ARTICLE PREMIER.

Il sera formé sur-le-champ à Alexandrie une commission, composée

du chef de bataillon Sorbier, directeur des fortifications; du

chef de brigade d'Anthouart, directeur du parc d'artillerie; du

citoyen Faye, ingénieur des ponts et chaussées, et d'un médecin

de la place: elle déterminera les canaux traversant la ville qui

doivent être supprimés, et ceux qui doivent être conservés.

II. Les canaux conservés seront agrandis, pavés; on leur donnera

une pente suffisante et bien réglée pour l'écoulement des eaux;

ils seront réparés de manière à pouvoir être nettoyés facilement.

III. La commission examinera tous les moyens d'empêcher qu'il ne

se forme à Alexandrie, pendant la saison des pluies, des amas

d'eaux stagnantes, notamment sur les différentes places où le

général en chef a vu par lui-même qu'il se formait des espèces

d'étangs; la plus grande propreté sera entretenue dans toutes les

places, et l'intérieur de l'enceinte d'Alexandrie.

IV. Le général en chef témoigne, au nom de l'armée, au citoyen

Labatte, membre de la commission des sciences et arts, sa

satisfaction publique pour les observations et recherches qu'il a

faites sur les causes de l'insalubrité d'Alexandrie.

V. Le médecin en chef est chargé de faire faire promptement des

recherches sur les causes de l'insalubrité qui peuvent exister à

Rosette et à Damiette.

VI. Le général de division commandant le cinquième arrondissement

est chargé de l'exécution du présent ordre, qui intéresse si

puissamment la conservation de la garnison d'Alexandrie, et celle

de ses habitants.»

_Signé_ ABD. J. MENOU.

J'adressai, le 12, au général de division Belliard, commandant des ville

et province du Kaire, des observations sur l'état des prisons et des

prisonniers détenus à la citadelle; le même jour il partit pour

Alexandrie trente-six hommes condamnés aux galères; le 15, les

prisonniers de guerre anglais partirent pour Damiette, et une portion

des prisonniers turcs passèrent à Gizeh pour y être employés dans les

ateliers de l'artillerie.

Le général en chef, par son ordre du jour du 14, ordonnait la confection

de cent lits portatifs, propres à transporter des blessés ou malades,

sur le modèle exécuté par les soins, et d'après les vues du citoyen

Larrey, chirurgien en chef de l'armée.

Le général en chef ajoutait à la suite de l'arrêté qui fixait

l'augmentation de notre traitement:

«Le général en chef ne croit pas nécessaire de recommander à tous

les officiers de santé de redoubler encore, s'il est possible, de

zèle et d'activité dans les soins qu'ils savent si bien donner

aux malades de l'armée;

Il leur recommande d'examiner avec soin les causes de

l'insalubrité qui affecte quelques cantons de l'Égypte;

De faire des travaux et des recherches suivis sur les maladies

qui s'y manifestent le plus communément, et généralement enfin

sur toute la topographie médicale de l'Égypte.»

Enfin l'ordre de l'armée du même jour était terminé par l'article

suivant:

«Le général en chef recommande à tous les individus de l'armée

qui sont attaqués de la maladie contagieuse, dont l'existence se

manifeste le plus communément par des bubons, de déclarer dès les

premiers instants le mal dont ils sont atteints: il existe

beaucoup de moyens curatifs lorsque la maladie est attaquée dès

sa naissance; il n'en existe presque plus lorsqu'elle est

invétérée. Les malades peuvent être assurés qu'ils trouveront

dorénavant tous les secours possibles dans les hôpitaux et les

lazarets. Dans le commencement de notre séjour en Égypte la

maladie contagieuse, étant presque inconnue, effrayait tous les

individus; peu de soins étaient donnés aux malades. Aujourd'hui

les officiers de santé, pénétrés d'attachement à leurs devoirs,

et connaissant beaucoup mieux la cause et les effets de cette

maladie, réclament avec instance d'être chargés de traiter les

malades qui en seront atteints;

En conséquence le général en chef ordonne ce qui suit:

Les officiers de santé de l'armée sont chargés, en prenant les

précautions usitées dans les maisons de quarantaine et les

lazarets, de traiter tous les malades qui seront atteints de la

maladie contagieuse: ils ne seront point astreints à être

enfermés dans ces maisons. Le général en chef s'en rapporte à

leur sagesse, ainsi qu'aux règlements qui devront être faits à

cet égard par les officiers de santé en chef de l'armée, pour les

précautions à prendre afin d'éviter les dangers des

communications.»

