J'ai l'honneur de vous saluer.»

Le 21, j'adressai la réponse suivante à une lettre que m'avait écrite le

chef de bataillon Alliot, qui se trouvait en otage au camp du grand

vizir (nº 751 de ma correspondance).

«Je ne reçois qu'aujourd'hui, citoyen commandant, votre lettre du

19, à laquelle je m'empresse de répondre pour satisfaire les

désirs de S. Ex. le Reis Effendi, auquel je rends ses

salutations.

C'est à l'eau, qui éprouve dans ce moment une altération

manifeste, qu'il faut attribuer le léger vomissement qui a

affecté les troupes dans les divers camps.

Pour en prévenir le retour, il est essentiel d'aller puiser l'eau

du Nil, ainsi que nous le faisons, un peu avant et au courant,

jusqu'à ce que la crue du fleuve soit arrivée à un plus haut

degré.»

Le 24, nos hôpitaux descendaient le Nil, et le 27 ils étaient à la

hauteur de notre camp d'Omdinar, d'où ils se portèrent à Rosette sans

suivre les mouvements trop lents de l'armée.

_Note pour l'ordre du jour._

Au camp de Teranéh, le 30 messidor an IX.

«L'armée est invitée par la chaleur excessive à se baigner dans

les eaux du Nil; mais elle oublie les avis fréquemment répétés

dans les ordres du jour relativement à l'usage du bain.

Il est dangereux de se baigner indistinctement à toutes les

heures; on compromet sa vie en se baignant après avoir mangé; il

est au contraire très bon de se tenir dans l'eau une demi-heure

peu après ou peu avant le lever et le coucher du soleil.

L'armée se livre à un grand excès en mangeant des pastèques, qui

ne sont pas bien mûres, et par conséquent indigestes. Une

indigestion est une maladie pour un homme indispensablement

soumis à la fatigue.

Les militaires qui couchent presque nus sur les bords du Nil

s'exposent à des maux d'yeux, à des diarrhées, et à des

dysenteries. Il faut se tenir couvert le matin, le soir, et la

nuit, et surtout couvrir soigneusement ses yeux pendant la nuit.

_Signé_ R. DESGENETTES.»

J'arrivai dans la nuit du 3 au 4 thermidor devant Rosette, et j'arrêtai

de suite avec l'inspecteur-général des hôpitaux les bases de

l'évacuation de nos malades et de nos invalides; je profitai de cette

circonstance pour réunir nos officiers de santé de toutes les

professions et de toutes les classes avec ceux de l'armée anglaise, et

donner un témoignage de nos regrets sur la perte de l'illustre Lorentz.

J'étais loin de soupçonner qu'à la même époque le conseil de santé des

armées, avec une bienveillance digne de toute ma reconnaissance, me

désignait au ministre de la guerre pour occuper la place que ce

premier-médecin laissait vacante dans l'hôpital-militaire-d'instruction

de Strasbourg[25].

[Note 25: Voyez la seconde partie de ce recueil.]

Je passe ici sur une foule de détails.

Le 7, j'écrivis au général Belliard la lettre suivante (nº 764 de ma

correspondance).

«J'ai eu lieu, général, d'être très satisfait de la détermination

qui m'avait engagé à descendre à Rosette pour y surveiller nos

établissements, organiser et hâter le départ de nos malades.

L'inspecteur-général Young, qui a trouvé avec raison beaucoup

trop de frottement dans notre régime administratif,

indépendamment de ce qu'un peu d'âpreté et de manque d'égards y

ont ajouté, avait déjà déclaré ne vouloir communiquer qu'avec

moi, ou celui par qui je me ferais représenter: il a tenu parole;

mais j'ai tout arrangé de manière à ménager le plus possible les

prétentions, pour pouvoir arriver plus directement à notre but.

La demande de médicaments, que j'ai approuvée parce qu'elle était

juste, modérée, et conforme à nos besoins, n'a pas éprouvé la

moindre difficulté: il n'en a pas été de même d'un long état de

comestibles, de vêtements, d'effets, et fournitures, qui n'est

basé, ni sur les règlements, ni sur les approvisionnements

ordinaires des hôpitaux militaires des deux nations: l'état sera

réduit aux termes nécessaires.

Nos malades vont s'embarquer: ils sont au nombre de 550; et de

plus trente convalescents des lazarets. Il n'y avait le 3 du

courant que sept hommes hors d'état d'être embarqués. On s'est

conformé à vos intentions, qui m'étaient connues relativement au

renvoi des légers malades à leurs corps respectifs: il y aura une

semblable opération de faite quand on recevra le second convoi de

malades.

L'amiral lord Keith n'a demandé relativement à notre trentaine de

suspects que des mesures très raisonnables, et également

profitables et rassurantes pour tous.

