FRAGMENTS D'UNE PSYCHOLOGIE DE LA VIE SEXUELLE

L'instinct sexuel comme base des sentiments éthiques.--L'amour

comme passion.--La vie sexuelle aux diverses époques de

la civilisation.--La pudeur.--Le Christianisme.--La

monogamie.--La situation de la femme dans l'Islam.--Sensualité

et moralité.--La vie sexuelle se moralise avec les progrès de

la civilisation.--Périodes de décadence morale dans la vie

des peuples.--Le développement des sentiments sexuels

chez l'individu.--La puberté.--Sensualité et extase

religieuse.--Rapports entre la vie sexuelle et la vie

religieuse.--La sensualité et l'art.--Caractère idéaliste

du premier amour.--Le véritable amour.--La

sentimentalité.--L'amour platonique.--L'amour et

l'amitié.--Différence entre l'amour de l'homme et celui de

la femme.--Célibat.--Adultère.--Mariage.--Coquetterie.--Le

fétichisme physiologique.--Fétichisme religieux et

érotique.--Les cheveux, les mains, les pieds de la femme

comme fétiches.--L'oeil, les odeurs, la voix, les caractères

psychiques comme fétiches.

La perpétuité de la race humaine ne dépend ni du hasard ni du

caprice des individus: elle est garantie par un instinct naturel

tout-puissant, qui demande impérieusement à être satisfait. La

satisfaction de ce besoin naturel ne procure pas seulement une

jouissance des sens et une source de bien-être physique, mais aussi

une satisfaction plus élevée: celle de perpétuer notre existence

passagère en léguant nos qualités physiques et intellectuelles à de

nouveaux êtres. Avec l'amour physiologique, dans cette poussée de

volupté à assouvir son instinct, l'homme est au même niveau que la

bête; mais il peut s'élever à un degré où l'instinct naturel ne fait

plus de lui un esclave sans volonté, où les passions, malgré leur

origine sensuelle, font naître en lui des sentiments plus élevés et

plus nobles, et lui ouvrent un monde de sublime beauté morale.

C'est ainsi qu'il peut se placer au-dessus de l'instinct aveugle et

trouver dans la source inépuisable de ses sens un objet de stimulation

pour un plaisir plus noble, un mobile qui le pousse au travail

sérieux et à la lutte pour l'idéal. Aussi Maudsley[5] a très justement

remarqué que le sentiment sexuel est la base du développement

des sentiments sociaux. «Si on ôtait à l'homme l'instinct de la

procréation et de tout ce qui en résulte intellectuellement, on

arracherait de son existence toute poésie et peut-être toute idée

morale.»

[Note 5: _Deutsche Klinik_, 1873, 2, 3.]

En tout cas la vie sexuelle est le facteur le plus puissant de

l'existence individuelle et sociale, l'impulsion la plus forte pour

le déploiement des forces, l'acquisition de la propriété, la fondation

d'un foyer, l'inspiration des sentiments altruistes qui se manifestent

d'abord pour une personne de l'autre sexe, ensuite pour les enfants et

qui enfin s'étendent à toute la société humaine. Ainsi toute l'éthique

et peut-être en grande partie l'esthétique et la religion sont la

résultante du sens sexuel.

Mais, si la vie sexuelle peut devenir la source des plus grandes

vertus et de l'abnégation complète, sa toute-puissance offre aussi

le danger de la faire dégénérer en passion puissante et de donner

naissance aux plus grands vices.

L'amour, en tant que passion déchaînée, ressemble à un volcan qui

brûle tout et consomme tout; c'est un gouffre qui ensevelit l'honneur,

la fortune et la santé.

Au point de vue de la psychologie, il est fort intéressant de suivre

toutes les phases du développement que la vie sexuelle a traversées

aux diverses époques de la civilisation jusqu'à l'heure actuelle[6]. À

l'état primitif, la satisfaction des besoins sexuels est la même pour

l'homme et pour les animaux. L'acte sexuel ne se dérobe pas au public;

ni l'homme ni la femme ne se gênent pour aller tout nus[7].

[Note 6: Voy. Lombroso: _L'Homme criminel_.]

[Note 7: Voy. Ploss: _Das Weib._, 1884, p. 196 et suiv.]

On peut constater encore aujourd'hui cet état primitif chez beaucoup

de peuples sauvages tels que les Australiens, les Polynésiens et les

Malais des Philippines.

La femme est le bien commun des hommes, la proie temporaire du plus

fort, du plus puissant. Celui-ci recherche les plus beaux individus de

l'autre sexe et par là il fait instinctivement une sorte de sélection

de la race.

La femme est une propriété mobilière, une marchandise, objet de vente,

d'échange, de don, tantôt instrument de plaisir, tantôt instrument de

travail.

Le relèvement moral de la vie sexuelle commence aussitôt que la pudeur

entre dans les moeurs, que la manifestation et l'accomplissement

de la sexualité se cachent devant la société, et qu'il y a plus de

retenue dans les rapports entre les deux sexes. C'est de là qu'est

venue l'habitude de se couvrir les parties génitales--«ils se sont

aperçu qu'ils étaient nus»--et de faire en secret l'acte sexuel.

La marche vers ce degré de civilisation a été favorisée par le froid

du climat qui fait naître le besoin de se couvrir le corps. Ce qui

explique en partie ce fait, résultant des recherches anthropologiques,

que la pudeur s'est manifestée plus tôt chez les peuples du Nord que

chez les Méridionaux[8].

[Note 8: Voy. l'ouvrage si intéressant et si riche en documents

anthropologiques de Westermark: _The history of human mariage_. «Ce

n'est pas, dit Westermark, le sentiment de la pudeur qui a fait

naître l'habitude de se couvrir le corps, mais c'est le vêtement qui

a produit le sentiment de la pudeur.» L'habitude de se couvrir les

parties génitales est due au désir qu'ont les femmes et les hommes de

se rendre mutuellement plus attrayants.]

Un autre résultat du développement psychique de la vie sexuelle, c'est

que la femme cesse d'être une propriété mobilière. Elle devient une

personne, et, bien que pendant longtemps encore sa position sociale

soit de beaucoup inférieure à celle de l'homme, l'idée que la femme a

le droit de disposer de sa personne et de ses faveurs, commence à être

adoptée et gagne sans cesse du terrain.

Alors la femme devient l'objet des sollicitations de l'homme. Au

sentiment brutal du besoin sexuel se joignent déjà des sentiments

éthiques. L'instinct se spiritualise, s'idéalise. La communauté

des femmes cesse d'exister. Les individus des deux sexes se

sentent attirés l'un vers l'autre par des qualités physiques et

intellectuelles, et seuls deux individus sympathiques s'accordent

mutuellement leurs faveurs. Arrivée à ce degré, la femme sent que ses

charmes ne doivent appartenir qu'à l'homme qu'elle aime; elle a

donc tout intérêt à les cacher aux autres. Ainsi, avec la pudeur

apparaissent les premiers principes de la chasteté et de la fidélité

conjugale, pendant la durée du pacte d'amour.

La femme arrive plus tôt à ce niveau social, quand les hommes,

abandonnant la vie nomade, se fixent à un endroit, créent pour la

femme un foyer, une demeure. Alors, naît en même temps le besoin de

trouver dans l'épouse une compagne pour le ménage, une maîtresse pour

la maison.