_Signé_ ABD. J. MENOU.

Le général en chef prohiba, par son ordre du jour du 17, sous des peines

très sévères, l'importation, la préparation, et la vente du hachich,

plante de la distillation de laquelle on obtient une liqueur enivrante;

il défendit également l'usage de fumer la graine de chanvre.

L'ordre de ce jour contenait encore l'article suivant:

«Le général en chef saisit cette occasion de rappeler à tous les

individus qui composent l'armée, ou qui lui sont attachés,

combien est pernicieux l'usage immodéré que font quelques-uns

d'entre eux de l'eau-de-vie et autres liqueurs fortes: outre les

excès de tout genre auxquels se portent les hommes qui sont

ivres, excès qui quelquefois leur coûtent la liberté, la vie, ou,

ce qui est encore plus, l'honneur, l'usage immodéré des liqueurs

fortes rend ceux qui s'y livrent plus disposés à contracter

l'affreuse maladie de la peste. Toutes les observations faites

par les hommes les plus attentifs, et par tous les officiers de

santé de l'armée, prouvent que la contagion se développe plus

souvent dans les maisons de débauche, dans celles des cantiniers,

et dans les cabarets que dans tout autre lieu; que de vingt

individus attaqués de la peste, quinze au moins sont des hommes

reconnus pour être ivrognes, ou se livrant journellement à des

excès d'eau-de-vie;

En conséquence le général en chef ordonne à tous les

officiers-généraux, chefs de corps, et autres officiers de tous

les grades de punir sévèrement tous les hommes qui s'enivrent. Le

bon ordre et la santé des individus de l'armée exigent ces

mesures sévères.»

_Signé_ ABD. J. MENOU.

Le 18, les officiers de santé en chef de l'armée reçurent des recherches

et des conjectures sur les causes de l'insalubrité de Rosette et

d'Alexandrie, par les citoyens Viard, chirurgien du quinzième régiment

de dragons, Robert, chirurgien de la quatrième demi-brigade d'infanterie

légère, et Cousté, chirurgien de la dix-huitième demi-brigade

d'infanterie de bataille.

L'ordre du jour du 22 contenait l'article suivant:

«Le général en chef est mécontent du peu de soin qu'on met à

enterrer les morts: les endroits destinés aux sépultures,

principalement ceux qui avoisinent les hôpitaux, ressemblent plus

à des voiries qu'à des cimetières. Le général en chef recommande

la plus grande surveillance, soit aux directeurs, soit aux

commissaires des guerres chargés de la police des hôpitaux: ils

doivent exiger la stricte exécution des règlements à cet égard;

ce sont des mesures qui tiennent à la décence et à ce que nous

devons à nos restes: partout elles sont nécessaires; elles le

deviennent encore plus pour nous qui vivons au milieu d'un peuple

qui a pour les morts le respect le plus religieux. Les généraux

commandant les provinces et les places tiendront la main à

l'exécution du présent ordre.»

Il continua de régner au Kaire, pendant ce mois, une fièvre éphémère,

qui s'était manifestée à l'époque de l'ouverture du Calich, qui avait eu

lieu dès le 29 thermidor; le Nil marquait alors à la colonne du mekias

de l'île de Rhouadah seize coudées, et était déjà arrivé au terme des

crues de l'an VII au 2 vendémiaire.

Voici le tableau de cette fièvre, fidèlement tracé par le citoyen

Barbès:

«Une légère fièvre, de la tribu des catarrhales, règne depuis

l'ouverture du Calich: la cause d'une indisposition aussi

répandue, surtout dans l'armée, a été attribuée à l'humidité

augmentée par la crue subite et considérable du Nil, et peut-être

aussi l'eau jetée en abondance dans les rues du Kaire pour les

arroser.

