En ce tems-là; un berger se pavanoit en marchant à la tête de son
troupeau. Il se disoit, chemin faisant: Les moutons sont nés pour les
bergers; rien de plus certain! Il est clair que la laine qu'ils
portent, fardeau incommode pour eux pendant l'été, est pour habiller
le berger en hiver. Le lait des chevres est moins pour élever leurs
petits, que pour désaltérer le berger. Ils paissent, sans doute, pour
être servis plus gras sur la table des bergers.
Ce propos du berger, entendu par ses moutons, mît le comble à leurs
mécontentemens, & les porta à la derniere extrêmité. Ils tinrent
conseil. Avons-nous donc besoin d'un berger pour paître, ou pour faire
des petits? Comment vivions-nous avant de sortir des bois; nous étions
moins soignés mais plus vigoureux qu'aujourd'hui.
Pendant le sommeil du berger & des chiens, les moutons convinrent de
prendre la fuite; & de gagner la forêt voisine, pour y vivre, comme
ils vivoient dans l'âge d'or. Ce qu'ils firent.