Parmi les peuples d'Orient les anciens Égyptiens, les Israélites et

les Grecs, parmi les nations de l'Occident les Germains, ont atteint

dans l'antiquité ce degré de civilisation. Aussi trouve-t-on chez eux

l'appréciation de la virginité, de la chasteté, de la pudeur et de la

fidélité conjugale, tandis que chez les autres peuples plus primitifs

on offrait sa compagne à l'hôte pour qu'il en jouisse charnellement.

La moralisation de la vie sexuelle indique déjà un degré supérieur de

civilisation, car elle s'est produite beaucoup plus tard que beaucoup

d'autres manifestations de notre développement intellectuel. Comme

preuve, nous ne citerons que les Japonais chez qui l'on a l'habitude

de n'épouser une femme qu'après qu'elle a vécu pendant des années dans

les maisons de thé qui là-bas jouent le même rôle que les maisons de

prostitution européennes. Chez les Japonais, on ne trouve pas du tout

choquant que les femmes se montrent nues. Toute femme non mariée peut

se prostituer sans perdre de sa valeur comme future épouse. Il en

ressort que, chez ce peuple curieux, la femme, dans le mariage,

n'est qu'un instrument de plaisir, de procréation et de travail, mais

qu'elle ne représente aucune valeur éthique.

La moralisation de la vie sexuelle a reçu son impulsion la plus

puissante du christianisme, qui a élevé la femme au niveau social de

l'homme et qui a transformé le pacte d'amour entre l'homme et la femme

en une institution religieuse et morale[9].

[Note 9: Cette opinion, généralement adoptée et soutenue par

beaucoup d'historiens, ne saurait être acceptée qu'avec certaines

restrictions. C'est le Concile de Trente qui a proclamé nettement le

caractère symbolique et sacramental du mariage, quoique, bien avant,

l'esprit de la doctrine chrétienne eût affranchi et relevé la femme

de la position inférieure qu'elle occupait dans l'antiquité et dans

l'Ancien Testament.

Cette tardive réhabilitation de la femme s'explique en partie par les

traditions de la Genèse, d'après lesquelles la femme, faite de la

côte de l'homme, n'était qu'une créature secondaire; et par le péché

originel qui lui a attiré cette malédiction: «Que ta volonté soit

soumise à celle de l'homme.» Comme le péché originel, dont l'Ancien

Testament rend la femme responsable, constitue le fondement de la

doctrine de l'Église, la position sociale de la femme a dû rester

inférieure jusqu'au moment où l'esprit du christianisme l'a emporté

sur la tradition et sur la scholastique. Un fait digne de remarque:

les Évangiles, sauf la défense de répudiation (Math., 18, 9), ne

contiennent aucun passage en faveur de la femme. L'indulgence envers

la femme adultère et la Madeleine repentante ne touche en rien à la

situation sociale de la femme. Par contre, les lettres de saint Paul

insistent pour que rien ne soit changé dans la situation sociale de

la femme. «Les femmes, dit-il, doivent être soumises à leurs maris; la

femme doit craindre l'homme.» (Épîtres aux Corinthiens, 11, 3-12. Aux

Éphésiens, 5, 22-23)

Des passages de Tertullien nous montrent combien les Pères de l'Église

étaient prévenus contre la race d'Ève: «Femme, dit Tertullien, tu

devrais aller couverte de guenilles et en deuil; tes yeux devraient

être remplis de larmes: tu as perdu le genre humain.»

Saint Jérôme en veut particulièrement aux femmes. Il dit entre autres:

«La femme est la porte de Satan, le chemin de l'injustice, l'aiguillon

du scorpion» (_De cultu feminarum_, t. 1)

Le droit canonique déclare: «Seul l'être masculin est créé selon

l'image de Dieu et non la femme; voilà pourquoi la femme doit servir

l'homme et être sa domestique.»

Le Concile provincial de Mâcon, réuni au VIe siècle, discutait

sérieusement la question de savoir si la femme a une âme.

Ces opinions de l'Église ont produit leur effet sur les peuples

qui ont embrassé le christianisme. À la suite de leur conversion au

christianisme, les Germains ont réduit la taxe de guerre des femmes,

évaluation naïve de la valeur de la femme. (J. Falke, _Die ritterliche

Gesellschaft_. Berlin, 1863, p. 49.--_Uber die schützung beider

Geschlechter bei den Juden s. Mosis_, 27, 3-4.)

La polygamie, reconnue légitime par l'Ancien Testament (Deutéronome,

21-15), n'est pas interdite par le Nouveau. En effet, des souverains

chrétiens (des rois mérovingiens, comme Chlotaire 1er, Charibert 1er,

Pépin 1er et beaucoup de Francs nobles) ont été polygames. À cette

époque, l'Église n'y trouvait rien à redire. (Weinhold, _Die deutchen

Frauen im mittelalter_, II, p. 15. Voy. aussi: Unger: _Die Ehe_, et

l'ouvrage de Louis Bridel: _La Femme et le Droit_, Paris, 1884.)]

Ainsi on a admis ce fait que l'amour de l'homme, au fur et à mesure

que marche la civilisation, ne peut avoir qu'un caractère monogame et

doit se baser sur un traité durable. La nature peut se borner à exiger

la perpétuité de la race; mais une communauté, soit famille, soit

État, ne peut exister sans garanties pour la prospérité physique,

morale et intellectuelle des enfants procréés. En faisant de la

femme l'égale de l'homme, en instituant le mariage monogame et en le

consolidant par des liens juridiques, religieux et moraux, les peuples

chrétiens ont acquis une supériorité matérielle et intellectuelle

sur les peuples polygames et particulièrement sur les partisans de

l'Islam.

Bien que Mahomet ait eu l'intention de donner à la femme comme épouse

et membre de la société, une position plus élevée que celle d'esclave

et d'instrument de plaisir, elle est restée, dans le monde de l'Islam,

bien au-dessous de l'homme, qui seul peut demander le divorce et qui

l'obtient facilement.

En tout cas, l'Islam a exclu la femme de toute participation aux

affaires publiques et, par là, il a empêché son développement

intellectuel et moral. Aussi, la femme musulmane est restée un

instrument pour satisfaire les sens et perpétuer la race, tandis

que les vertus de la femme chrétienne, comme maîtresse de maison,

éducatrice des enfants et compagne de l'homme, ont pu se développer

dans toute leur splendeur. L'Islam, avec sa polygamie et sa vie de

sérail, forme un contraste frappant en face de la monogamie et de la

vie de famille du monde chrétien. Ce contraste se manifeste aussi dans

la manière dont les deux cultes envisagent la vie d'outre-tombe.

Les croyants chrétiens rêvent un paradis exempt de toute sensualité

terrestre et ne promettant que des délices toutes spirituelles;

l'imagination du musulman rêve d'une existence voluptueuse dans un

harem peuplé de superbes houris.

Malgré tout ce que la religion, l'éducation et les moeurs peuvent

faire pour dompter les passions sensuelles, l'homme civilisé est

toujours exposé au danger d'être précipité de la hauteur de l'amour

chaste et moral dans la fange de la volupté brutale.