Presque tous les malades se plaignent au moment de l'invasion de

ne plus suer, de ne plus même transpirer; cette constriction des

pores cutanés occasionne des lassitudes et des malaises. Nos

concitoyens répètent à l'envi qu'ils son convaincus de la

justesse de l'usage du pays, qui veut que l'on substitue la

question obligeante, Suez-vous? à celle, Comment vous

portez-vous?

Cet état s'accompagne d'un léger mal-de-tête, d'innappétence pour

les aliments; la langue est semée d'aspérités blanchâtres; on a

un goût fade dans la bouche;

Au bout de trois ou quatre jours le pouls, d'abord tendu et

fréquent, s'amollit; la peau, auparavant sèche et chaude, devient

moite; elle se gonfle un peu, rougit, et on aperçoit une légère

éruption à la face, sur la paume des mains, et sur diverses

parties du corps; la région des lombes porte quelquefois des

empreintes comme si elle eût été flagellée; enfin le ventre

s'ouvre, et l'excrétion de la sueur reparaît d'une manière plus

ou moins sensible.

Tels ont été en général les symptômes et la terminaison de cette

fièvre abandonnée à la nature.

Néanmoins une tisane faite avec l'orge et un peu de

salsepareille, à laquelle on ajoutait du sucre et du vinaigre,

outre quelle était agréable, favorisait la solution de cette

fièvre: nous l'avons conseillée après en avoir fait usage

nous-mêmes.

D'autres personnes avaient encore avec cette fièvre l'éruption

qui couvre le corps d'écailles furfuracées, et que l'on attribue

à la boisson des nouvelles eaux du Nil; ceux-ci éprouvaient dans

le principe des frissonnements dans les plans superficiels du

corps, une chaleur plus vive, les exacerbations plus sensibles le

soir, le ventre plus resserré, le sommeil plus pénible.

Quelques autres, surtout les militaires traités dans les

hôpitaux, avaient en outre des nausées, la langue enduite d'un

limon épais; ils éprouvaient un poids douloureux dans

l'épigastre, tenant à un état des premières voies, entretenu chez

eux par de mauvais aliments, ou l'excès de l'eau-de-vie.

Nous sommes devenus actifs à raison de la gravité des symptômes;

c'est ainsi qu'en premier lieu nous avons fait dissoudre un grain

ou un grain et demi de tartrate de potasse antimoine dans une

pinte de tisane; nous avons ensuite en une seule fois donné une

dose suffisante de cette préparation antimoniale pour exciter le

vomissement; et lorsque nous avons reconnu des signes de

turgescence inférieure, l'administration de l'émétique a été

suivie de celle d'un eccoprotique.

Mais nous avons été bien éloignés d'avoir recours aux purgatifs

violents; ils sont contre-indiqués toutes les fois qu'on doit

favoriser le rétablissement d'une abondante transpiration. Cette

terminaison des maladies dans les pays chauds a dirigé les avis

répandus sur cet objet dans l'armée par le médecin en chef.

Il y a eu quelques convalescences pénibles à cause de la

faiblesse des sujets.»

Ici se termine ce qu'a écrit sur la fièvre éphémère catarrhale ce

judicieux praticien: ensuite il ajoute relativement aux dysenteries:

«Dans celles qui étaient récentes nous soutenions les évacuations

alvines avec le petit-lait tamariné, le tartrate acidulé de

potasse, et le sulfate de magnésie. Malheureusement les

militaires viennent presque tous trop tard dans les hôpitaux, et

alors la prostration de leurs forces ne permet plus d'évacuer la

cause dysentérique, et nous sommes réduits à une pratique

symptomatique, par conséquent incomplète et défectueuse.

Il n'est pas rare de découvrir des empâtements, des obstructions,

même des hépatites chroniques ou inflammations lentes du foie

chez la plupart de ces dysentériques. Ces complications

redoutables sont dues à l'influence du climat, à l'excès de

l'eau-de-vie, et à l'abus que commettent souvent les soldats en

essayant de se resserrer le ventre avec la décoction de grenade.