Le général Morand, qui veut bien se charger de vous remettre

cette lettre, vous donnera de vive voix tous les détails que vous

désirez.»

Le 8, le 9 et le 10 furent employés à notre évacuation.

_Note pour l'amiral lord Keith, commandant des flottes de S. M. B. dans

la Méditerranée_ (nº 777 de ma correspondance).

«Les soussignés certifient que les convalescents du lazaret, au

nombre de vingt-sept, ont été savonnés, ensuite lavés avec de

l'eau et du vinaigre; que tous leurs effets ont été brûlés,

qu'ils ont été revêtus de nouveaux habits, et qu'enfin ils sont

dans un état à ne faire rien craindre de leur transport en Europe

pour la santé publique.

Signés à l'original, écrit en anglais, sous la date du 29 juillet

1801, R. DESGENETTES, _médecin en chef de l'armée de la

république française_, et TH. YOUNG, _écuyer, inspecteur-général

des hôpitaux de l'armée de_ S. M. B.»

J'écrivis au général Belliard le 12, (nº 781 de ma correspondance).

«Général, j'ai la satisfaction de vous apprendre que nos

hôpitaux et nos convalescents des lazarets sont enfin partis

hier, et qu'ils ont probablement passé le Boghaz.

Il a été impossible de procéder dans les hôpitaux à une visite

des convalescents susceptibles de rentrer dans leurs corps, parce

que tous nos malades se sont précipités confusément hier sur les

barques d'évacuation.

Je ne sais si on pourra faire cette opération en mer; dans le cas

où elle ne pourrait avoir lieu, nous serons obligés de demander

un quatrième bâtiment-hôpital.»

Le brigadier-général Oakes m'ayant communiqué avec empressement, le 14,

une dépêche du lord Keith, qui mettait à la disposition de l'armée

française, sur la demande du général Belliard, un quatrième

vaisseau-hôpital, je prévins l'inspecteur-général qu'il nous restait

cent quatre-vingts malades à embarquer.

J'écrivis, le 17, au général Belliard (nº 792 de ma correspondance).

«Général, j'ai l'honneur de vous prévenir que M.

l'inspecteur-général des hôpitaux de S. M. B. m'a informé qu'il

avait donné des ordres pour fournir au quatrième

vaisseau-hôpital, la _Peggy-Success_, tout ce qui lui est

nécessaire.

Je lui ai fait quelques observations relativement à

l'amélioration des vivres et fournitures; mais il s'est

constamment retranché dans les termes de la convention, qui porte

que nous serons traités conformément aux règlements maritimes de

l'Angleterre.

Le _Niger_, vaisseau-hôpital, a mis à la voile avec tant de

précipitation qu'il n'a pu recevoir différents objets très

essentiels qui lui étaient destinés.»

Le lendemain l'évacuation totale des malades étant terminée, et les

troupes rendues au lieu de l'embarquement, en partant pour me rendre à

bord, j'écrivis la lettre suivante à M. l'inspecteur-général Young (nº

795 de ma correspondance).

Rosette, le 18 thermidor an IX.

«Monsieur, j'ai l'honneur, en quittant cette place, de vous

prévenir que nous y laissons cinq à six malades hors d'état

d'être évacués sans compromettre ce qui leur reste d'existence.

J'espère que vous voudrez bien donner des ordres pour qu'ils

soient transférés dans vos hôpitaux, où je ne doute pas qu'ils

recevront le traitement le plus convenable à leur malheureuse

situation.

Agréez les témoignages de l'estime la plus distinguée, que je ne

cesserai de conserver pour vous, d'après vos manières loyales, et

la confiance amicale que vous avez portée dans toutes nos

relations.»

Nous mîmes enfin à la voile; mais nos regards se portèrent encore

longtemps sur la terre antique et célèbre dont nous nous éloignions, et

sur cette Alexandrie où nous laissions nos concitoyens, nos amis, nos

frères.

J'avais des sujets particuliers d'inquiétude: une lettre que j'adressai

en messidor à l'ordonnateur en chef pour qu'il chargeât le citoyen

Garros de me suppléer ne lui parvint point, et je fus remplacé, contre

toutes les convenances, par un médecin qui se crut dispensé pour

toujours de correspondre même avec moi. Cependant j'avais appris avant

de quitter l'Égypte que le scorbut commençait à régner à Alexandrie, où

il a depuis fait tant de ravages, qu'il a hâté, s'il n'a pas nécessité

la reddition de cette place.