Pour se maintenir à cette hauteur-là, il faut une lutte sans trêve

entre l'instinct et les bonnes moeurs, entre la sensualité et la

moralité. Il n'est donné qu'aux caractères doués d'une grande force de

volonté de s'émanciper complètement de la sensualité et de goûter cet

amour pur qui est la source des plus nobles plaisirs de l'existence

humaine.

L'humanité est-elle devenue plus morale au cours de ces derniers

siècles? Voilà une question sujette à discussion. Dans tous les cas

elle est devenue plus pudique, et cet effet de la civilisation qui

consiste à cacher les besoins sensuels et brutaux, est du moins une

concession faite par le vice à la vertu.

En lisant l'ouvrage de Scherr (_Histoire de la civilisation

allemande_), chacun recueillera l'impression que nos idées de moralité

se sont épurées en comparaison de celles du moyen âge; mais il faudra

bien admettre que la grossièreté et l'indécence de cette époque ont

fait place à des moeurs plus décentes sans qu'il y ait plus de

moralité.

Si cependant on compare des époques plus éloignées l'une de l'autre,

on constatera sûrement que, malgré des décadences périodiques, la

moralité publique a fait des progrès à mesure que la civilisation

s'est développée, et que le christianisme a été un des moyens les plus

puissants pour amener la société sur la voie des bonnes moeurs.

Nous sommes aujourd'hui bien loin de cet âge où la vie sexuelle se

manifestait dans l'idolâtrie sodomite, dans la vie populaire, dans

la législation, et dans la pratique du culte des anciens Grecs, sans

parler du culte du Phallus et de Priape chez les Athéniens et les

Babyloniens, ni des Bacchanales de l'antique Rome, ni de la situation

privilégiée que les hétaïres ont occupée chez ces peuples.

Dans ce développement lent et souvent imperceptible de la moralité

et des bonnes moeurs, il y a quelquefois des secousses et des

fluctuations, de même que dans l'existence individuelle la vie

sexuelle a son flux et son reflux.

Dans la vie des peuples les périodes de décadence morale coïncident

toujours avec les époques de mollesse et de luxe. Ces phénomènes ne

peuvent se produire que lorsqu'on demande trop au système nerveux qui

doit satisfaire à l'excédent des besoins. Plus la nervosité augmente,

plus la sensualité s'accroît, poussant les masses populaires aux excès

et à la débauche, détruisant les bases de la société: la moralité et

la pureté de la vie de famille. Et quand la débauche, l'adultère et le

luxe ont rongé ces bases, l'écroulement de l'État, la ruine politique

et morale devient inévitable. L'exemple de Rome, de la Grèce, de la

France sous Louis XIV et Louis XV, peuvent nous servir de leçons[10].

Dans ces périodes de décadence politique et morale on a vu des

aberrations monstrueuses de la vie sexuelle, mais ces aberrations ont

pu, du moins en partie, être attribuées à l'état névropathologique ou

psychopathologique de la population.

[Note 10: Voy. Friedlander: _Sittengeschichte Roms_; Wiedmeister:

_Cæsarenwahnsinn_; Suétone; Moreau: _Des aberrations du sens

génésique_.]

Il ressort de l'histoire de Babylone, de Ninive, de Rome, de même

que de celle des capitales modernes, que les grandes villes sont des

foyers de nervosité et de sensualité dégénérée. À ce propos il faut

rappeler que, d'après l'ouvrage de Ploss, les aberrations du

sens génésique ne se produisent pas chez les peuples barbares ou

semi-barbares, si l'on veut excepter les Aleutes et la masturbation

des femmes orientales et hottentotes[11].

[Note 11: Cette assertion est en contradiction avec les

constatations de Lombroso et de Friedreich. Ce dernier, notamment,

prétend que la pédérastie est très fréquente chez les sauvages de

l'Amérique. (_Hdb. der Gerichtsärztl. Praxis_, 1843, I, p. 271.)]

L'étude de la vie sexuelle de l'individu doit commencer au moment du

développement de la puberté et le suivre à travers toutes ses phases,

jusqu'à l'extinction du sens sexuel.

Mantegazza, dans son livre: _Physiologie de l'Amour_, fait une belle

description de la langueur et des désirs qui se manifestent à l'éveil

de la vie sexuelle, de ces pressentiments, de ces sentiments vagues

dont l'origine remonte à une époque bien antérieure au développement

de la puberté. Cette période est peut-être la plus importante au point

de vue psychologique. Le nombre de nouvelles idées et de nouveaux

sentiments qu'elle fait naître nous permet déjà de juger de

l'importance que l'élément sexuel exerce sur la vie psychique.

Ces désirs d'abord obscurs et incompris, naissent de sensations

que des organes qui viennent de se développer ont éveillées; ils

produisent en même temps une vive agitation dans le monde des

sentiments.

La réaction psychologique de la vie sexuelle se manifeste dans la

période de la puberté par des phénomènes multiples, mais tous mettent

l'âme dans un état passionnel et tous éveillent le désir ardent

d'exprimer sous une forme quelconque cet état d'âme étrange, de

l'objectiver pour ainsi dire.

La poésie et la religion s'offrent d'elles-mêmes pour satisfaire ce

besoin; elles reçoivent un stimulant de la vie sexuelle elle-même,

lorsque la période de développement du sens génésique est passée et

que les désirs incompris et obscurs sont précisés. Qu'on songe combien

fréquente est l'extase religieuse à l'âge de la puberté, combien

de fois des tentations sexuelles se sont produites dans la vie des

Saints[12] et en quelles scènes répugnantes, en quelles orgies

ont dégénéré les fêtes religieuses de l'antiquité, de même que les

meetings de certaines sectes modernes, sans parler du mysticisme

voluptueux qui se trouve dans les cultes des peuples de l'antiquité.

[Note 12: Consulter Friedreich, qui a cité de nombreux exemples.

Ainsi la nonne Blankebin était sans cesse tourmentée par la

préoccupation de savoir ce qu'a pu devenir la partie du corps du

Christ qu'on a enlevée lors de la circoncision.

Veronica Juliani, béatifiée par le pape Pie II, a, par vénération pour

l'Agneau céleste, pris un agneau véritable dans son lit, l'a couvert

de baisers et l'a laissé téter à ses mamelles, qui donnaient quelques

gouttelettes de lait.

Sainte Catherine de Gènes souffrait souvent d'une telle chaleur

intérieure que pour l'apaiser elle se couchait par terre et

criait: «Amour, amour, je n'en peux plus!» Elle avait une affection

particulière pour son père confesseur. Un jour elle porta à son nez

la main du confesseur et elle sentit un parfum qui lui pénétra au

coeur, «parfum céleste, dont les charmes pourraient réveiller les

morts».

Sainte Armelle et sainte Elisabeth étaient tourmentées d'une passion

analogue pour l'enfant Jésus. On connaît les tentations de saint

Antoine de Padoue. Nous citons encore comme très caractéristique cette

prière trouvée dans un très ancien missel: «Oh! puissé-je t'avoir

trouvé, très charmant Emmanuel, puissé-je t'avoir dans mon lit!

Combien mon âme et mon corps s'en réjouiraient! Viens, rentre chez

moi, mon coeur sera ta chambre!»]

Par contre, nous voyons souvent la volupté non satisfaite chercher et

trouver une compensation dans l'extase religieuse[13].

