LEÇON XCIV.

En ce tems-là; un berger se pavanoit en marchant à la tête de son

troupeau. Il se disoit, chemin faisant: Les moutons sont nés pour les

bergers; rien de plus certain! Il est clair que la laine qu'ils

portent, fardeau incommode pour eux pendant l'été, est pour habiller

le berger en hiver. Le lait des chevres est moins pour élever leurs

petits, que pour désaltérer le berger. Ils paissent, sans doute, pour

être servis plus gras sur la table des bergers.

Ce propos du berger, entendu par ses moutons, mît le comble à leurs

mécontentemens, & les porta à la derniere extrêmité. Ils tinrent

conseil. Avons-nous donc besoin d'un berger pour paître, ou pour faire

des petits? Comment vivions-nous avant de sortir des bois; nous étions

moins soignés mais plus vigoureux qu'aujourd'hui.

Pendant le sommeil du berger & des chiens, les moutons convinrent de

prendre la fuite; & de gagner la forêt voisine, pour y vivre, comme

ils vivoient dans l'âge d'or. Ce qu'ils firent.

Apologues modernes, à l'usage du Dauphin premières leçons du fils ainé d'un roi · 第 108 / 170 题