasard et à son insu,

il l'avait offensée: il ne recommencerait plus. «Rien ne me manque,

répondit-elle, sauf le fouet qui, selon l'usage de mon pays, est

une marque d'amour.» Jordan se le tint pour dit et il se conforma à

l'usage. À partir de ce moment cette femme aima éperdument son mari.

«Une pareille histoire nous est racontée aussi par Peter Petreus,

d'Erlesund, avec ce détail complémentaire, qu'au lendemain de la noce

les hommes ajoutent aux objets indispensables du ménage, un fouet.»

À la page 73 de ce livre curieux, nous lisons encore:

«Le célèbre comte Jean Pic de la Mirandole, assure qu'un de ses amis

qui était un gaillard insatiable, était si paresseux et si inhabile

aux luttes amoureuses qu'il ne pouvait rien faire avant qu'il n'eût

reçu une bonne raclée. Plus il voulait satisfaire son désir, plus

il exigeait de coups et de violences puisqu'il ne pouvait avoir

de bonheur s'il n'avait été fouetté jusqu'au sang. Dans ce but, il

s'était fait faire une cravache spéciale qu'il mettait pendant la

journée dans du vinaigre; ensuite il la donnait à sa compagne et la

priait à genoux de ne pas frapper à côté, mais de frapper fort, le

plus fort possible. C'est, dit le brave comte, le seul homme qui

trouve son plaisir dans une torture pareille. Et comme cet homme

n'était pas méchant, il reconnaissait et détestait sa faiblesse. Une

pareille histoire est mentionnée par Coelius Rhodigin, à qui l'a

empruntée le célèbre jurisconsulte Andréas Tiraquell. À l'époque

du célèbre médecin Otto Brunfels, vivait dans la résidence du grand

électeur bavarois, à Munich, un bon gas qui, cependant, ne pouvait

jamais faire l'amour sans avoir reçu auparavant des coups bien

appliqués. M. Thomas Barthelin a connu aussi un Vénitien qu'il fallait

échauffer et stimuler à l'acte sexuel par des coups. De même Cupidon

entraîne ses fidèles avec une baguette d'hyacinthe. Il y a quelques

années, vivait à Lubeck, dans la Muhlstrasse, un marchand de fromages

qui, accusé d'adultère devant les autorités, devait être expulsé de

la ville. Mais la catin avec laquelle il s'était commis, alla chez

les magistrats et demanda grâce pour lui en racontant combien pénibles

étaient au coupable ses accouplements. Car il ne pouvait rien

faire avant qu'on ne lui eût donné une bonne volée de bois vert. Le

gaillard, par honte et de crainte d'être ridiculisé, ne voulait pas

l'avouer d'abord, mais, quand on le pressa de questions, il ne sut

plus nier. Dans les Pays-Bas réunis, dit-on, il y eut un homme de

grande considération qui était affligé de la même maladie et qui

était incapable de faire la bagatelle s'il n'avait pas reçu des coups

auparavant. Lorsque les autorités en furent informées, cet homme fut

non seulement révoqué de ses fonctions mais encore puni comme il le

méritait. Un ami, un physicien digne de foi, qui habitait une ville

libre de l'Empire allemand, me rapporta, le 14 juillet de l'année

passée, comme quoi une femme de mauvaises moeurs, étant à l'hôpital,

avait raconté à une de ses camarades qu'un individu l'avait invitée,

elle et une autre femme de la même catégorie, à aller avec lui dans

la forêt. Lorsqu'elles furent arrivées, le gaillard coupa des verges,

exposa son derrière tout nu et ordonna aux femmes de taper dessus, ce

qu'elles firent. Ce qu'il a fait ensuite avec les femmes, on peut

le deviner facilement. Non seulement des hommes se sont excités à

la lubricité par les coups, mais des femmes aussi, afin de jouir

davantage. La Romaine se faisait fouetter dans ce but par Lupercus.

Car ainsi chante Juvénal:

_Steriles moriuntur, et illis

Turgida non prodest condita pyscido Lyde:

Nec prodest agili palmas præbere Luperco._

Il y a, chez la femme ainsi que chez l'homme, d'autres régions et

organes érectibles qui peuvent produire l'érection, l'orgasme et même

l'éjaculation. Ces «zones érogènes» sont chez la femme, tant qu'elle

est _virgo_, le clitoris, et, après la défloration, le vagin et le col

de l'utérus.

Le mamelon surtout semble avoir un effet érogène chez la femme.