[Note 13: Consulter Friedreich: _Diagnostik der psych.

Krankheiten_, p. 247, et Neumann: _Lehrb. der Psychiatrie_, p. 80.]

La connexité entre le sens sexuel et religieux se montre aussi dans

le domaine psychopathologique. Il suffit de rappeler à ce propos la

puissante sensualité que manifestent beaucoup d'individus atteints

de monomanie religieuse; la confusion bizarre du délire religieux

et sexuel, comme on le constate si souvent dans les psychoses, par

exemple chez les femmes maniaques qui s'imaginent être la mère de

Dieu, mais surtout dans les psychoses produites par la masturbation;

enfin les flagellations cruelles et voluptueuses, les mutilations,

les castrations et même le crucifiement, tous actes inspirés par un

sentiment maladif d'origine religieuse et génitale en même temps.

Quand on veut expliquer les corrélations psychologiques qui existent

entre la religion et l'amour, on se heurte à de grandes difficultés.

Pourtant les analogies ne manquent pas.

Le sens sexuel et le sens religieux, envisagés au point de vue

psychologique, se composent l'un et l'autre de deux éléments.

La notion la plus primitive de la religion, c'est le sentiment de

la dépendance, fait constaté par Schleiermacher bien avant que les

sciences nouvelles de l'anthropologie et de l'ethnographie aient

abouti au même résultat par l'observation de l'état primitif. Chez

l'homme seul, arrivé à un niveau de civilisation plus élevé, le

deuxième élément qui est vraiment éthique, c'est-à-dire l'amour de la

divinité, entre dans le sentiment religieux. Aux mauvais démons des

peuples primitifs succèdent les êtres à deux faces, tantôt bons,

tantôt irrités, qui peuplent les mythologies plus compliquées; enfin

on arrive à l'adoration du Dieu souverainement bon, distributeur du

salut éternel, que ce salut soit la prospérité terrestre promise

par Jehova, ou les délices du paradis de Mahomet, ou la béatitude

éternelle du ciel des chrétiens, ou le Nirvana espéré par les

Bouddhistes.

Pour le sens sexuel, c'est l'amour, l'espoir d'une félicité sans

bornes, qui est l'élément primaire. En second lieu apparaît le

sentiment de la dépendance. Ce sentiment existe en germe chez les deux

êtres; pourtant il est plus développé chez la femme, étant donnés

la position sociale de cette dernière et son rôle passif dans la

procréation; par exception, il peut prévaloir chez des hommes dont le

caractère psychique tend vers le féminisme.

Dans le domaine religieux aussi bien que dans le domaine sexuel,

l'amour est mystique et transcendantal. Dans l'amour sexuel, on n'a

pas conscience du vrai but de l'instinct, la propagation de la

race, et la force de l'impulsion est si puissante qu'on ne saurait

l'expliquer par une connaissance nette de la satisfaction. Dans le

domaine religieux le bonheur désiré et l'être aimé sont d'une nature

telle qu'on ne peut pas en avoir une conception empirique. Ces deux

états d'âme ouvrent donc à l'imagination le champ le plus vaste.

Tous les deux ont un objet illimité: le bonheur, tel que le mirage de

l'instinct sexuel le présente, paraît incomparable et incommensurable

à côté de toutes les autres sensations de plaisir; on peut en dire

autant des félicités promises par la foi religieuse et qu'on se

représente comme infinies en temps et en qualité.

L'infini étant commun aux deux états d'âme que nous venons de décrire,

il s'ensuit que ces deux sentiments se développent avec une puissance

irrésistible et renversent tous les obstacles qui s'opposent à

leur manifestation. Leur similitude en ce qui concerne la nature

inconcevable de leur objet, fait que ces deux états d'âme sont

susceptibles de passer à l'état d'une vague extase où la vivacité du

sentiment l'emporte sur la netteté et la stabilité des idées. Dans ce

délire l'espoir d'un bonheur inconcevable ainsi que le besoin d'une

soumission illimitée jouent un rôle également important.

Les points communs qui existent entre les deux extases, points que

nous venons d'établir, expliquent comment, lorsqu'elles sont poussées

à un degré très élevé, l'une peut être la conséquence de l'autre, ou

bien l'une et l'autre peuvent surgir en même temps, car toute émotion

forte d'une fibre vivante de l'âme peut exciter les autres. La

sensation qui agit d'une manière continuelle et égale évoque tantôt

l'une, tantôt l'autre de ces deux sphères imaginatives. Ces deux états

d'âme peuvent aussi dégénérer en un penchant à la cruauté active ou

passive.

Dans la vie religieuse cet état engendre le besoin d'offrir des

sacrifices. On offre un holocauste d'abord parce qu'on croit qu'il

sera apprécié matériellement par la divinité, ensuite pour l'honorer

et lui rendre hommage, comme tribut; enfin parce qu'on croit expier

par ce moyen le péché ou la faute qu'on a commise envers la divinité,

et acquérir la félicité.

Si, comme cela arrive dans toutes les religions, le sacrifice consiste

dans la torture de soi-même, il est, chez les natures religieuses

très sensibles, non seulement un symbole de soumission et le prix d'un

bonheur futur acheté par les peines du moment, mais c'est aussi

une joie réelle, parce que tout ce qu'on croit venir de la divinité

chérie, tout ce qui se fait par son commandement ou en son honneur,

doit remplir l'âme de plaisir. L'ardeur religieuse devient alors

l'extase, état dans lequel l'intellect est tellement préoccupé des

sensations et des jouissances psychiques que la notion de la torture

subie peut exister sans la sensation de la douleur.

L'exaltation du délire religieux peut amener à trouver de la joie dans

le sacrifice des autres, si la notion du bonheur religieux est

plus forte que la pitié que nous inspire la douleur d'autrui. Des

phénomènes analogues peuvent se produire dans le domaine de la vie

sexuelle ainsi que le prouvent le Sadisme et particulièrement le

Masochisme.

Ainsi l'affinité souvent constatée entre la religion, la volupté et

la cruauté[14], peut se résumer par la formule suivante: le sens

religieux et le sens sexuel, arrivés au maximum de leur développement,

présentent des similitudes en ce qui concerne le quantum et la

nature de l'excitation; ils peuvent donc se substituer dans certaines

conditions. Tous deux peuvent dégénérer en cruauté, si les conditions

pathologiques nécessaires existent.

[Note 14: Cette trinité trouve son expression non seulement dans

les phénomènes de la vie réelle, tels qu'ils viennent d'être décrits,

mais aussi dans la littérature dévote et même dans les beaux-arts des

périodes de décadence. Sous ce rapport, on peut rappeler la triste

célébrité du groupe de sainte Thérèse de Bernini, qui, prise d'un

évanouissement hystérique, s'affaisse sur une blanche nuée, tandis

qu'un ange amoureux lui lance dans le coeur la flèche de l'amour

divin (Lübke).]

