LEÇON XLV.

_LA BALANCE._

En ce tems-là; j'entrai dans l'attelier d'un méchanicien: fais-moi

vîte, lui dis-je, un char qui me transporte en deux minutes à la

cour. Je ne saurois, me dit l'artiste, imaginer un char qui puisse te

transporter en deux minutes à la cour. Mais je possede une machine

fort peu compliquée, qui t'apprendra à être heureux, sans sortir de

chez toi.--Où est-il cet instrument qui doit me rendre heureux, sans

sortir de chez moi?--Le voici.

C'étoit une balance faite avec beaucoup de justesse. J'y pesai les

biens & les maux de la vie. Elle resta dans un équilibre assez

parfait. Elle m'apprit que tout est compensé dans la vie. Une sage

insouciance fut le résultat de mon expérience; & je ne me souciai plus

de sortir de chez moi pour aller en deux minutes à la cour.

Apologues modernes, à l'usage du Dauphin premières leçons du fils ainé d'un roi · 第 52 / 170 题