LEÇON XX.

_LE LEVER DU ROI._

En ce tems-là: un sage, sous les dehors d'un courtisan, fut admis au

lever d'un roi. Quand son tour d'amuser sa majesté fut arrivé, il lui

dit: Il étoit une fois un roi qui, à son avénement au trône, fit

enlever de l'intérieur de son palais toutes les horloges & autres

instrumens propres à marquer le tems. Il partagea sa besogne de roi en

vingt-quatre parties égales; vingt-quatre ministres choisis & éprouvés

venoient tour-à-tour lui annoncer l'heure de la journée, en lui

proposant un nouveau travail.

Ce souverain ne dormoit donc pas, dit au conteur sa majesté écoutante?

Non, prince! ce roi ne dormoit point. Il pensoit que, pour être bon

roi, il falloit avoir la faculté de ne point dormir.

Mais cela est impossible, reprit sa majesté écoutante. Je n'aurois

point accepté la couronne à ce prix. Regner, pour ne point dormir!...

Aussi, répliqua le faux courtisan, ce n'est qu'un conte à dormir

debout que je fais à sa majesté.

Apologues modernes, à l'usage du Dauphin premières leçons du fils ainé d'un roi · 第 26 / 170 题