Le facteur sexuel exerce aussi une grande influence sur le

développement du sens esthétique. Que seraient les beaux-arts et la

poésie sans l'élément sexuel! C'est l'amour sensuel qui donne cette

chaleur d'imagination sans laquelle il n'y a pas de véritable oeuvre

d'art; c'est à la flamme des sentiments sensuels que l'art puise son

brûlant enthousiasme. On comprend alors pourquoi les grands poètes et

les grands artistes sont des natures sensuelles. Le monde de l'idéal

s'ouvre quand le sens sexuel fait son apparition. Celui qui, à cette

période de la vie, n'a pu s'enflammer pour le beau, le noble et le

grand, restera un philistin toute sa vie. Même ceux qui ne sont point

des poètes se mettent à faire des vers. Au moment du développement de

la puberté, quand la réaction physiologique commence à se produire,

les langueurs vagues, particulières à cette période, se manifestent

par des tendances au sentimentalisme outré et à la mortification qui

se développent jusqu'au _tædium vitæ_; souvent il s'y joint le désir

de causer de la douleur à autrui, ce qui offre une analogie vague avec

le phénomène de la connexité psychologique qui existe entre la volupté

et la cruauté.

L'amour de la première jeunesse a un caractère romanesque et

idéaliste. Il glorifie l'objet aimé jusqu'à l'apothéose. À ses débuts

il est platonique et préfère les êtres de la poésie et de l'histoire.

Avec l'éveil de la sensualité, cet amour court risque de reporter son

pouvoir d'idéalisation sur des personnes de l'autre sexe qui, au

point de vue physique, intellectuel et social, sont bien loin d'être

remarquables. Il peut en résulter des mésalliances, des faux pas,

toute l'histoire tragique de l'amour passionné qui se met en conflit

avec les principes moraux et sociaux et qui parfois trouve une

solution sinistre dans le suicide ou le double suicide.

L'amour trop sensuel ne peut jamais être ni durable ni vraiment

profond. Voilà pourquoi le premier amour est toujours très passager:

il n'est que le flamboiement subit d'une passion, un feu de paille.

Il n'y a de véritable amour que celui qui se base sur la connaissance

des qualités morales de la personne aimée, qui n'espère pas seulement

des jouissances, mais qui est prêt à supporter des souffrances pour

l'être aimé et à faire tous les sacrifices. L'amour de l'homme doué

d'une grande force de caractère ne recule devant aucune difficulté

ni aucun danger quand il s'agit d'arriver à la possession de la femme

adorée et de la conserver. Il engendre les actes d'héroïsme, le

mépris de la mort. Mais un tel amour court risque, dans certaines

circonstances, de pousser au crime, surtout s'il n'y a pas un fonds

solide de moralité. Un des vilains côtés de cet amour est la jalousie.

L'amour de l'homme faible est sentimental; il peut conduire au suicide

s'il n'est pas payé de retour ou s'il se heurte à des difficultés,

tandis que, dans des conditions analogues, l'homme fort peut devenir

un criminel. L'amour sentimental risque souvent de dégénérer en

caricature, surtout quand l'élément sensuel n'est pas assez fort.

Qu'on se rappelle, à ce propos, les chevaliers Toggenbourg, les Don

Quichotte, beaucoup de ménestrels et de trouvères du moyen âge.

Cet amour a un caractère fadasse, doucereux: par là même il peut

devenir ridicule; tandis que, dans d'autres cas, les manifestations de

ce sentiment puissant du coeur humain évoquent ou la compassion, ou

l'estime, ou l'horreur.

Souvent cet amour faible se porte sur d'autres objets: en poésie il

produit des poèmes insipides, en esthétique il mène à l'outrancisme,

en religion au mysticisme, à l'extase, et même, quand il y a un fond

sensuel plus fort, aux idées sectaires et à la folie religieuse. Il y

a quelque chose de tout cela dans l'amour non mûri de la puberté.

Les vers et les rimes, à cette période, ne supportent pas la lecture,

à moins qu'ils n'aient pour auteurs des poètes de vocation.

Malgré toute l'éthique dont l'amour a besoin pour s'élever à sa

vraie et pure expression, sa plus profonde racine est pourtant la

sensualité.

L'amour platonique est une absurdité, une duperie de soi-même, une

fausse interprétation d'un sentiment.

Quand l'amour a pour cause le désir sexuel, il ne peut se comprendre

qu'entre individus de sexe différent et capables de rapports sexuels.

Si ces conditions manquent ou si elles disparaissent, l'amour est

remplacé par l'amitié.

Il est à remarquer le rôle important que jouent les fonctions

sexuelles dans le développement et la conservation de la confiance de

l'homme en lui-même. On s'en rend compte quand on voit l'onaniste aux

nerfs affaiblis et l'homme devenu impuissant perdre leur caractère

viril et la confiance en leur propre valeur.

M. Gyurkovechky (_Männl. Impotenz._ Vienne, 1889) fait justement

remarquer que les vieillards et les jeunes gens diffèrent

psychiquement surtout par leur degré de puissance génitale, car

l'impuissance porte une grave atteinte à la gaieté, à la vie

intellectuelle, à l'énergie et au courage. Plus l'homme qui a perdu

sa puissance génitale est jeune et plus il était porté aux choses

sensuelles, plus cette atteinte est grave.

Une perte subite de la puissance génitale peut, dans ces conditions,

produire une grave mélancolie et pousser même au suicide; car, pour

de pareilles natures, la vie sans amour est insupportable. Mais, même

dans ces cas où la réaction n'est pas aussi violente, celui qui en

est atteint devient morose, envieux, égoïste, jaloux, misanthrope;

l'énergie et le sentiment d'honneur s'affaiblissent; il devient même

lâche.

On peut constater les mêmes phénomènes chez les Skopzys de Russie,

qui, après s'être émasculés, perdent leur caractère viril.

La perte de la virilité se manifeste d'une manière bien plus frappante

encore chez certains individus, chez qui elle produit une véritable

effémination.

Au point de vue psychologique, la femme, à la fin de sa vie sexuelle,

après la ménopause, tout en étant moins bouleversée, présente

néanmoins un changement assez notable. Si la vie sexuelle qu'elle

vient de traverser a été heureuse, si des enfants sont venus réjouir

le coeur de la mère au seuil de la vieillesse, le changement de son

individualité biologique échappe à son attention. La situation est

tout autre quand la stérilité ou une abstinence imposée par des

conditions particulières ont empêché la femme de goûter les joies de

la maternité.

Ces faits mettent bien en relief la différence qui existe entre la

psychologie sexuelle de l'homme et celle de la femme, entre leurs

sentiments et leurs désirs sexuels.

Chez l'homme, sans doute, l'instinct sexuel est plus vif que chez la

femme. Sous le coup d'une forte poussée de la nature, il désire,

quand il arrive à un certain âge, la possession de la femme. Il aime

sensuellement, et son choix est déterminé par des qualités physiques.

Poussé par un instinct puissant, il devient agressif et violent dans

sa recherche de l'amour. Pourtant, ce besoin de la nature ne remplit

pas toute son existence psychique. Son désir satisfait, l'amour, chez

lui, fait temporairement place aux intérêts vitaux et sociaux.

Tel n'est pas le cas de la femme. Si son esprit est normalement

développé, si elle est bien élevée, son sens sexuel est peu intense.

S'il en était autrement, le monde entier ne serait qu'un vaste bordel

où le mariage et la famille seraient impossibles. Dans tous les cas,

l'homme qui a horreur de la femme et la femme qui court après les

plaisirs sexuels sont des phénomènes anormaux.