Nous avons proscrit l'usage de l'opium, comme très nuisible; nous

nous contentons, quand il se manifeste de la malignité, de

recourir au camphre, et à l'acide sulfurique dulcifié; nous

faisons prendre tous les matins du petit-lait avec quelques

grains d'acétate de potasse aux malades qui se plaignent de

douleurs dans l'hypocondre droit, et dans la journée des bols

nitrés et camphrés: ce traitement doux empêche l'inflammation de

se développer. Nous ajouterons bientôt les sucs d'herbes au

petit-lait. Nous n'avions jamais tant donné de camphre et de

nitre, mais nous les voyons agir, sur presque tous nos malades

comme résolutifs des engorgements du foie.»

Le citoyen Daure, administrateur habile et actif, qui avait succédé le

1er frimaire an VII au citoyen Sucy, quitta, le 30 vendémiaire an IX,

les fonctions d'ordonnateur en chef, et fut remplacé par le citoyen

Sartelon, dont nous avons eu autant à nous louer que de son

prédécesseur.

Il y eut pendant ce mois des malades dans les différents lazarets, même

dans celui du Kaire, et nous perdîmes soixante-cinq hommes, 65 morts.

L'ordre du jour du 1er brumaire portait qu'il serait établi un cours de

zootomie près du dépôt des remontes dans l'île de Rhouadah; le citoyen

Loir, artiste vétérinaire, était chargé de cet enseignement, et les

officiers de santé en chef de l'armée devaient se concerter avec le

général-commandant du génie pour l'exécution de cet ordre.

Je chargeai, le 3, le citoyen Renati d'une visite de salubrité des

forts, casernes, chambres de discipline, boucheries, cimetières, et

voiries du Kaire, et places environnantes.

Le même jour j'écrivis au citoyen Savaresi, médecin employé à la

citadelle, la lettre suivante (nº 547 de ma correspondance.)

«D'après le règlement des hôpitaux militaires, citoyen, le

service particulier dont vous êtes chargé se borne à visiter les

malades reçus dans les salles des fiévreux.

Vos relations avec les prisonniers se bornent à visiter de temps

en temps le local qu'ils habitent, et à vous assurer de la

qualité de leurs aliments; ce qui est une simple surveillance de

salubrité.

On ne peut sous aucun prétexte exiger des médecins de l'armée

qu'ils traitent des malades dans les prisons: je vous autorise à

vous y refuser avec les égards qu'exige l'humanité, et les

ménagements dus à ceux qui pourraient désirer de vous cette

condescendance.»

Le 6, on apprit par un bâtiment, arrivé de France en vingt-cinq jours,

les nouvelles les plus consolantes sur la position de la République.

J'adressai, le 9, au général Belliard, commandant du Kaire, le résultat

de la visite de salubrité dont j'ai parlé ci-dessus; et je terminais

ainsi mon rapport (nº 550 de ma correspondance).

«Il faudrait faire distribuer environ deux mille nattes dans les

casernes, pour boucher, la nuit, les nombreuses fenêtres dont

elles sont percées; ce qui expose continuellement la santé des

soldats.

Il y a à Gizeh une compagnie d'artillerie de la marine logée dans

une maison très délabrée et ouverte à tous les vents.

La garnison de la citadelle n'est pas assez abritée dans la

mosquée qui lui sert de caserne: les prisons sont encore trop

encombrées, et on ne peut trop surveiller cet objet.»

J'adressai au général en chef, le 12, la lettre suivante (nº 553 de ma

correspondance).

«GÉNÉRAL,

Il serait très avantageux que vous ordonnassiez à la commission

d'agriculture de faire semer ou planter autour de la ferme

d'Ibrahim-bey de manière à y entretenir une abondante végétation.

La même mesure peut s'appliquer à différents autres

établissements.

Histoire Médicale de l'Armée d'Orient. Volume 1 · 第 50 / 73 题