LA PRISE DE LA CASBAH D'ANFLOUS PAR LA COLONNE BRULARD

Mystérieux et déconcertant Maroc! et quel sage ou quel devin nous

expliquera cette énigme?

Au mois de novembre dernier, à peine tranquille à Marakech, le colonel

Charles Mangin pousse une pointe vers le Sud. Il y est accueilli en hôte

de marque. Il peut se flatter de l'amitié de deux des caïds importants,

le M'Tougui et Anflous. Ils le font guider, lui et son escorte, par des

hommes sûrs à travers les difficiles sentiers perdus, parmi les

oliviers, les arganiers, les inextricables broussailles, jusqu'à leurs

casbahs, véritables nids d'aigles, imprenables, gardées par des ravins

propres aux embuscades.

[Illustration: Le caïd Anflous à l'une des portes de sa casbah.--_Phot.

Gaudy._]

Anflous est particulièrement cordial: il vient au-devant des nôtres, à

un jour de marche, puis, après avoir invité le colonel et son état-major

à lui rendre visite, repart, afin de préparer leur réception. Il leur

fait les honneurs de sa casbah,--pas, peut-être, on le verra, jusqu'au

tréfonds. Il leur offre d'opulents banquets et, le soir, après le dîner,

le divertissement d'un ballet, où paraissent quarante danseurs de choix,

appliqués à leur plaire.

Anflous pousse l'amabilité jusqu'à l'extrême limite en se laissant

complaisamment photographier devant sa porte... Et puis, les burnous

rouges des spahis disparus au tournant du chemin, le caïd si accueillant

rentre chez lui, s'y enferme et prépare la trahison. Si bien que le

général Brulard vient d'être contraint d'emporter de vive force le dar

Anflous, où il a fait son entrée samedi dernier, non sans avoir éprouvé

une vive résistance.

Le 20 janvier, la colonne quittait Mogador, et, au lieu de descendre

directement vers la casbah d'Anflous, par une région accidentée,

pénible, décrivait au nord un demi-cercle par Souk el Hadj et Souk el

Tleta el Hanchen. En vain le caïd Guellouli, en son nom et au nom de ses

deux alliés le M'Tougui et Anflous, faisait-il des ouvertures de paix:

on sait, désormais, ce que valent ces comédies. Le 23, un combat

s'engageait près de Bou Riki, sur l'oued Kseb. Le lendemain, la zaouia

El Hassen était enlevée, et le 25, on attaquait le dar Anflous.

Les indigènes considéraient ce repaire comme inexpugnable: jamais un

sultan n'y était entré de vive force. De fait, la casbah fut

vigoureusement défendue. Le combat, acharné, ne dura pas moins de six

heures. Dans un terrain épouvantable, nos soldats déployèrent toutes

leurs qualités de sang-froid et d'audace intrépide. Ce fut dans une

charge superbe qu'ils emportèrent la forteresse. Nous avions 5

morts--dont un officier supérieur--et 16 blessés. Leurs noms ne sont pas

encore publiés.

Quand on visita, à fond, cette fois, la casbah, on y trouva, dans des

cachots, les squelettes de prisonniers, des armes, et jusqu'à une

fabrique de fausse monnaie.

[Illustration: Carte de la région où a opéré le général Brulard.]

[Illustration: Entrée de la Chambre des Députés.]

L'Illustration, No. 3649, 1 Février 1913 · 第 12 / 32 题