La femme se fait prier pour accorder ses faveurs. Elle garde une

attitude passive. Ce rôle s'impose à elle autant par l'organisation

sexuelle qui lui est particulière que par les exigences des bonnes

moeurs.

Toutefois, chez la femme, le côté sexuel a plus d'importance que chez

l'homme. Le besoin d'aimer est plus fort chez elle; il est continu et

non pas épisodique; mais cet amour est plutôt psychique que sensuel.

L'homme, en aimant, ne voit d'abord que l'être féminin; ce n'est qu'en

second lieu qu'il aime la mère de ses enfants; dans l'imagination

de la femme, au contraire, c'est le père de son enfant qui tient le

premier rang; l'homme, comme époux, ne vient qu'après. Dans le

choix d'un époux, la femme est déterminée plutôt par les qualités

intellectuelles que par les qualités physiques. Après être devenue

mère, elle partage son amour entre l'enfant et l'époux. Devant l'amour

maternel, la sensualité s'éclipse. Aussi, dans les rapports conjugaux

qui suivent sa maternité, la femme voit plutôt une marque d'affection

de l'époux qu'une satisfaction des sens.

La femme aime de toute son âme. Pour la femme, l'amour c'est la vie;

pour l'homme, c'est le plaisir de la vie. L'amour malheureux blesse

l'homme; pour la femme, c'est la mort ou au moins la perte du bonheur

de la vie. Une thèse psychologique digne d'être étudiée, ce serait

de savoir si une femme peut, dans son existence, aimer deux fois

d'un amour sincère et profond. Dans tous les cas, la femme est plutôt

monogame, tandis que l'homme penche vers la polygamie.

La puissance des désirs sexuels constitue la faiblesse de l'homme

vis-à-vis de la femme. Il dépend d'autant plus de la femme qu'il

est plus faible et plus sensuel. Sa sensualité s'accroît avec

son nervosisme. Ainsi s'explique ce fait que, dans les périodes

d'amollissement et de plaisirs, la sensualité s'accroît d'une façon

formidable. Mais alors la société court le danger de voir l'État

gouverné par des femmes et entraîné à une ruine complète (le règne

des maîtresses à la cour de Louis XIV et Louis XV; les hétaïres de

la Grèce dans l'antiquité). La biographie de bien des hommes d'État

anciens et modernes nous montre qu'ils étaient esclaves des femmes par

suite de leur grande sensualité, sensualité due à leur constitution

névropathique.

L'Église catholique a fait preuve d'une subtile connaissance de la

psychologie humaine, en astreignant ses prêtres à la chasteté et au

célibat; elle a voulu, par ce moyen, les émanciper de la sensualité

pour qu'ils puissent se consacrer entièrement à leur mission.

Malheureusement le prêtre qui vit dans le célibat est privé de cet

effet ennoblissant que l'amour et, par suite, le mariage, produisent

sur le développement du caractère.

Comme la nature a attribué à l'homme le rôle de provocateur dans la

vie sexuelle, il court le risque de transgresser les limites tracées

par la loi et les moeurs.

L'adultère chez la femme est, au point de vue moral, plus grave et

devrait être jugé devant la loi plus sévèrement que l'adultère commis

par l'homme. La femme adultère comble son propre déshonneur par celui

de l'époux et de la famille, sans tenir compte de la maxime: _Pater

incertus_. L'instinct naturel et sa position sociale font facilement

fauter l'homme, tandis que la femme est protégée par bien des choses.

Même les rapports sexuels de la femme non mariée doivent être jugés

autrement que ceux de l'homme célibataire. La société exige de l'homme

célibataire de bonnes moeurs; de la femme, la chasteté. Avec la

civilisation et la vie sociale de nos temps la femme ne peut servir,

au point de vue sexuel, les intérêts sociaux et moraux qu'en tant

qu'elle est épouse.

Le but et l'idéal de la femme, même de celle qui est tombée dans la

fange et dans le vice, est et sera toujours le mariage. La femme,

comme le dit fort justement Mantegazza, ne demande pas seulement à

satisfaire son instinct sexuel, mais elle recherche aussi protection

et aide pour elle et pour ses enfants. L'homme animé de bons

sentiments, fût-il des plus sensuels, recherche pour épouse une

femme qui a été chaste et qui l'est encore. Dans ses aspirations vers

l'unique but digne d'elle, la femme se sert de la pudeur, cuirasse et

ornement de l'être féminin. Mantegazza dit avec beaucoup de finesse

que «c'est une des formes physiques de l'estime de soi-même chez la

femme».

L'étude anthropologique et historique du développement de ce plus bel

ornement de la femme n'entre pas dans le cadre de notre sujet. Il

est probable que la pudeur féminine est un produit de la civilisation

perpétué par l'atavisme.

Ce qui forme un contraste bien curieux avec elle, c'est l'étalage

occasionnel des charmes physiques, sanctionné par la loi de la mode

et la convention sociale, et auquel la vierge, même la plus chaste,

se prête dans les soirées de bal. Les mobiles qui président à cette

exhibition se comprennent. Heureusement la fille chaste ne s'en rend

pas compte, de même qu'elle ne comprend pas les raisons de certaines

modes qui reviennent périodiquement et qui ont pour but de faire mieux

ressortir certaines parties plastiques du corps, comme les fesses,

sans parler du corsage, etc.

De tout temps et chez tous les peuples, le monde féminin a manifesté

de la tendance à se parer et à mettre en évidence ses charmes. Dans

le monde des animaux la nature a distingué le mâle par une plus grande

beauté. Les hommes, au contraire, désignent les femmes sous le nom de

beau sexe. Évidemment cette galanterie est le produit de la sensualité

masculine. Tant que les femmes s'attifent uniquement dans le but

d'être parées, tant qu'elles ne se rendent pas clairement compte de

la cause physiologique de ce désir de plaire, il n'y a rien à redire.

Aussitôt qu'elles le font en pleine connaissance de cause, cette

tendance dégénère en manie de plaire.

L'homme qui a la manie de s'attifer, se rend ridicule toujours. Chez

la femme on est habitué à cette petite faiblesse, on n'y trouve rien

de répréhensible tant qu'elle n'est pas l'accessoire d'une tendance

pour laquelle les Français ont trouvé le mot de coquetterie.

En fait de psychologie naturelle de l'amour, les femmes sont de

beaucoup supérieures aux hommes. Elles doivent cette supériorité soit

à l'hérédité, soit à l'éducation, le domaine de l'amour étant leur

élément particulier; mais elles la doivent aussi à leur plus grand

degré d'intuition (Mantegazza).

Même quand l'homme est arrivé au faîte de la civilisation, on ne peut

pas lui faire un reproche de voir dans la femme avant tout un objet

de satisfaction pour son instinct naturel. Mais il lui incombe

l'obligation de n'appartenir qu'à la femme de son choix. Dans les

États civilisés il en résulte un traité normal et obligatoire, le

mariage; et, comme la femme a besoin de protection et d'aide pour elle

et ses enfants, il en résulte un code matrimonial.

En vue de certains phénomènes pathologiques que nous traiterons plus

tard, il est nécessaire d'étudier les processus psychologiques qui

rapprochent un homme et une femme, les attachent l'un à l'autre au

point que, parmi tous les individus d'un même sexe, seuls tel ou telle

paraissent désirables.

