Le corps de troupes aux ordres du général de division Lagrange s'étant
reployé de Rahmanyéh sur le Kaire vers la fin de floréal, le nombre de
nos malades augmenta tout-à-coup, et ce surcroît inattendu produisit de
l'encombrement.
On fut obligé d'ouvrir un second hôpital dans la grande mosquée qui
servait auparavant de caserne à la garnison de la citadelle.
Les citoyens Sotira, mon suppléant, et Salze, médecins de l'armée, ayant
été forcés de suivre le sort de la garnison de Rosette, furent
complètement dépouillés dans le canal de Ménouf, en se rendant au Kaire.
Prairial offrit également une suite non interrompue de mouvements
rapides.
Le 9 de ce mois j'adressai la note suivante au général Belliard (nº 717
de ma correspondance).
_Situation des hôpitaux et lazarets._
«1º L'hôpital nº 1 de la citadelle est bien tenu pour les
fiévreux, et il est arrivé au point de désencombrement que je
désirais.
2º L'hôpital nº 2 s'organise lentement; plusieurs fiévreux sont
encore sans lits; les vénériens, au contraire, ont usurpé sans
pudeur les meilleures salles et les mieux approvisionnées de
fournitures: je demande à cette occasion que les vénériens soient
renvoyés à la ferme d'Ibrahim-bey, ou barraqués. Le titre VII du
règlement du 30 floréal an IV, destiné en entier à statuer sur
les dispositions à prendre pour les vénériens et les galeux,
porte, _Que les gonorrhées simples_ (et il y en a un grand
nombre) _seront, dans les armées du midi_ (en Europe), _traitées
sous la tente depuis le 1er floréal jusqu'au 1er vendémiaire_.
3º Le lazaret, et la salle d'observation de la porte de Romélie,
vont aussi bien que leur mauvaise position peut le permettre.
4º Le dépôt des convalescents de la ferme d'Ibrahim-bey va bien;
mais il serait avantageux de l'évacuer peu-à-peu, par exemple par
25 hommes, de trois en trois jours, sur la citadelle, hôpital nº
2. Ce rapprochement du lazaret et une surveillance immédiate
tourneraient au profit du service. Il faut fermer l'oreille aux
objections que la crainte ou l'intérêt personnel pourraient
dicter à ce sujet.
5º L'expérience a prouvé dans tout le cours de l'épidémie que la
balance que j'ai maintenue entre la réception des malades dans
les divers établissements a été très avantageuse: continuons donc
de suivre ce plan, et reposez-vous sur ma vigilance à cet égard.»
Le 15, on fit entrer dans les dépôts cinquante-sept vénériens.
Le partage des malades par classe d'affections, et ensuite par leur plus
ou moins de gravité, se continua.
J'écrivis au général en chef (nº 728 de ma correspondance).
À la citadelle du Kaire, le 25 prairial an IX.
«GÉNÉRAL,
Je profite d'un détachement du régiment des dromadaires qui
repart pour Alexandrie presque au moment où il en arrive, pour
avoir l'honneur de vous écrire.
L'épidémie a cessé; la mortalité est au-dessous de ce que l'on
pouvait désirer de plus avantageux d'après les données
ordinaires; nous n'avons plus aujourd'hui, 25, que cent
vingt-huit malades dans nos lazarets, et ils sont presque tous
convalescents.
En conséquence dès qu'il se présentera une occasion favorable
je m'empresserai de me rendre près de vous.