La _titillatio hujus regionis_ joue un rôle important dans l'_Ars

erotica_. Dans son _Anatomie topographique_ (édition de 1865, p. 552),

Hyrtl cite Valentin Hildenbrandt qui avait observé, chez une jeune

fille, une anomalie particulière du penchant sexuel, qu'il appelait

_suctusstupratio_. Cette jeune fille s'était laissé téter les mamelons

par son galant. Bientôt, en tirant, elle arriva à pouvoir les sucer

elle-même, ce qui lui causait les sensations les plus agréables. Hyrtl

rappelle, à ce propos, qu'on voit quelquefois des vaches qui tètent

leurs propres tétines.

L. Brunn (_Zeitg f. Litteratur, etc., d. Hamburger Correspondenten_)

fait remarquer, dans une étude intéressante sur «La sensualité et

l'amour du prochain», avec quel zèle la mère qui nourrit elle-même son

nourrisson, s'occupe de faire téter l'enfant. Elle le fait, dit-il,

«par amour pour l'être faible, incomplet, impuissant».

Il est tout indiqué de supposer, qu'en dehors des mobiles éthiques

dont nous venons de faire mention, que le fait de donner à téter à

l'enfant produit peut-être une sensation de plaisir charnel et joue

un rôle assez important. Ce qui plaide en faveur de cette hypothèse,

c'est une observation de Brunn, observation très juste en elle-même,

bien que mal interprétée. Il rappelle que, d'après les observations

de Houzeau, chez la plupart des animaux, la tendresse intime entre la

mère et l'enfant n'existe que pendant la période de l'allaitement et

qu'elle fait place, plus tard, à une indifférence complète.

Le même fait (l'affaiblissement de l'affection pour l'enfant après le

sevrage) a été observé par Bastian chez certains peuples sauvages.

Dans certains états pathologiques, ainsi que cela ressort de la thèse

de doctorat de Chambard, des endroits du corps voisins des mamelles

(chez les hystériques) ou des parties génitales peuvent jouer le rôle

de zones érogènes.

Chez l'homme, la seule zone érogène, au point de vue physiologique,

c'est le gland et peut-être aussi la peau des parties extérieures des

organes génitaux. Dans certains cas pathologiques, l'anus peut

devenir érogène--cela expliquerait l'automasturbation anale, cas

très fréquent, et la pédérastie passive (Comparez Garnier, _Anomalies

sexuelles_, Paris, p. 514, et A. Moll, _L'Inversion sexuelle_, p.

163).

Le processus psychophysiologique qui forme le sens sexuel, est ainsi

composé:

1º Représentations évoquées par le centre ou par la périphérie;

2º Sensations de plaisir qui se rattachent à ces évocations.

Il en résulte le désir de la satisfaction sexuelle (_libido

sexualis_). Ce désir devient plus fort à mesure que l'excitation du

cône cérébral, par des images correspondantes et par l'intervention

de l'imagination, accentue les sensations de plaisir, et que,

par l'excitation du centre d'érection et l'hyperhémie des organes

génitaux, ces sensations de plaisir sont poussées jusqu'aux sensations

de volupté (sécrétion de _liquor prostaticus_ dans l'urèthre, etc.).

Si les circonstances sont favorables à l'accomplissement de l'acte

sexuel et satisfont l'individu, il cédera au penchant qui devient de

plus en plus vif. Dans le cas contraire, il se produit des idées qui

font cesser le rut, entravent la fonction du centre d'érection et

empêchent l'acte sexuel.

Les idées qui arrêtent les désirs sexuels doivent être à la portée

de l'homme civilisé, chose importante pour lui. La liberté morale

de l'individu dépend, d'une part, de la puissance des désirs et des

sentiments organiques qui accompagnent la poussée sexuelle; d'autre

part, des idées qui lui opposent un frein.

Ces deux éléments décident si l'individu doit ou non aboutir à la

débauche et même au crime. La constitution physique et, en général,

les influences organiques exercent une puissante action sur la force

des éléments impulsifs; l'éducation et la volonté morale sont les

mobiles des idées de résistance.

Les forces impulsives et les forces d'arrêt sont choses variables.

L'abus de l'alcool produit à ce sujet une influence néfaste, puisqu'il

éveille et augmente le _libido sexualis_ et diminue en même temps la

force de résistance morale.

Étude Médico-Légale: Psychopathia Sexualis avec recherches spéciales sur l'inversion sexuelle · 第 10 / 88 题