Si l'on pouvait démontrer que les procédés de la nature sont dirigés

vers un but déterminé,--leur utilité ne saurait être niée,--cette

sorte de fascination par un seul individu du sexe opposé, avec de

l'indifférence pour tous les autres individus de ce même sexe, fait

qui existe réellement chez les amoureux vraiment heureux, paraîtrait

comme une admirable disposition de la création pour assurer les unions

monogames qui seules peuvent servir le but de la nature.

Quand on analyse scientifiquement cette flamme amoureuse, cette

«harmonie des âmes», cette «union des coeurs», elle ne se présente

nullement comme «un mystère des âmes»; dans la plupart des cas on peut

la ramener à certaines qualités physiques, parfois morales, au moyen

desquelles la personne aimée exerce sa force d'attraction.

On parle aussi du soi-disant fétichisme. Par fétiche on entend

ordinairement des objets, des parties ou des qualités d'objets qui,

par leurs rapports et leur association, forment un ensemble ou

une personnalité capable de produire sur nous un vif intérêt ou

un sentiment, d'exercer une sorte de charme,--(_fetisso_

en portugais),--ou du moins une impression très profonde et

particulièrement personnelle que n'explique nullement la valeur ni la

qualité intrinsèque de l'objet symbolique[15].

[Note 15: À consulter: Max Müller, qui fait dériver le mot

«fétiche» étymologiquement du mot _factitius_ (factice, chose

insignifiante).]

Quand la personne qui est dans cet état d'esprit, pousse

l'appréciation individuelle du fétiche jusqu'à l'exaltation, un cas de

fétichisme se produit. Ce phénomène, très intéressant au point de vue

psychologique, peut s'expliquer par une loi d'association empirique:

le rapport qui existe entre une représentation fractionnelle et

une représentation d'ensemble. L'essentiel dans ce cas c'est

que l'accentuation du sentiment personnel provoqué par l'image

fractionnelle se manifeste dans le sens d'une émotion de plaisir. Ce

phénomène se rencontre surtout dans deux ordres d'idées qui ont entre

elles une affinité psychique: l'idée religieuse et les conceptions

érotiques. Le fétichisme religieux a d'autres liens et une autre

signification que le fétichisme sexuel. Le premier naît de cette idée

fixe que l'objet revêtu du prestige de fétiche ou l'idole n'est pas

un simple symbole, mais possède des qualités divines, ou bien il

lui attribue par superstition une puissance miraculeuse (reliques),

certaines vertus protectrices (amulettes).

Il n'en est pas de même dans le fétichisme érotique. Celui-ci est

psychologiquement motivé par le fait que des qualités physiques ou

psychiques d'une personne, ou même des qualités d'objets dont cette

personne se sert, deviennent un fétiche, en éveillant par association

d'idées une image d'ensemble et en produisant une vive sensation de

volupté. Il y a analogie avec le fétichisme religieux en ce sens:

que bien souvent des objets insignifiants (des os, des ongles, des

cheveux, etc.) servent de fétiches et peuvent provoquer des sensations

de plaisir qui vont jusqu'à l'extase.

En ce qui concerne le développement de l'amour physiologique, il est

probable qu'on doit chercher et trouver son origine dans le charme

fétichiste et individuel qu'une personne d'un sexe exerce sur un

individu de l'autre sexe.

Le cas le plus simple est celui où une émotion sensuelle coïncide avec

le moment où l'on aperçoit une personne de l'autre sexe et quand

cette vue augmente l'excitation sensuelle. L'impression optique et

l'impression du sentiment s'associent, et cette liaison devient plus

forte à mesure que la réapparition du sentiment évoque le souvenir de

l'image optique ou que la réapparition de l'image éveille de nouveau

une émotion sexuelle qui peut aller jusqu'à l'orgasme ou à la

pollution, comme dans les songes.

Dans ce cas la vue de l'ensemble du corps produit l'effet d'un

fétiche.

Comme le fait remarquer Binet, des parties d'un individu, des qualités

physiques ou morales peuvent aussi agir comme fétiches sur une

personne du sexe opposé, si la vue de ces parties de l'individu

coïncide accidentellement avec une excitation sexuelle ou si elle en

provoque une.

C'est un fait établi par l'expérience que cette association d'idées

dépend du hasard, que l'objet fétiche peut être très varié, et

qu'il en résulte les sympathies les plus étranges de même que les

antipathies les plus curieuses.

Ce fait physiologique du fétichisme explique les sympathies

individuelles entre homme et femme, la préférence qu'on donne à une

personne déterminée sur toutes les autres du même sexe. Comme le

fétiche ne représente qu'un symbole individuel, il est évident que

son impression ne peut se produire que sur un individu déterminé. Il

évoque de très fortes sensations de plaisir; par suite il fait, par

un trompe-l'oeil, disparaître les défauts de l'objet aimé--(l'amour

rend aveugle)--et provoque une exaltation fondée sur l'impression

individuelle, exaltation qui paraît aux autres inexplicable et

même ridicule. On s'explique ainsi que l'homme calme ne puisse pas

comprendre l'amoureux qui idolâtre la personne aimée, en fait un

véritable culte et lui attribue des qualités que celle-ci, vue

objectivement, ne possède nullement. Ainsi s'explique également le

fait que l'amour devient plus qu'une passion, qu'il se présente

comme un état psychique exceptionnel dans lequel l'impossible paraît

possible, le laid semble beau, le vulgaire sublime, état dans lequel

tout autre intérêt et tout autre devoir disparaissent.

Tarde (_Archives de l'anthropologie criminelle_, 5e année, nº 3) fait

judicieusement ressortir que, non seulement chez les individus mais

aussi chez les nations, le fétiche peut être différent, mais que

l'idéal général de la beauté reste toujours le même chez les peuples

civilisés de la même époque.

À Binet revient le grand mérite d'avoir approfondi l'étude et

l'analyse de ce fétichisme en amour. Il fait naître des sympathies

spéciales. Ainsi l'un se sont attiré par une taille élancée, un autre

par une taille épaisse; l'un aime la brune, l'autre la blonde. Pour

l'un, c'est l'expression particulière de l'oeil; pour l'autre,

le timbre de la voix, ou une odeur particulière, même artificielle

(parfums), ou la main, ou le pied, ou l'oreille, etc., qui forment

le charme fétichique individuel, et sont pour ainsi dire le point de

départ d'une série compliquée de processus de l'âme dont l'expression

totale est l'amour, c'est-à-dire le désir de posséder physiquement et

moralement l'objet aimé.

À ce propos il convient de rappeler une condition essentielle pour

la constatation de l'existence du fétichisme encore à l'état

physiologique.

Le fétiche peut conserver d'une manière durable sa vertu sans qu'il

soit pour cela un fétiche pathologique. Mais ce cas n'existe que quand

l'idée de fraction va jusqu'à la représentation de l'ensemble et

que l'amour provoqué par le fétiche finit par embrasser comme objet

l'ensemble de la personnalité physique et morale.

L'amour normal ne peut être qu'une synthèse, une généralisation.