Une traversée plus ou moins longue, mais qui fut en général de six

semaines, nous porta sur les côtes de France. Moins heureux qu'un grand

nombre d'autres, nous ne touchâmes la terre sacrée qu'au bout de

cinquante et quelques jours. Au moment où nous l'aperçûmes nous la

saluâmes par des cris d'allégresse, et nous oubliâmes nos fatigues et

nos maux: bientôt le tableau riant de la prospérité et de la gloire de

notre pays vint ajouter à nos délices. _Qu'y a-t-il de nouveau_,

criâmes-nous tous à la fois à un pilote côtier qui vint le premier

au-devant de nous en mer, _je ne sais pas trop_, nous répondit-il,

_parce que je sors d'entre deux rochers où je passe ma vie, près la

Ciotat; mais je vais vous dire le prix du pain et du vin, que l'on mange

et que l'on boit à présent tranquillement partout... puis, pour les

ennemis de la République, il faut que notre premier consul les ait

envoyés à tous les diables, car on n'en parle plus... il devrait bien en

faire autant_, ajouta-t-il, _de ces petits bâtiments anglais qui rôdent

encore par-là tous les jours... on ne peut seulement pas pêcher_.

Le général Cervoni, commandant de la huitième division militaire, qui

revoyait ces troupes à la tête desquelles il se signala souvent en

Italie, le général Léopold Berthier, spécialement chargé de l'honorable

mission de recevoir l'armée d'Orient, enfin les conservateurs de la

santé publique nous procurèrent dans le lazaret tout ce que nous

pouvions désirer dans notre position.

Ce fut dans cette enceinte que des cris de joie nous apportèrent la

nouvelle des préliminaires qui devaient bientôt nous rapprocher de

l'Angleterre; et ce fut un touchant spectacle que de voir l'enthousiasme

qu'inspirait à tant d'intrépides guerriers l'espoir d'une paix profonde.

Je m'empressai, CITOYENS MEMBRES DU CONSEIL DE SANTÉ DES ARMÉES, de vous

écrire d'abord le 7 vendémiaire an X (nº 797 de ma correspondance) pour

vous prévenir que le nombre de nos malades au moment du départ était

d'environ six cents.

Ma dépêche du 10 (nº 800 de ma correspondance) contenait neuf états des

médecins employés à toutes les époques, l'état de situation de nos

malades le 7 du courant, et deux autres pièces.

Ma dépêche du 21 (nº 807 de ma correspondance) vous faisait part du

mouvement des hommes sains et malades, avec indication des maladies.

J'écrivis au citoyen Lorentz, médecin en chef de l'hôpital militaire de

Marseille, la lettre suivante (nº 813 de ma correspondance).

Au lazaret de Marseille, le 25 vendémiaire an X.

«J'ai l'honneur de vous prévenir, citoyen collègue, d'une

évacuation d'environ 130 malades, au nombre desquels il y a 32

fiévreux, et qui doit avoir lieu demain sur votre hôpital.

J'ai donné des ordres pour qu'il vous fût adressé une liste

nominale avec l'indication de l'état antérieur et actuel de

chaque malade.

J'informerai de ce mouvement le conseil de santé des armées, et

il ne pourra plus concevoir d'inquiétude pour nos malades quand

il saura qu'ils sont confiés à vos soins.»

J'écrivis au conseil les deux lettres suivantes, que je crois devoir

rapporter ici (nº 815 et 824 de ma correspondance).

Au lazaret de Marseille, le 25 vendémiaire an X.

«CITOYENS,

J'ai eu l'honneur de vous faire connaître par ma lettre du 21 du

courant, nº 807, l'état des malades arrivés à bord des

vaisseaux-hôpitaux l'_Amiral-Mann_, et le _Niger_, et de ceux

fournis par les autres bâtiments de cartel.

Demain 26, une portion de ces malades sera évacuée avec toutes

les formalités exigées et requises sur l'hôpital militaire de

Marseille; l'autre portion est déjà rentrée ou rentrera dans le

jour dans les différents corps.

J'ai la satisfaction de vous annoncer que le _Julius-César_,

autre vaisseau-hôpital, est entré dans le port de Pomegue le 22

du courant. D'après le rapport que m'adresse le citoyen Carrié,

médecin de l'armée chargé du service de ce bâtiment, il mit à la

voile de la rade d'Aboukir le 13 thermidor; avant de relâcher à

Malte il perdit dix-neuf hommes, et il fut contraint de laisser

neuf malades dans le lazaret de ce port. Le 25, il n'y a plus sur

ce bord que six malades dont un seul l'est très gravement.

Nous n'allons conserver qu'un seul hôpital: il y a aujourd'hui

quinze malades; on en attend six ou sept du _Julius-César_; en

supposant que quinze autres bâtiments, à bord desquels se

trouvent environ quatre mille hommes, et dont l'un porte notre

respectable corps d'invalides, ne fournissent pas plus de

malades, le mouvement du 30 de ce mois n'excédera pas

quatre-vingt-dix fiévreux.

Histoire Médicale de l'Armée d'Orient. Volume 1 · 第 66 / 73 题