LEÇON XLIII.

_L'ÂGE D'OR._

En ce tems-là; un roi, qu'on appelloit autrement dans le fond de ses

provinces, demanda un jour à table:

Mais, qu'est-ce que cet âge d'or, ce siecle d'or, dont j'ai quelque

fois entendu parler.

Un de ses écuyers-tranchans lui répondit:

Prince, c'est un conte de fées inventé sans doute à plaisir par

quelque poëte mécontent de la cour.

Mais encore....

Puisque Sa Majesté insiste.... On dit qu'il fut un tems où il n'y

avoit sur la terre ni maîtres, ni valets, ni souverains, ni sujets;

chacun se servoit soi-même.

Quoi! il n'y avoit pas de rois!... Comment les hommes pouvoient-ils

s'en passer?

Le conte de fées dit qu'ils n'en étoient que plus heureux, & n'en

vivoient que plus long-tems.

Cela n'est pas possible. Comment faisoient-ils donc?

Chaque famille vivoit rassemblée sous le bâton pastoral d'un

patriarche.

Tout cela est bien un conte de fées.... Cependant, ajouta le roi,

qu'on défende aux poëtes modernes de le versifier de nouveau, & aux

nourrices d'en bercer leurs enfans.

Apologues modernes, à l'usage du Dauphin premières leçons du fils ainé d'un roi · 第 49 / 170 题