Louis Brunn (_Deutsches Montagsblatt_, Berlin, 20.8.88) dit très

spirituellement dans son étude sur _Le fétichisme en amour_:

«L'amour normal nous paraît comme une symphonie qui se compose

de toutes sortes de notes. Il en résulte les excitations les plus

diverses. Il est pour ainsi dire polythéiste. Le fétichisme ne connaît

que la note d'un seul instrument; il est la résultante d'une seule

excitation déterminée: il est monothéiste.»

Quiconque a quelque peu réfléchi sur ce sujet, reconnaîtra qu'on ne

peut parler de véritable amour--(on n'abuse que trop souvent de ce

mot)--que lorsque la totalité de la personne physique et morale forme

l'objet de l'adoration.

Tout amour a nécessairement un élément sensuel, c'est-à-dire le désir

de posséder l'objet aimé et d'obéir, en s'unissant avec lui, aux lois

de la nature.

Mais celui qui n'aime que le corps de la personne d'un autre sexe, qui

ne tend qu'à satisfaire ses sens, sans posséder l'âme, sans avoir la

jouissance spirituelle et partagée, n'aime pas d'un véritable amour,

pas plus que le platonique qui n'aime que l'âme et qui dédaigne

les jouissances charnelles, ce qui se rencontre dans certains cas

d'inversion sexuelle.

Pour l'un, c'est le corps; pour l'autre, c'est l'âme qui constituent

le fétiche: l'amour de tous les deux n'est que du fétichisme.

De pareils individus forment en tous cas un degré de transition vers

le fétichisme pathologique.

Cette remarque est d'autant plus juste qu'un autre critérium du

véritable amour est celui-ci: l'acte sexuel doit absolument procurer

une satisfaction morale[16].

[Note 16: Le spinal cérébral postérieur de Magnan, qui trouve son

plaisir avec n'importe quelle femme et auquel n'importe quelle femme

plaît, ne peut que satisfaire sa volupté. L'amour acheté ou forcé

n'est pas un véritable amour (Mantegazza). Celui qui a inventé le

proverbe: _Sublata lucerna, nullum discrimen inter feminas_, a dû être

un horrible cynique. Le pouvoir pour l'homme de faire l'acte d'amour

n'est pas une garantie que l'acte procure réellement la plus grande

jouissance amoureuse.]

Parmi les phénomènes physiologiques du fétichisme il me reste encore à

parler de ce fait très intéressant que, parmi le grand nombre d'objets

susceptibles de devenir fétiches, il y en a quelques-uns qui sont

particulièrement choisis par un grand nombre de personnes.

Les objets particulièrement attractifs pour l'homme sont: les cheveux,

la main, le pied de la femme, l'expression du regard.

Quelques-uns d'entre eux ont, dans la pathologie du fétichisme, une

importance particulière. Tous ces faits remplissent évidemment dans

l'âme de la femme un rôle dont quelquefois elle ne se doute pas;

d'autres fois c'est préméditation de sa part.

Une des principales préoccupations de la femme, c'est de soigner ses

cheveux, et elle y consacre souvent plus de temps et d'argent qu'il

ne faudrait. Avec quel soin la mère ne soigne-t-elle pas déjà la

chevelure de sa petite fille! Quel rôle important pour le coiffeur! La

perte d'une partie des cheveux fait le désespoir des jeunes femmes.

Je me rappelle le cas d'une femme coquette qui en était devenue

mélancolique et qui a fini par le suicide. Les femmes aiment à parler

coiffure; elles portent envie à toutes celles qui ont une belle

chevelure.

De beaux cheveux constituent un puissant fétiche pour beaucoup

d'hommes. Déjà, dans la légende de la Loreley, cyrène qui attire les

hommes dans l'abîme, on voit figurer comme fétiche ses «cheveux dorés»

qu'elle lisse avec un peigne d'or. Une attraction non moins grande

est exercée par la main et le pied; mais alors, souvent,--pas toujours

cependant,--des sentiments masochistes et sadistes contribuent à créer

un fétiche d'un caractère particulier.

Il y a des uranistes qui ne sont pas impuissants avec une femme, des

époux qui n'aiment pas leur épouse, et qui pourtant sont capables

de remplir leurs devoirs conjugaux. Dans ces cas le sentiment de la

volupté fait pour la plupart du temps défaut; puisque, en réalité, il

n'y a alors qu'une sorte d'onanisme qui souvent ne peut se pratiquer

qu'avec le concours de l'imagination qui évoque l'image d'un autre

être aimé. Cette illusion peut même produire une sensation de volupté,

mais cette rudimentaire satisfaction physique n'est due qu'à un

artifice psychique, tout comme chez l'onaniste solitaire qui souvent

a besoin du concours de l'imagination pour obtenir une sensation

voluptueuse. En général, l'orgasme qui produit la sensation de

volupté, ne peut être obtenu que là où il y a une intervention

psychique.

Dans le cas où il y a des empêchements psychiques (indifférence,

antipathie, répugnance, crainte d'infection vénérienne ou de

grossesse, etc.), la sensation voluptueuse ne paraît guère se

produire.

Par association d'idées, un gant ou un soulier peuvent devenir

fétiches.

Brunn rappelle à ce propos et avec raison que, dans les moeurs du

moyen âge, une des plus précieuses marques d'hommage et de galanterie

était de boire dans le soulier d'une belle femme, usage qu'on trouve

encore aujourd'hui en Pologne. Dans le conte de Cendrillon, le soulier

joue également un rôle très important.

L'expression de l'oeil a une importance particulière pour faire

jaillir l'étincelle amoureuse. Un oeil névrosé peut jouer souvent le

rôle de fétiche chez des personnes des deux sexes. «Madame, vos beaux

yeux me font mourir d'amour» (Molière).

Il y a une foule d'exemples de faits où les odeurs du corps jouent le

rôle de fétiche, phénomène consciemment ou inconsciemment utilisé dans

l'_Ars amandi_ de la femme. Déjà la Ruth de l'Ancien Testament s'est

parfumée pour captiver Booz.

La demi-mondaine, des temps anciens et modernes, consomme beaucoup de

parfums. Jaeger, dans sa «Découverte de l'âme», donne de nombreuses

indications sur les sympathies des odeurs.

Binet assure que la voix aussi peut devenir un fétiche. A ce sujet il

rapporte une observation faite par Dumas, observation que ce dernier a

utilisée dans sa nouvelle: _La maison du veuf_.

Il est question d'une femme qui devint amoureuse de la voix d'un ténor

et qui fit des infidélités à son mari.

Le roman de Belot: _Les Baigneuses de Trouville_, vient à l'appui de

cette supposition. Binet croit que, dans bien des mariages conclus

avec des cantatrices, c'est le charme fétichiste de la voix qui a agi.

Il attire en outre l'attention sur cet autre fait intéressant que,

chez les oiseaux chanteurs, la voix a la même signification sexuelle

que l'odorat chez les quadrupèdes.

Ainsi les oiseaux attirent par le chant la femelle qui, la nuit, vole

vers celui des mâles qui chante le mieux.

Il ressort des faits pathologiques du masochisme et du sadisme que des

particularités de l'âme peuvent aussi agir comme fétiche, au sens le

plus large du mot.

Ainsi s'explique le phénomène des idiosyncrasies; et la vieille maxime

_de gustibus non est disputandum_, a toujours sa valeur.

Étude Médico-Légale: Psychopathia Sexualis avec recherches spéciales sur l'inversion sexuelle · 第 8 / 88 题